Arnaque crypto mondiale ou erreur judiciaire belge: l’affaire Vitae atterrit indirectement devant les tribunaux

Ce n’est pas encore l’instruction de Vitae, cette plateforme internationale bloquée par nos autorités depuis juin, qui débouche sur un procès. Mais des membres, des Vitaers, traînent laborieusement en justice… un juge et l’État belge.

Nouvel épisode de ce feuilleton policier surréaliste que constitue l’affaire Vitae. Comme Business AM l’annonçait le mois dernier, l’avocat Hans Van de Wal, représentant des milliers d’utilisateurs-testeurs du projet crypto incriminé, a bel et bien demandé au juge d’instruction de lever toutes les mesures de blocage.

Pour mémoire, il y a quatre mois déjà, la justice belge avait interdit l’accès au réseau social Vitae.co. Des indices considérés comme assez sérieux laissaient craindre que ce média social expérimental, récompensant ses membres en devises digitales VITAE, ne soit qu’une gigantesque fraude pyramidale à la Ponzi.

La « famille des Vitaers » s’est depuis retrouvée privée de son forum mais surtout de ses avoirs numériques, les wallets étant inaccessibles. S’en est suivi un inévitable effondrement du cours du token vitae, qui a perdu la quasi-totalité de sa valeur avant de disparaître des radars.

« Toute cette enquête ne cherche qu’à vous faire taire »

Restée longuement silencieuse, l’entreprise Vitae AG, dont le siège social a été établi dans la Crypto Valley helvétique, a communiqué officiellement à la mi-octobre sa première réaction « de surprise et de choc » face à cette investigation criminelle d’envergure.

« Nous sommes fermement convaincus que les enquêteurs ont été induits en erreur dès le départ et que la société et ses administrateurs/directeurs ont toujours agi de bonne foi, qu’ils ont accompli leurs tâches de manière légale, avec l’avis et le conseil des professionnels du droit que nous avions », a fait valoir un courrier plus sensationnel que factuel, dépourvu de signataire identifiable mais portant seulement le logo feuillu en forme de V.

S’estimant injustement et gravement lésés par l’acte d’instruction qui a immobilisé leurs biens, des utilisateurs ont dès lors adressé une requête formelle de levée du blocage au juge d’instruction Philippe Van Linthout en charge du dossier.

Une plateforme trop risquée

Ce dernier a rejeté la demande, arguant essentiellement qu’il ne pouvait pas autoriser la poursuite d’un stratagème criminel, affirmant qu’il n’avait d’autre choix que de bloquer le système pour mettre fin aux infractions pénales en cours.

« Nous sommes fortement en désaccord avec le raisonnement du juge, puisque d’autres mesures auraient pu être prises, mesures qui n’affecteraient pas les membres comme les mesures actuelles », a estimé Hans Van de Wal, du cabinet d’avocats Elegis.

En conséquence, l’avocat des Vitaers a introduit un recours la semaine dernière. Ce qui permettra de plaider l’affaire pour la toute première fois devant la Cour d’appel d’Anvers dans les prochaines semaines et d’enfin mettre légalement en cause les mesures judiciaires qui ont été prises.

Plaidoiries reportées

Autre action en justice, autre arrondissement, Hans Van de Wal a suivi la stratégie qu’il avait mise au point et a aussi assigné l’État belge à comparaître devant le tribunal de première instance de Bruxelles.

« 18.000 personnes sont d’opinion que la responsabilité de l’État est engagée et que l’État doit payer une compensation pour les actes fautifs prises par le juge d’instruction », avait motivé préalablement l’avocat du cabinet Elegis.

La première audience était prévue ce lundi 8 novembre mais un nouveau calendrier judiciaire sera publié par le tribunal pour permettre aux parties d’échanger à la fois des déclarations écrites et des preuves, afin que l’affaire soit plaidée à une date ultérieure.

Cela reporte donc à plus tard ce qui se profilait comme le premier procès Vitae. Pendant ce temps-là, trop peu d’éléments filtrent de l’instruction pour en projeter les éventuels développements…

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