L’OPEP+ ou le bal des faux culs : il ne faut pas s’attendre à des baisses de prix du pétrole

Les prix du pétrole augmentent, et une des raisons est la forte demande due à la relance économique. Certains pays exhortent les pays producteurs de pétrole à pomper davantage, pour freiner les prix, mais ces derniers ne s’engagent qu’à une reprise progressive de la production, fortement diminuée en 2020. Pire encore, la production est même en deçà de ce qui est promis comme augmentation mensuelle. Analyse.

Lorsque le monde entier – ou presque – s’est confiné, la trop forte offre de pétrole, face à une demande infime, avait provoqué des prix négatifs : c’est comme si on vous donnait de l’argent pour que vous preniez du pétrole. Car stocker du pétrole à un prix. Suite à cette chute de la demande, les pays exportateurs de pétrole ont enlevé 9,7 millions de barils par jour de l’offre.

Depuis, les niveaux de production quotidienne ne sont pas encore revenus à ce qu’ils étaient avant la pandémie. Mais aujourd’hui la demande est forte, et donc les prix augmentent. Depuis deux mois, le cours du pétrole est ainsi en constante augmentation, après un toussotement lors de la découverte d’omicron. Le prix est aujourd’hui près de 90 dollars le baril, pour le Brent comme pour le WTI ; au plus haut depuis sept ans. En début d’année, ils étaient autour des 55 dollars.

Promesses manquées

C’est que l’OPEP+ avait promis d’augmenter la production de 400.000 barils supplémentaires par jour, tous les mois. Une augmentation qui n’est pas atteinte. Certains pays, dont la Russie et le Nigéria, produisent moins que les quantités voulues, notamment en décembre, où la production mondiale n’a augmenté que de 250.000 barils par jour, soit deux tiers de l’objectif mensuel.

A la fin de l’année, la production mondiale était donc 790.000 barils par jour en dessous de l’objectif. Pour janvier, toutes les données ne sont pas encore consolidées, mais la production de l’OPEP+ a déjà été inférieure à l’objectif, donc moyennant les données des autres pays, l’écart devrait encore se creuser.

400.000 barils/jour en plus en mars

L’organisation, OPEP et les autres pays, s’est réunie mercredi. La réunion était fort attendue, au vu de l’inflation des prix. Différents pays, dont les Etats-Unis, ont plaidé pour augmenter la production encore davantage. Mais l’objectif pour mars restera bien celui de 400.000 barils supplémentaires par jour.

Augmenter l’offre rapidement n’est pas si aisé que cela, rapporte CNN. Car d’un côté, les capacités de stockage et de production sont limitées, et de l’autre côté, des tensions géopolitiques sont également en jeu. Aussi, de nombreux pays opèrent déjà à pleine capacité de pompage, et en demander plus pourrait mener à des tensions au sein de la coalition. Par exemple, l’Arabie Saoudite a le plus de capacités de pompage et de stockages encore inutilisées, mais ne va pas dépasser les quotas. Elle va s’en tenir aux accords pour « honorer ses collègues et ses amis », selon le ministre du pétrole.

Toujours est-il que cette augmentation en mars, même si la promesse est tenue, ne devrait pas faire baisser les prix. En plus, le marché ne s’attend pas à ce que l’augmentation soit tenue. « Il y a des inquiétudes sur le marché, en partie tarifées, que l’OPEP+ ne sera pas en mesure de produire ce qu’ils disent à l’avenir », analyse Bjørnar Tonhaugen, expert en marchés pétroliers chez Rystad Energy, cité par CNN. « On s’inquiète des dommages causés aux capacités de production, de l’Arabie saoudite jusqu’au Koweït et à la Russie, en raison d’investissements trop faibles pendant la pandémie et avant. »

Inflation = plus de revenus

Pour certains pays, les revenus du pétrole sont des rentrées pour le gouvernement. Et si les prix augmentent, les budgets des gouvernements augmentent également. La Russie, notamment, mise sur ces augmentations. « Les réserves de change de la Russie ont gonflé grâce à la hausse des prix des produits de base (comme le pétrole, ndlr), et grâce à des réformes fiscales importantes telles que le relèvement de l’âge de la retraite, ce qui pourrait lui donner une marge de manœuvre financière plus importante pour supporter de nouvelles sanctions occidentales », analyse Helima Croft, responsable des marchés des produits de base auprès de RBC Capital Markets.

Fin de la pandémie?

Avec la décrue du variant omicron et ce que de plus en plus de pays interprètent comme la fin de la pandémie, Tonhaugen estime que le marché s’attend à ce que la production retrouve la demande.

A voir alors, se demande-t-il, si la capacité de production de réserve existe ; les marchés n’en sont pas convaincus, mais il sera dès lors aux pays membres d’OPEP+ de le prouver.

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