La Russie remet en service le plus grand navire de guerre au monde, mais quelle est réellement l’importance de l’Amiral Nakhimov ?


Principaux renseignements

  • La Russie a mis à l’eau le croiseur d’assaut à propulsion nucléaire « Amiral Nakhimov » après une rénovation coûteuse qui a duré 27 ans.
  • Ce croiseur de combat concentre une puissance de feu inégalée dans une seule coque vulnérable.
  • Son déploiement dans l’Arctique minimise les risques liés aux drones tout en sécurisant les bastions des sous-marins nucléaires.

La Marine russe a enfin entamé les essais en mer finaux du croiseur de combat à propulsion nucléaire « Amiral Nakhimov », à l’issue d’un processus de modernisation mené au chantier naval Sevmash qui s’est étendu sur 27 ans. Cette période de reconstruction dépasse en réalité la durée de service active initiale du navire à l’époque soviétique.

Sur le plan financier, le projet a connu une escalade considérable. Initialement prévu en 2013 pour 50 milliards de roubles (570 millions d’euros), des chiffres non officiels suggèrent que le coût final a grimpé à environ 200 milliards de roubles, soit environ 2,27 milliards d’euros.

Puissance de feu sans précédent

En termes de puissance de feu brute, le Nakhimov n’a pas son pareil. Les ingénieurs ont entièrement démantelé le navire jusqu’à sa structure, remplaçant les lanceurs obsolètes datant de la Guerre froide par des cellules de lancement verticales universelles modernes. Le navire embarquerait environ 176 cellules — soit le plus grand nombre parmi tous les navires de surface actuellement en service — réparties entre environ 80 destinées aux armes d’attaque (notamment les missiles hypersoniques Kalibr, Oniks et Zircon) et 96 dédiées à la défense aérienne.

Cette capacité éclipse celle de ses homologues occidentaux, tels que les croiseurs américains de classe Arleigh Burke ou les croiseurs chinois de type 055. Cet arsenal est alimenté par deux réacteurs nucléaires KN-3, permettant au navire de maintenir une vitesse de 32 nœuds avec une autonomie pratiquement illimitée.

Une philosophie dépassée

Malgré ces capacités, ce navire incarne une philosophie navale controversée. La stratégie maritime moderne, en particulier aux États-Unis et en Chine, s’est orientée vers la « létalité distribuée » — c’est-à-dire la répartition des armes sur de nombreux navires plus petits et interopérables afin de garantir la résilience de la flotte.

Le Nakhimov fait le contraire, en concentrant une immense quantité de ressources et d’armement dans une seule coque irremplaçable. Si la Russie avait investi ces 2,27 milliards d’euros dans des frégates plus petites du projet 22350, elle aurait pu déployer plusieurs coques, garantissant ainsi que la perte d’un navire n’entraînerait pas un épuisement catastrophique de l’arsenal global de missiles de la flotte.

Vulnérabilité

Le danger de cette concentration n’est pas théorique. Le naufrage du croiseur Moskva en 2022, causé par des missiles ukrainiens relativement peu coûteux, ainsi que le succès des drones nautiques explosifs en mer Noire, démontrent que les navires de guerre coûteux sont vulnérables à une guerre asymétrique à faible coût.

Le Nakhimov, en raison de sa grande valeur, devient une cible hautement prioritaire, mais il ne dispose d’aucun blindage le rendant insensible aux effets physiques des armes antinavires modernes.

L’Arctique

Cependant, le rôle stratégique spécifique de ce navire pourrait atténuer certains de ces risques. Contrairement au théâtre d’opérations de la mer Noire, le Nakhimov est destiné à la Flotte du Nord, en mer de Barents. Son objectif principal est de protéger le « bastion » où sont stationnés les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins balistiques russes.

Dans le Haut-Arctique, la menace posée par les essaims de drones est minime, et l’autonomie nucléaire du navire ainsi que son immense bouclier de défense aérienne constituent des avantages opérationnels significatifs pour la protection de la force de dissuasion nucléaire et le contrôle des goulets d’étranglement arctiques.

Une merveille d’ingénierie ou une erreur stratégique ?

En fin de compte, si l’Amiral Nakhimov constitue un atout redoutable pour les opérations dans l’Arctique, son utilisation reste discutable au regard des ressources limitées. À l’heure où la Russie retire de la circulation des navires jumeaux et peine à entretenir son unique porte-avions, consacrer près de trois décennies et des milliards de roubles à une seule coque datant de la Guerre froide témoigne d’un attachement rigide à une doctrine navale dépassée.

Ce navire est une merveille d’ingénierie, mais il pourrait s’agir d’un mauvais choix pour l’ère moderne du combat naval. (fc)

Suivez également Business AM sur Google Actualités

Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

Ajoutez fr.businessam.be en tant que source préférée sur Google
Plus