Affaire Vitae: près de 30.000 personnes blâment la justice belge lors d’une étrange mobilisation mondiale

Une histoire de fraude anecdotique à première vue, avec des millions d’euros injectés dans un projet crypto douteux et des commanditaires arrêtés par la police belge. Le dossier Vitae ne semblait pas bien épais et rapidement bouclé. C’était sans compter sur la ferveur d’une communauté internationale dénonçant l’injustice.

« Liberté pour Vitae ». Sous cette bannière aussi lyrique que laconique, les partisans de Vitae, ce réseau social censé rémunérer ses membres en cryptomonnaies, semblent se mobiliser en masse. Pour dénoncer la « censure » de la justice belge mais surtout chanter haut et fort les louanges de leur projet brutalement avorté.

Pour rappel, le 22 juin dernier, suspectant une organisation criminelle, le parquet fédéral a fait fermer les sites web de l’entreprise Vitae AG dont la plateforme sociale et le token VITAE avaient déjà attiré quelque 223.000 utilisateurs. Autant de victimes potentielles d’une fraude pyramidale.

Les investisseurs ont en tout cas perdu de l’argent avec l’effondrement du prix du jeton numérique (-98%) dans le sillage de la justice belge. Le juge d’instruction Philippe Van Linthout a fait saisir 37% des tokens, reléguant ainsi le VITEA au 1126e rang du classement mondial des cryptomonnaies, au prix de 0,2 $ l’unité, contre 12,08 dollars à son ATH de novembre 2020.

Véritable campagne

Comme nous l’indiquions dernièrement, une pétition a été lancée peu après l’intervention des autorités, l’auteur réclamant la réouverture du réseau pourtant encore à l’état de prototype et désormais entaché de suspicion d’escroquerie.

Une initiative qui n’est d’ailleurs pas restée lettre morte. Le compteur de soutiens récoltés grimpe depuis le lancement. Avec plus de 28.000 signataires réclamant la « libération » de Vitae au moment de publier cet article, la fameuse pétition est même en bonne voie pour devenir « l’une des plus signées », indique la plateforme Change.

Une campagne visiblement soutenue par une large communauté vietnamienne de Vitae. Mais le pétitionnaire multiplie aussi différents efforts pour rendre cette « voix perdue lorsque notre plateforme de médias sociaux a été mise hors ligne ».

Derrière le pseudo I Stevenson, il ou elle encourage les adeptes à partager la pétition à leurs amis, familles, collègues, voisins. Et depuis vendredi dernier, réalise des compilations vidéo de témoignages venant des quatre coins du monde.

« L’amour envers les autres »

Du Ghana au Canada, en passant par la Chine, la France ou les Pays-Bas, la « diaspora Vitae » répète dans des dizaines de séquences mises bout à bout à quel point il est essentiel que le projet reprenne officiellement.

Jeunes et séniors, femmes et hommes, l’échantillon prétendument représentatif de cette communauté web énumère des arguments plus proches de la rhétorique d’un groupe de partage paroissial que d’early adopters d’une solution numérique innovante.

Se présentant en qualité de professeur enseignant les sciences juridiques et politiques dans les universités togolaises, ce membre de Vitae depuis deux ans raconte que cette nouvelle vision des réseaux sociaux va dans le sens de ses « convictions protestantes et socialistes, attachées à la promotion de la liberté d’expression et la protection de la vie privé ».

Une autre membre française de Vitae veut dissiper les accusations d’escroquerie et assure ne pas être une victime. Elle résume le projet à « l’amour envers les autres. Quelle que soit leur religion, race ou couleur. Vitae nous donne à tous la même chance de prospérer sur le même plan d’égalité. »

Bref, aucun élément technique, aucun chiffre, aucune intervention reposant sur des considérations objectivables qui permette de juger l’authenticité du projet Vitae.

Mais ces intervenants partagent bon nombre de points communs préoccupants : la rupture avec l’environnement d’origine, un détournement des circuits économiques traditionnels, un dévouement total aux dirigeants, des réponses stéréotypées, une appartenance au groupe conditionnée par un service et un produit…

Des critères qui, dans d’autres circonstances, auraient éveillé des soupçons de dérives sectaires.

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