Changement climatique : comment la viticulture va migrer vers le nord de l’Europe

Le climat change, et les cultures vont devoir suivre. En premier lieu la vigne, plante qui supporte très mal les excès de température ou les gelées inattendues. Or, le régime climatique européen change tellement vite que la viticulture va devoir migrer. Ou évoluer à grande vitesse pour résister aux chaleurs du midi. Au risque de chambouler les appellations contrôlées.

Difficile d’imaginer une culture plus exigeante, plus planifiée, et plus risquée que celle de la vigne. Depuis 7.000 ans, l’humanité cultive cette plante grimpante aux fruits sacrés qui permettent de donner naissance au divin breuvage. Et depuis les origines, la viticulture obéit à des règles immuables auxquelles le moindre manquement peut s’avérer fatal à toute une vendange.

La zone 35 – 50 va disparaître

L’un de ces grands principes, forcément appliqué d’une manière très empirique pendant de nombreux siècles, c’est que la vigne ne s’épanouit vraiment qu’entre 35 et 50° de latitude, au nord comme au sud de l’équateur. En Europe, cela comprend des pays tels que l’Espagne, l’Italie, la Grèce, et la France jusqu’à la région de Champagne-Ardenne. Soit le cœur viticole du continent. Sauf que celui-ci est dangereusement menacé par le changement climatique.

La vigne a besoin d’ensoleillement et de chaleur, mais dans des proportions bien précises : elle supporte très mal les excès ou les écarts avec la normale, même pour une très brève période. « Si vous êtes au dessus du 50e parallèle il fait trop froid, et si vous êtes en dessous du 35e c’est trop chaud » résume Kees van Leeuwen, professeur de viticulture à l’Université de Bordeaux. « Sauf que maintenant, avec le changement climatique, ces deux limites sont en train de se décaler. »

La grande migration du raisin

Une catastrophe dans le Midi, mais une aubaine dans les pays d’Europe du nord. Alors qu’en Belgique, la viticulture fait son retour depuis plusieurs années sur les coteaux les plus abrités du sud du pays, en province de Hainaut ou de Luxembourg notamment, on installe maintenant des boutures encore plus loin au nord. Comme au domaine viticole Wijntuin Ronja, un peu au nord de Haarlem, aux Pays-Bas. Et déjà à 52° de latitude nord. Deux petits degrés, mesure d’angle et non pas de température pour une fois, qui représentent à eux seuls les effets bien tangibles du dérèglement climatique. Il n’est pas exclu que dans quelques décennies, la Suède produise du vin : son sol s’y prête, il n’y manque que la chaleur.

Des appellations contrôlées qui vont disparaître

Dans le sud, la vigne n’a pas si bonne mine : l’arbuste est très gourmand en eau, et les sécheresses à répétition marquent, elles aussi, à quel point le changement est concret. Dans la région de la Mancha, en Espagne, l’agriculture absorbe six fois plus d’eau qu’en 1995, et 70% de cette surconsommation est destinée à la viticulture.

Il existe, à moyen terme, une meilleure solution que d’assécher encore plus des régions déjà menacées. Rompre avec les appellations contrôlées très sévères qui encadrent les vins européens. Et ainsi, adopter des cépages plus adaptés aux nouvelles conditions climatiques de chaque région, mais aussi croiser allègrement les vignes d’Europe avec des variétés plus résistantes, venues des Amériques par exemple. Une démarche difficile à entendre pour de nombreux viticulteurs, attachés à la « pureté » de leur produit. Alors qu’en Californie ou en Australie, les expériences afin d’obtenir des vignes plus résistantes aux conditions climatiques ne sont pas un tabou.

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