La crise du gaz freine la sortie du charbon: un argument en faveur des pays qui veulent faire entrer le gaz dans la taxonomie verte de l’UE?

Les prix du gaz explosent et cela freine la transition énergétique, notamment le passage du charbon au gaz naturel, moins polluant, analyse une étude. Un argument qui pourrait réconforter les pays qui soutiennent l’entrée du gaz dans la taxonomie verte. Un argument aussi pour les défenseurs du renouvelable, pour quitter les deux énergies fossiles? Selon l’étude, la production d’électricité par le vent et le soleil a dépassé des records au deuxième semestre 2021.

Le charbon, ça pollue, cela n’est pas un secret. L’Europe a le souhait de sortir du charbon, pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Pour ce faire, elle mise sur les énergies renouvelables, mais également, comme transition, sur le gaz, qui émet environ la moitié du charbon.

Depuis des mois, les prix du gaz se sont envolés. Ainsi, les efforts pour réduire le charbon se sont brusquement arrêtés, selon le think tank financier Ember, qui analyse les données du marché européen de l’électricité, cité par Euractiv.

Le groupe de réflexion constate « un des plus grands chocs sur les prix de l’énergie depuis l’embargo pétrolier de l’OPEP en 1973 ». Sur l’année 2021, les prix du gaz ont augmenté de 585%, et le prix de production d’électricité, dans des centrales à gaz, a été multiplié par sept.

Fermetures des centrales à charbon relative?

Ember voit alors une énorme différence avec les années précédentes. De 2017 à 2019, la part du charbon dans le parc énergétique européen a diminué de 29%. De 2019 à 2021, elle n’a diminué que de 3%. Selon Charles Moore, responsable pour l’Europe auprès d’Ember, l’engagement de la sortie du charbon pourrait même devenir relative, car le « paradigme de la transition électrique change » avec la crise des prix du gaz.

En 2021, les énergies fossiles (charbon et gaz) représentaient 37% du mix énergétique européen. La baisse depuis 2019, où elles occupaient 39%, n’est donc que dérisoire. En 2021 toujours, le renouvelable a généré 37% et le nucléaire 26% de l’électricité disponible sur le marché.

Sur les deux années passées, l’Espagne et la Grèce ont été les championnes de la réduction du charbon, avec respectivement -42% et -43%. L’Irlande et la Pologne cependant ont augmenté leur consommation de charbon, ce qui a compensé les baisses, indique encore le rapport d’Ember. Selon ElectrictyMap, carte qui traque la production d’électricité dans le monde, en temps réel, l’Estonie est un véritable point noir sur la carte : le pays a le plus d’émissions de CO2, et le charbon est de loin sa plus importante source d’énergie « maison ».

capture d’écran, ElectricityMap.

« Plus particulièrement, la production d’électricité au charbon de la Pologne a augmenté de 7% (+8 TWh) depuis 2019, car la production locale a augmenté au détriment des importations des voisins de l’UE. La Pologne est même devenue un exportateur net d’électricité à partir d’août 2021 après 53 mois continus d’importations », analyse l’étude.

« La législation est le seul moyen de garantir la fermeture des centrales au charbon d’ici à 2030  ; la volatilité des prix du gaz a clairement montré que l’on ne peut pas compter sur les seules forces du marché », ajoute Charles Moore.

Argument en faveur du gaz dans la taxonomie européenne?

Le dossier de la taxonomie européenne sur les énergies vertes, et éligibles donc à des fonds publics, fait débat entre les pays, notamment car certains veulent y inclure le gaz et le nucléaire, d’autres non (et se battent corps et âme contre l’adoption du projet). Des experts mandatés par la Commission européenne estiment que les deux ressources ne peuvent pas être qualifiées de vertes. En l’état, le dossier prévoit de définir le gaz comme une énergie verte, à condition qu’une centrale est construite pour remplacer une centrale à charbon, et elle doit être validée avant 2030. Ces deux conditions réunies, les centrales seraient alors éligibles à des fonds publics. Mais le texte doit encore être adopté par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne (ministres des pays membres).

Ainsi, le fait de voir que les prix du gaz freinent la fermeture du charbon peut servir la soupe à l’inclusion du gaz dans la taxonomie verte. Subsidier les centrales à gaz, pour faire en sorte qu’on ferme – effectivement – les centrales à charbon, peut-on résumer.

Mais d’un autre côté, ça sert aussi la soupe aux défenseurs des énergies renouvelables : si le gaz est tellement cher (et nul ne sait s’il redescendra vraiment, surtout que cela est en partie lié à la relation diplomatique avec la Russie), et que l’arrêt du charbon est en suspens, alors va-tout pour le renouvelable, peut-on résumer.

Poussée du renouvelable

« En raison de la flambée des prix du gaz au second semestre 2021, les nouvelles énergies renouvelables ont remplacé le gaz fossile à la place », continue Charles Moore. Le rapport indique aussi que l’éolien et le solaire ont établi des records de production d’électricité tous les mois du second semestre (sauf en septembre).

« L’énergie éolienne et solaire a atteint un autre nouveau record en 2021 (547 TWh), produisant pour la première fois plus d’électricité que le gaz (524 TWh), malgré une croissance modeste due à la baisse de la vitesse des vents. Le solaire, en particulier, est en plein essor dans le nord et le sud de l’Europe, produisant 27% d’électricité de plus en 2021 qu’en 2019, et doublant aux Pays-Bas et en Espagne au cours de cette période », calcule Ember.

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