‘Assortir le soutien des gouvernements aux compagnies aériennes de conditions climatiques’

Le soutien public aux compagnies aériennes doit être accompagné de conditions contraignantes en matière de conditions de travail, de climat et d’environnement. Cet appel est lancé par des centaines d’organisations de citoyens européens qui sont unies au sein de la plateforme Stay Grounded.

‘En période de prospérité, les compagnies aériennes gagnent d’énormes revenus privés et bénéficient des privilèges fiscaux dont bénéficie le secteur. En temps de crise, ils veulent obtenir de l’argent public pour sauver leur entreprise. Nous ne pouvons pas permettre la privatisation des profits et la nationalisation des pertes.’

Lettre ouverte

C’est ainsi que commence la lettre ouverte de la plateforme des citoyens. Quelque 250 syndicats et organisations environnementales l’ont signée. Tous exigent des gouvernements européens que toute opération de sauvetage aboutisse à de meilleures conditions de travail et à une réduction des émissions.

Les compagnies aériennes du monde entier ont en grande partie cessé leurs activités depuis la pandémie de coronavirus, certaines sont au point mort. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais aussi dans notre pays, elles demandent l’aide du gouvernement pour compenser les pertes causées par la pandémie.

200 millions pour Brussels Airlines

Les 55 avions de Brussels Airlines sont au sol depuis le 21 mars, la plupart du personnel est au chômage technique. La société belge espère redécoller à la mi-mai. Pour ce faire, elle demande au moins 200 millions d’euros d’aides d’État pour couvrir les pertes de revenus.

Les Pays-Bas et la France envisageraient des garanties d’État pour des prêts bancaires de 2 milliards d’euros et de 4 milliards d’euros pour KLM et Air France respectivement. Ailleurs, les entreprises reçoivent des aides directes, des prêts du gouvernement ou sont nationalisées.

Les aides d’État paraissant inévitables, les organisations de citoyens exigent donc que l’argent des contribuables soit assorti de conditions. Selon eux, il faut à tout prix éviter que le secteur de l’aviation ne reprenne ses activités comme avant une fois le coronavirus vaincu.

Privilèges fiscaux

En raison de décennies de privilèges fiscaux, le secteur a connu des années de croissance au détriment de l’environnement et du climat. Avant la pandémie, il y avait en moyenne 20.000 avions en vol à tout moment. L’année dernière, le record quotidien du nombre de vols dans le monde a été battu à deux reprises. Alors que les scientifiques s’accordent à dire que le trafic aérien devrait être progressivement supprimé dans le cadre de la réalisation des objectifs climatiques de Paris.

L’aviation a toujours été exemptée de taxes sur le kérosène, et il n’y a pas de frais sur les billets d’avion, comme c’est le cas dans le trafic ferroviaire, par exemple. Cette décision a été prise en décembre 1944 par l’OACI, l’Organisation de l’aviation civile internationale des Nations unies. Après la Seconde Guerre mondiale, l’aviation devait permettre un contact pacifique entre les peuples et les cultures, et cela devait être possible sans obstacles fiscaux.

Moins d’émissions, plus de taxes sur le kérosène

‘Pendant des décennies, l’industrie aéronautique n’a pas apporté de contribution significative aux objectifs climatiques mondiaux et a résisté à la moindre suggestion de taxation sur le carburant ou les billets, indique Magdalena Heuwieser’, porte-parole de Stay Grounded.

La plate-forme des citoyens demande que les compagnies aériennes ne reçoivent une aide publique qu’à ces conditions:

  • L’accent est mis sur la protection des salariés et non des actionnaires.
  • Le secteur de l’aviation contribue activement à la réduction des émissions et s’inscrit dans une trajectoire de réchauffement jusqu’à 1,5 degré maximum.
  • La demande de transport aérien est réduite par le renforcement des alternatives à faible émission de carbone, comme le transport ferroviaire.
  • Une taxe sur le kérosène sera introduite, ainsi que des prélèvements progressifs sur les voyageurs fréquents.

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