175 ans du parti libéral: une fête d’anniversaire contrariée

Le parti libéral fête ses 175 ans en Belgique. Ses héritiers – le MR et l’Open VLD – ont célébré cet anniversaire à l’Hotel de Ville de Bruxelles, tout sourire. Dans les coulisses, pourtant, le cœur n’est pas vraiment à la fête.

Dans l’actualité : Georges Louis Bouchez (MR) et Egbert Lachaert (Open VLD) célébraient les 175 ans du parti libéral. Leur message: la famille libérale est une et indivisble.

  • Le MR et l’Open VLD – et surtout leurs deux présidents – sont depuis un certain temps en pleine opération com’. Par tous les moyens, ils tentent de montrer les liens entre les libéraux du nord et du sud du pays. Les deux se rappellent sans doute que lors des dernières négociations gouvernementales, tant le MR que l’Open VLD ont failli être éjectés, s’ils n’avaient pas pu compter sur l’un et l’autre.
  • Lors de la célébration des 175 ans du parti libéral, les deux présidents ont parlé de ce qui les rassemble. A commencer par la lutte contre les extrémismes, tant de gauche que de droite: une priorité.
  • On sait que Bouchez a fait du PTB son principal adversaire dans les médias. Un double objectif: marquer le contraste entre la droite et la gauche, tout en affaiblissant le PS. Chaque point gagné par le PTB affaiblit les socialistes. Or en faisant du PTB son principal adversaire, le président libéral lui donne de l’importance.
  • Côté flamand, Lachaert a lui affaire à la N-VA et au Vlaams Belang, une situation totalement différente. Face à une droite décomplexée, très conservatrice, le président libéral flamand a joué la carte du libéralisme social: ‘Pour le Belang, par exemple, la liberté c’est pour le Flamand, homme blanc, mais pas pour les autres. Ce n’est pas notre idée. La liberté est importante, mais de quelle liberté jouit celui qui est malade et n’a rien, qui perd son emploi et ne peut s’appuyer sur rien ?’
  • Le MR n’a pas non plus oublié de défier ses adversaires plus traditionnels, s’étonnant de leur frilosité face aux nouvelles technologies sur le progrès. Un exemple : la 5G. Une cible: Ecolo.

Les détails : Voilà pour le côté pile. Côté face, la tension est palpable entre les deux partis libéraux du nord et du sud. Elle est même palpable au sein du MR.

  • En cause la question du voile dans l’administration publique. Le MR a fait de cette question une priorité ces dernières semaines. Au point même d’en affecter la Vivaldi et le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD).
  • La nomination d’une femme voilée, Ihsane Haouach, par Ecolo, à la tête du Commissariat pour l’égalité des hommes et des femmes avait été avalisée par le kern, dixit le Premier ministre. Une décision remise en cause par le président libéral sur les réseaux sociaux et par l’un de ses ministres.
  • Le Premier ministre a dû venir s’expliquer publiquement par deux fois. Même le PS, via le ministre Pierre-Yves Dermagne, est venu porter secours à Alexandre De Croo: ‘C’est un grave manque de respect pour le Premier ministre.’
  • Du côté d’Ecolo, le co-président d’Ecolo dénonçait ce dimanche sur RTL-TVi l’attitude du président libéral: ‘Le MR ne peut pas jouer avec le feu et Georges-Louis Bouchez le fait trop souvent. On le sait, il est dans une forme olympique. Il est nerveux sur Twitter, etc. Mais là, on a franchi une ligne qui fragilise le Premier ministre par rapport aux nationalistes flamands. L’objectif de la Vivaldi n’est certainement pas celui-là. On doit être derrière les décisions du gouvernement. Quand le Premier ministre vient s’exprimer au Parlement, il n’est pas question qu’on force un ministre à le contredire.’
  • Cette critique est partagée au sein même du MR. Le ministre wallon Jean-Luc Crucke n’y est pas allé par le dos de la cuillère dans une interview accordée au Standaard : ‘Alexander De Croo fait très bien son job, comme Sophie Wilmès, je suis leur plus grand supporter en Wallonie. De telles figures de proue sont un énorme cadeau pour la famille libérale. Il faut être totalement derrière eux au lieu de les contrer. Par les disputes on ne résout rien. Il est temps que cela s’arrête.’
  • Pour ceux qui en doutaient, ce message est directement adressé à GLB: ‘Les enjeux sanitaires, économiques et environnementaux, c’est de cela qu’il faut s’occuper plutôt que des tweets méchants (…). On a besoin d’énergie positive, pas destructive.’
  • Ce n’est pas la première fois que GLB irrite sa propre famille. À de nombreuses reprises durant la crise sanitaire, il a remis personnellement en cause les décisions de la Vivaldi, et par ricochet la réputation du Premier ministre. La question du voile est un nouveau caillou dans la chaussure du gouvernement fédéral.

Pourquoi est-ce important ? Georges-Louis Bouchez a fait du voile une question de principe. Jusqu’où cela peut-il aller ?

  • Le président du MR ne compte pas lâcher le morceau. En marge de l’anniversaire, GLB a répété son intention de porter le débat sur les signes convictionnels au Parlement. Le MR a d’ailleurs déposé une proposition de loi en ce sens.
  • ‘Ce n’est pas parce que mon parti est dans un gouvernement qu’il doit s’asseoir et regarder passer les trains. Il n’y a rien dans l’accord de gouvernement sur les signes convictionnels. Le débat a été porté par Ecolo, on ne doit plus se cacher ou le mettre encore sous le tapis. Mais nous ne laisserons pas passer quelque chose que nous estimons contraire à la neutralité de l’État,’ a réitéré le libéral.
  • Or, la position du MR et de l’Open VLD diffère sur cette question. Le MR est clairement influencé par la vision de neutralité de l’État à la française, n’acceptant aucun signe convictionnel ostentatoire pour les agents ou les représentants de l’État dans leur fonction, cela va du policier à un conducteur de la Stib.
  • L’Open VLD a une vision beaucoup plus anglo-saxonne du débat. On pourrait résumer sa position ainsi: peu importe les signes convictionnels, du moment que la personne concernée a des compétences et fait preuve de neutralité dans ses fonctions.
  • En fait, le MR se rapproche ici de la position de la N-VA et du Vlaams Belang, les ennemis directs de l’Open VLD en Flandre. Le MR met clairement l’Open VLD dans une position délicate.
  • Mais jusqu’où cette question de principe peut-elle aller au sein de la Vivaldi ? On sait qu’au niveau bruxellois, on assiste quasiment à une crise gouvernementale, entre DéFi et le tandem PS-Ecolo.
  • Le président du MR a fait savoir qu’il n’acceptera pas une majorité de rechange sur cette question au Parlement. Pas question qu’une position soit prise sans le MR. Sinon quoi ?

À retenir : le PS a bel et bien une stratégie anti-PTB.

  • Ce samedi, au Grand oral, sur la RTBF, le président des socialistes disait qu’il n’allait ‘jamais courir derrière le PTB’, que la stratégie pour les contrer visait surtout à ‘rester soi-même’.
  • ‘Je le dis à tous mes camarades qui sont obsédés par le PTB: les socialistes doivent arrêter d’être obsédés par les communistes car cela les empêche d’être eux-mêmes.’
  • Quelques secondes plus tard, Paul Magnette déroulait son discours anti-PTB, un parti ‘qui ne veut pas gouverner’, et qui donc ‘trompe l’électorat’ et ‘divise la gauche’. Il reprochait aussi aux journalistes face à lui et à la profession en général d’être trop conciliants avec les communistes, alors qu’ils ‘ont été impeccables avec l’extrême droite’.
  • Pas de stratégie anti-PTB, vraiment ? On apprenait pourtant hier via LN24 que des réunions avaient lieu boulevard de l’Empereur pour déployer une stratégie anti-communiste. D’après les données récoltées par l’Institut Emile Vandervelde.
  • Car oui, le PS est passé de 44% des voix à la fin des années 80 à 26% aux dernières élections. Et les derniers sondages donnent encore un peu plus de place au PTB, Ecolo restant lui stable.
  • Concernant les écologistes, la stratégie a été établie durant les négociations gouvernementales déjà. Le but était de les faire participer au pouvoir, pour leur faire commettre des erreurs, ce qui les remettrait à leur place après la ‘vague verte’. Un peu comme cela s’est déjà produit au début des années 2000 sous le gouvernement arc-en-ciel de Verhofstadt.
  • Concernant le PTB, certains socialistes, off the record, reconnaissent avoir minimisé le problème dès 2014.
  • La stratégie est en évolution, a reconnu le président du PS. Mais il a déjà été décidé un repositionnement à gauche avec des thèmes porteurs comme la fiscalité, le travail ou l’enseignement.
  • Sans oublier une logique de confrontation: il ne faut rien laisser passer, pousser le PTB dans ses contradictions, dénoncer leur populisme et leur démagogie, en faire un acteur ‘comme les autres’ et donc plus anti-establishment.
  • Le PS doit aussi renouer ses liens avec les deux autres piliers que sont les syndicats et les mutuelles, qui ont été trop infiltrés par le PTB ces dernières années.
  • Tant au niveau fédéral que wallon, voire même communal: les socialistes doivent se confronter aux communistes. Si on voit l’actualité de ces derniers jours, c’est exactement ce qui s’est passé entre un Elio Di Rupo très remonté contre Germain Mugemangango, le chef de groupe PTB au parlement wallon, Pierre-Yves Darmagne contre Hedebouw à la Chambre, et même Paul Magnette au niveau du conseil communal de Charleroi.

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