Les informateurs prévoient une réunion ce vendredi pour préparer la prochaine phase

Georges-Louis Bouchez (MR) en Joachim Coens (CD&V)
Isopix

Les informateurs Joachim Coens (CD&V) et Georges-Louis Bouchez (MR) ont rendu leur premier jet: une note qui séduit la N-VA et dégoûte les socialistes.

Dans l’actu: Le texte des informateurs a fuité presque partout. Tous les partis le regardent interloqués: ni décisif pour l’arc-en-ciel, ni pour l’arc-en-ciel élargi (Vivaldi). Il s’agit plutôt d’une note aux couleurs de la bourguignonne. Et les informateurs veulent aller un pas plus loin: ils prévoient une réunion ce vendredi avec les partis qui doivent former la future coalition. Une question demeure: les socialistes vont-ils y adhérer ?

Les détails: Il y a beaucoup à dire sur le document de Coens et Bouchez. Un constat surgit: tout le monde y va de son passage à divulguer et de ses critiques sur le document.

Les négociateurs y vont de leurs commentaires:

  • ‘Peut-on seulement appeler ça une note? Plutôt un brouillon’, a-t-on pu entendre. ‘Un travail de 20 pages, mal rédigé, avec, en plus, des fautes d’orthographe’.
  • ‘Ce n’est pas une base de travail pour la suite: le texte reprend un certain nombres de défis, mais très peu de solutions concrètes. Pas clair du tout. Il faut deviner comment ils comptent résoudre les choses’.
  • Cette ‘approche amateure’, comme certains l’ont appelée, contraste avec les deux notes rédigées par leur prédécesseur Paul Magnette: 70 pages de mesures détaillées, avec, en prime, une note budgétaire.

Des sorties qui n’ont pas manquée dénerver GLB sur la toile.

La grande question: Que contient le texte?

Petite précision: La note n’existe pas. Il s’agit d’un document de travail, toujours en cours d’élaboration. En d’autres termes, c’est un document officieux toujours sujet à modification.

  • Budget: l’objectif est un déficit de 1%.
  • Fiscalité: le texte ne montre pas de nouvelles taxes, comme le rêvaient les libéraux. On retrouve très peu de détails sur les mesures fiscales supplémentaires. Certains parlent d’ailleurs d’une ‘pure fiction fiscale’.
  • Ethique: là, les deux informateurs mettent un verrou. Pas de réformes majeures à venir et les parlementaires de la coalition ne pourront le faire librement à la Chambre.
  • Sécurité sociale: la norme de croissance reste fixée à un max de 1,5%, qui s’aligne avec les ambitions du gouvernement de la suédoise.
  • Le plus frappant: le texte ne mentionne pas la pension à 1.500€ pour tous. Il s’agit d’un point de rupture avec les socialistes, puisque ce point avait rassemblé un consensus sous Magnette. L’âge de la retraite reste maintenu à 67 ans.
  • Sur le plan climatique, la note confirme les objectifs européens, mais ne prévoit pas de cadre financier.
  • Un commissaire royal devra préparer une nouvelle réforme de l’Etat d’ici 2024. Là encore, rien de concret.

La vue d’ensemble? Les informateurs ont mis un gros coup de barre à droite par rapport à la note Magnette.

Et maintenant?

  • La note ne prépare en rien une coalition arc-en-ciel, ni même la désormais fameuse Vivaldi. Tel est le sentiment auprès des partis qui veulent l’arc-en-ciel.
  • Les socialistes, les verts et l’Open VLD de Gwendolyn Rutten ont bien compris que le MR a finalement torpillé larc-en-ciel parce qu’il n’était pas prêt. Alors, qu’est-ce qui va arriver?
  • Une nouvelle tournée.
  • Avec Georges-Louis Bouchez à la barre, pour attirer l’attention.
  • Avec un virage à droite pour la note Magnette.
  • Avec un nouveau nom pour la coalition.
  • Et, cette fois, avec le CD&V à bord.
  • Cela devrait relancer l’arc-en-ciel agrandi au CD&V, comme le voulait les socialistes et les verts ces dernières semaines.
  • Aujourd’hui, il y a une nouvelle logique: la N-VA ne pourra pas monter à bord ou quitter sur base de ce mémo. Il y a beaucoup de mesures qui ressemblent à la musique qu’affectionne la N-VA. ‘Si c’est Vivaldi, alors c’est un printemps court et un été froid’, avait conclu De Wever mercredi dans nos colonnes.

Aujourd’hui: Coens et Bouchez veulent utiliser cette base pour consulter encore et tenter la préparation d’une prochaine phase, une préformation ou, pourquoi pas, une formation. Mais avec qui? Et surtout, comment?

  • Les verts se sont pris une belle claque. Le texte ne dit presque rien à propos du climat. Il semble impossible qu’Ecolo et Groen soient d’accord avec ça, ce qui représente un signal très clair de la part des informateurs.
  • La pression réside donc maintenant sur les socialistes, qui doivent décider s’ils vont entamer les discussions sur bases de ces 20 pages. Tirer sur la note peut conduire à un affrontement, voire même à de nouvelles élections. Il semble peu probable que PS et sp.a veulent se rallier à cette note, sur base de son contenu.
  • Les informateurs doivent créer de la confiance. Coens y parvient, mais la position de Bouchez suscite beaucoup d’aversion. Ses ambitions personnelles et sa volonté de jouer toujours au premier plan se sont pas toujours d’un grand secours. Un certain nombre d’acteurs essentiels en ont déjà plus qu’assez de son attitude assertive et de ses jeux tactiques.

Demain: Coens et Bouchez vont essayer de réunir le noyau dur en toute discrétion pour en tirer une coalition. Cela ne peut être guère autre chose qu’une sorte de combinaison bourguignonne. Mais les informateurs tiendront-ils cette réunion? Le fait qu’elle ait fuité n’est déjà pas très prometteur.

La grande question: Comment cela va-t-il se terminer? Personne ne le sait. Mais les chances que la N-VA passe à l’action augmentent. Parce que Bouchez et Coens se dirigent vers un affrontement, plutôt que vers un consensus. Et puis, personne ne connait la marche à suivre. Sauf que Bart De Wever s’est proposé avec insistance, ces dernières semaines, pour prendre l’initiative. ‘Laissez-le essayer’, disaient même les socialistes…

Bruits de couloirs: Beaucoup sont surpris par l’action de Coens et Bouchez. Les verts et les socialistes sont en état de choc, mais la N-VA hésite aussi: comment interpréter ce mouvement? La N-VA a toujours dit: soit un gouvernement de droite, soit une réforme de l’État. Cela semble aller plutôt dans le sens de la première. Mais cela peut-il tenir le coup une fois que les socialistes auront rejoint le mouvement? Ou bien l’intention est-elle d’entraîner la N-VA maintenant, pour la laisser choisir dans la phase suivante: avaler un texte beaucoup plus efficace de gauche, ou bien devoir ensuite quitter les négociations, dans une phase de formation complète?

S’il y a un mérite pour Coens et Bouchez, et par extension pour les cabinets de Koen Geens (CD&V) et Sophie Wilmès (MR), c’est qu’ils ont pris tout le monde par surprise. Et dans les négociations, il y a aussi une règle d’or concernant le coup d’ouverture: commencer par une ‘position extrême raisonnablement justifiée’, demander, avec la logique comme explication, l’impossible. CD&V et MR semblent l’avoir déjà fait.