Comment la Chine sape tous les efforts de non-prolifération nucléaire en musclant son arsenal

Les estimations de la taille de l’arsenal nucléaire chinois ont – encore – été revues à la hausse. Pékin semble bien vouloir faire jeu égal avec Moscou et Washington. Or, les deux plus grandes puissances atomiques n’arrivent déjà plus à se parler pour traiter de non-prolifération.

Pourquoi est-ce important ?

L'évolution de la situation géopolitique mondiale, en Ukraine, mais aussi dans le détroit de Taïwan ou en Corée, parais rejeter les efforts de désarmement nucléaire vers un passé révolu. Certains traités capitaux arrivent à expiration, et d'autres nouveaux acteurs du jeu atomique ne veulent pas que des acteurs extérieurs puissent jeter un œil dans leur arsenal.

L’actualité : le Pentagone estime que la Chine se donne les moyens pour tripler et moderniser entièrement son arsenal nucléaire dès 2035.

L’Empire du Milieu triplera sa puissance nucléaire à l’horizon 2035

  • Depuis 2021, l’inquiétude croît autour de l’arsenal nucléaire chinois. Le pays a toujours présenté son stock d’ogives comme plutôt réduit, 200 à 250 têtes, soit un peu moins que la France (300). Et surtout infiniment moins que les États-Unis (officiellement 3.750) et la Russie (environ 4.800), qui totalisent ensemble dans les 90% de l’arsenal mondial.
  • Mais les preuves s’accumulent que Pékin veut augmenter cette capacité : à l’été 2021, environ 300 nouveaux silos de missiles en construction ont été repérés, et le stock d’ogives estimé par l’armée américaine a été relevé à 845 têtes nucléaires, mais pas toutes opérationnelles, que le pays se donne les moyens de lancer en masse.
  • Le département de la Défense des États-Unis estime maintenant dans un nouveau rapport que le stock chinois de têtes nucléaires opérationnelles a dépassé 400. « Si la Chine continue d’accroître son arsenal nucléaire à ce rythme, elle disposera, selon toute probabilité, d’environ 1.500 ogives d’ici 2035. » À terme, plus d’un triplement de l’arsenal chinois et un stock qui commencerait à dangereusement rivaliser avec ceux des deux principales puissances nucléaires.

Le détail : en plus de doper son arsenal, l’Empire du Milieu se donne les moyens de l’employer.

  • Pékin a testé 135 missiles à capacités nucléaires en 2021, selon le même rapport, soit plus que tous les autres pays en temps de paix.
  • Selon a flotte américaine du Pacifique, la marine chinoise s’affère à équiper ses six sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de missiles balistiques de nouvelle génération, le JL-3.
  • La marine de l’Empire du Milieu développe aussi un nouveau sous-marin, le type 096, qui pourra emporter jusqu’à 24 missiles, potentiellement dotés de têtes nucléaires.

Le contexte : la non-prolifération nucléaire s’essouffle entre USA et Russie ; la Chine n’est certainement pas prête à se plier à des règles internationales à son tour.

Comment réunir Moscou, Washington, et Pékin autour de la même table ?

  • Depuis la Guerre froide, l’arsenal nucléaire mondial s’est, en volume, plutôt réduit. Les USA et l’URSS ont signé un premier traité, START (Strategic Arms Reduction Treaty), en 1991. Sa mise en œuvre finale, fin 2001, a entraîné le retrait d’environ 80 % de toutes les armes nucléaires stratégiques alors existantes.
  • Ce premier traité a expiré en 2009, mais il a été suivi par New START, signé en 2010, et qui a été prolongé l’année dernière pour rester en application jusqu’en 2026.
  • Mais ce traité ne concerne que la Russie et les États-Unis : la prolifération des acteurs nucléaires crédibles (Iran, Corée du Nord) et le renforcement d’arsenaux jusque-là considérés comme secondaires (Chine) le rendent caduc.
  • En outre, l’application du traité et les négociations pour un éventuel nouveau texte posent problème, les relations s’étant plus que dégradées entre Moscou et Washington depuis l’invasion de l’Ukraine. La réunion de la commission consultative bilatérale qui devait se tenir au Caire en décembre a été annulée par le Kremlin, qui a dénoncé « l’hostilité américaine » à son égard.
  • En 2020, le président Trump avait insisté pour convier la Chine aux discussions sur le prolongement de New Start à Vienne. Pékin avait décliné, ne voulant visiblement pas entrer dans un jeu à trois bandes avec deux joueurs aguerris. À l’époque, on ne soupçonnait pas un tel renforcement du nucléaire chinois. Un nouvel obstacle pour un nouveau traité équilibré, après 2026.
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