Carrefour, AirFrance, Sanofi… Bruno Le Maire répond aux polémiques

Bruno Le Maire (EPA-EFE/CHRISTOPHE ARCHAMBAULT)

L’État français se retrouve depuis plusieurs semaines impliqué dans les affaires économiques de grandes entreprises privées. La dernière en date est la négociation entre les supermarchés français Carrefour et le Canadien Couche-Tard. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire s’y est formellement opposé. Et cela a suscité beaucoup de questions sur l’interventionnisme et le protectionnisme de la France.

Bruno Le Maire, invité dans la matinale ce mercredi sur BFM Business, a répondu à ces différentes polémiques. Il n’a cessé de défendre les interventions de l’État comme étant légitimes pour le bien de la nation.

Carrefour/Couche Tard

Le géant des supermarchés canadiens Couche-Tard négociait amicalement le rachat de Carrefour, lorsque le ministre de l’Économie s’y est fermement opposé la semaine passée. Ce ‘non’ définitif a modifié le cours des discussions, le Canadien ayant finalement retiré son offre d’achat vendredi. Bruno Le Maire a justifié cette décision par la ‘souveraineté alimentaire’, une justification qui pose question. Carrefour n’étant pas le seul supermarché français, la sécurité alimentaire ne semblait pas vraiment en danger avec un rachat canadien.

Pour soutenir ce choix, Bruno Le Maire a sorti quelques chiffres. Carrefour est ‘le premier employeur privé français, qui représente 20% de la distribution alimentaire du pays’. ‘Il me parait légitime que l’État dise si oui ou non c’est un investissement stratégique’, a-t-il ajouté.

Il rappelle également que tout cela est légal. Cette intervention entre dans le cadre du décret sur l’investissement étranger. Ce dernier stipule que l’État a un droit de regard dans certains domaines si ce sont des secteurs stratégiques. Et la distribution alimentaire en est un.

‘Moi je préfère de loin la proposition qui a été retenue, c’est-à-dire une coopération entre Couche-Tard et Carrefour […] à un rachat sec d’une des premières enseignes de distribution alimentaire française par un concurrent étranger’, a-t-il conclu.

AirFrance

La crise sanitaire et économique a fortement touché les compagnies aériennes et AirFrance ne fait pas exception. L’État français, actionnaire de l’entreprise, a déjà renfloué les caisses avec 7 milliards d’euros en juin dernier.

Mais le trafic aérien n’ayant pas repris à ses niveaux habituels, les finances de la compagnie continuent d’aller mal. Bruno Le Maire ne nie pas qu’AirFrance pourrait disparaitre, comme ce fut le cas de nombreuses compagnies ces dernières années.

Toutefois, le ministre de l’Économie assure qu’AirFrance est une entreprise stratégique pour le pays. ‘La France doit avoir une compagnie aérienne’, a-t-il affirmé. ‘C’est un élément de souveraineté. C’est aussi un élément indispensable lorsqu’il y a des crises. C’est indispensable lorsqu’il a des transports de vaccins, par exemple, à effectuer en urgence’.

La France continuera donc à soutenir AirFrance. Mais cela ne passera pas forcément par une recapitalisation. Mais si la compagnie a besoin d’argent, la France lui en donnera. Toutefois, le pays doit d’abord avoir l’aval de la Commission européenne pour un nouveau plan d’aide. En outre, le gouvernement néerlandais, qui détient des parts dans le partenaire KLM, est tombé. Les discussions sont donc plus difficiles à organiser.

En échange de son soutien, la France demande à la compagnie deux choses: gagner en compétitivité et devenir un exemple d’entreprise aérienne durable.

Sanofi

L’entreprise pharmaceutique française a également fait longuement parler d’elle ces dernières semaines, et tout était loin d’être rose. Premièrement, le vaccin contre le nouveau coronavirus développé par Sanofi a dû être reporté. Au mieux, on peut s’attendre à une mise sur le marché à la fin de cette année. Au pire, le vaccin ne sortira pas du tout. Deuxièmement, la firme a annoncé la suppression de 400 postes de chercheurs en France dans les prochains mois. Une annonce qui ne passe pas bien alors que le monde a plus que jamais besoin de recherches en pharmacologie.

Bruno Le Maire a répondu aux deux tollés médiatiques. En ce qui concerne le vaccin, il considère qu’il n’y a pas de souci à se faire, car même s’il arrive en fin d’année, il sera utile. ‘On sera bien content aussi d’avoir ce complément vaccinal à la fin de l’année’, a-t-il affirmé, rappelant que les États-Unis ont déjà commandé 100 millions de doses.

Sur la question des suppressions d’emplois, le ministre de l’Économie rappelle que ce plan de restructuration est prévu depuis juin dernier et qu’il n’a donc rien à voir avec le vaccin. En outre, il précise que l’État français ne laisse pas le dossier sans surveillance. Le gouvernement attend trois choses de Sanofi:

  • Pas de fermeture de sites
  • Aucun licenciement sec pour le plan de restructuration
  • Un plan détaillé des stratégies de développement des activités en R&D. La firme voudrait se concentrer sur certains secteurs pharmacologiques, mais n’a pas encore précisé lesquels.

Bruno Le Maire explique que la pandémie a montré qu’en se concentrant sur un domaine, les scientifiques sont capables de faire des merveilles. La décision de Sanofi de recentrer ses recherches est selon lui, un très bon choix stratégique.

L’interview complète: