L’économie des petits boulots en Chine masque de profondes vulnérabilités structurelles en matière d’emploi


Principaux renseignements

  • L’économie des petits boulots en Chine accueille les professionnels licenciés et masque ainsi en partie le chômage structurel sous-jacent.
  • Contrairement à l’emploi formel, le travail en freelance ne s’accompagne généralement pas de cotisations obligatoires aux caisses d’assurance maladie, de chômage et de retraite.
  • La saturation du marché pèse sur les salaires et freine la croissance économique nationale.

La croissance rapide du marché du travail flexible en Chine masque de profondes vulnérabilités structurelles dans le paysage national de l’emploi, rapporte Reuters. Un nombre croissant de professionnels, notamment des diplômés universitaires et d’anciens cols blancs, se tournent vers le travail à la demande alors que les secteurs traditionnels tels que la technologie, la construction et l’industrie manufacturière se contractent en raison de l’intégration de l’IA, de l’automatisation et de l’instabilité économique.

L’économie des petits boulots, un amortisseur social

Les projections statistiques laissent entrevoir une mutation massive de la main-d’œuvre, le travail flexible pouvant atteindre 320 millions de personnes cette année. Cette tendance indique que l’économie des petits boulots est devenue un amortisseur social essentiel, empêchant une flambée des chiffres officiels du chômage.

Le gouvernement définissant l’emploi comme le fait de travailler ne serait-ce qu’une heure par semaine, la prolifération des emplois sur plateforme maintient artificiellement bas le taux de chômage déclaré tout en masquant la précarité de ce travail.

Menaces pesant sur la viabilité de la protection sociale

Cependant, cette évolution engendre une crise majeure pour l’infrastructure de protection sociale chinoise. Contrairement à l’emploi formel, le travail en freelance ne s’accompagne généralement pas de cotisations obligatoires aux caisses d’assurance maladie, de chômage et de retraite. Alors que le système national de retraite est déjà confronté à un risque d’épuisement dû au vieillissement de la population, l’essor d’une main-d’œuvre qui ne cotise pas à ces caisses menace la viabilité à long terme du filet de sécurité de l’État.

De nombreux travailleurs, confrontés à de faibles salaires et à des coûts de vie élevés, renoncent purement et simplement à toute assurance, préférant de modestes économies personnelles à des prestations de l’État lointaines et incertaines.

Le dilemme financier du gouvernement

Le fardeau financier lié au maintien de ces disparités sociales pèse sur le gouvernement central, les dépenses consacrées aux transferts budgétaires pour l’assurance ayant considérablement augmenté au cours de la dernière décennie.

Les experts suggèrent que l’imposition de taxes plus strictes ou de cotisations obligatoires aux travailleurs de la gig economy et aux plateformes pourrait s’avérer contre-productive. Augmenter les coûts pour les entreprises de plateformes pourrait compromettre leur capacité à fournir les emplois mêmes qui maintiennent l’ordre social, tandis que taxer les migrants à faibles revenus pourrait freiner davantage la consommation intérieure.

Saturation du marché 

De plus, l’afflux de travailleurs vers ces emplois flexibles commence à dépasser la demande du marché, entraînant une stagnation des salaires. Alors que les secteurs de la livraison ont connu une certaine croissance, les chauffeurs de VTC subissent une baisse de leurs revenus à mesure que les marchés des grandes villes atteignent la saturation. Ce contexte donne naissance à une génération de travailleurs qui ne bénéficient pas de la sécurité et de la stabilité financières dont jouissaient leurs prédécesseurs, ce qui entraîne une anxiété accrue et une réticence à dépenser, ce qui freine encore davantage la croissance économique globale.

(at)

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