Cette carte montre les fuites de méthane liées à l’industrie pétrolière et gazière: quels sont les pays qui polluent le plus ?

C’est une première. Grâce à des images satellites, une équipe de chercheurs a pu cartographier les panaches de méthane s’échappant des champs de pétrole et de gaz du monde entier. Une mise en lumière qui doit déboucher sur une réaction rapide: colmater les fuites.

Très puissant gaz à effet de serre, le méthane peut s’échapper des installations pétrolières, gazières et charbonnières: cela représente environ un quart des émissions produites par l’homme. Cela arrive généralement au cours des opérations de maintenance, lors de la réparation d’une vanne ou d’un pipeline, par exemple. Le méthane peut aussi fuiter depuis des stations de compression, des installations qui maintiennent le débit et la pression du gaz naturel.

Grâce à des données recueillies par les satellites Sentinel de l’Union européenne, des chercheurs ont pu établir une carte mondiale des fuites de méthane liées à l’exploitation du pétrole et du gaz. Il s’agit uniquement des plus grandes des fuites, qui représentent environ 12% de toutes les fuites de méthane des entreprises pétrolières et gazières.

« Il y a des fuites partout »

Au total, l’analyse des images satellites a permis d’identifier plus de 1.800 panaches de méthane. Conclusion de Thomas Lauvaux, un chercheur étudiant les émissions de gaz à effet de serre au Centre national de la recherche scientifique (CNRS): « Il y a des fuites partout ».

Selon les auteurs de l’étude, la plupart d’entre elles sont liées à des failles sur des oléoducs et des gazoducs. Liées principalement à de la maintenance de routine, ces fuites pourraient être colmatées facilement. « Ils ouvrent les vannes, et le méthane et le gaz naturel s’échappent, et pendant ce temps, ils peuvent réparer ce qu’ils ont à réparer », explique le chercheur, interrogé par Business Insider.

« Nous pensions que cela se produirait de temps en temps, et qu’il s’agissait d’événements très spécifiques dans des endroits spécifiques, accidentels le plus souvent. Pas du tout. Ils sont très systématiques. Ils reviennent beaucoup le long des infrastructures : pipelines, stations de compression et puits », ajoute-t-il.

Les lignes bleues représentent les gazoducs, les points oranges les principales fuites de méthane de l’industrie pétrolière et gazière. (Kayrros Inc., Esri, HERE, Garmin, FAO, NOAA, USGS, OpenStreetMap contributors, and the GIS User Community)

Le Turkménistan, la Russie et les Etats-Unis en tête

D’après les auteurs de l’étude, les activités humaines pourraient émettre deux fois plus de méthane que ce que les gouvernements déclarent. Les trois pays desquels s’en échappe sont le Turkménistan, la Russie et les Etats-Unis. La situation en Iran inquiète également.

En revanche, et cela a un peu surpris les chercheurs, l’Arabie saoudite, le Koweït et l’Irak semblent relativement propres.

Notons aussi que les satellites n’ont pas pu mesurer les fuites dans les zones à forte couverture nuageuse ou à haute altitude, faussant notamment les chiffres pour le Canada et la Chine. De plus, seuls les panaches issus d’installations terrestres ont été pris en compte.

Une carte « effrayante » qui offre une opportunité

Thomas Lauvaux le reconnaît: cette carte est « un peu effrayante ». Mais il y voit une « opportunité », car elle permet de voir qu’il s’agit surtout de nombreuses petites fuites – et non de quelques énormes. Des solutions sont donc clairement envisageables.

Les scientifiques estiment que le colmatage de ces fuites permettrait d’éviter un réchauffement de 0,005°C à 0,002°C. Cela équivaut à éliminer de l’atmosphère toutes les émissions de l’Australie depuis 2005 ou les émissions de 20 millions de voitures pendant un an.

Si l’argument environnemental ne convainc pas l’industrie gazière et pétrolière, les auteurs de l’étude leur soulignent le bénéfice économique d’une résolution du problème. Selon eux, les USA pourraient économiser 1,6 milliard dollars, la Russie 4 milliards et le Turkménistan 6 milliards.

Lors de la conférence sur le changement climatique, la COP26 de Glasgow, plus de 100 gouvernements ont signé l’Engagement mondial pour le méthane. Ils ont promis de limiter les émissions de méthane de 30% par rapport aux niveaux de 2020.

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