Vous voulez voyager loin ? Les frontières restent fermées

L’hebdomadaire libéral The Economist publie cette semaine son indice de normalité. Basé sur une moyenne de 100 avant la pandémie, il suit des éléments tels que les vols, le trafic et les ventes au détail dans 50 pays représentant 76 % de la population mondiale. Aujourd’hui, cet indice s’élève à 66, soit près du double de son niveau d’avril 2020. Mais toujours à 34 % de son niveau pré-pandémique. Alors que les voyages à l’intérieur de l’Union européenne reprennent lentement, les voyages intercontinentaux restent, de manière alarmante, bien en deçà de leur niveau normal.

Pourquoi est-ce important ?

Les voyages internationaux ont toujours été l'affaire de quelques privilégiés de ce monde. Toute personne disposant d'argent et d'un passeport internationalement reconnu pouvait sauter dans un avion et voyager à l'autre bout du monde. Ce clivage géopolitique a été amplifié par la pandémie, qui se traduit aujourd'hui par des frontières hermétiques pour tous.
Les chiffres ne mentent pas. Dans le monde entier, les arrivées internationales ont chuté de 73 % en 2020 par rapport aux niveaux pré-pandémiques de 2019, entraînant des pertes estimées à 2.400 milliards de dollars pour le tourisme et les secteurs connexes, selon un rapport des Nations unies.

Le tourisme international atteint le niveau de 1980

Le tourisme international est aujourd’hui « au niveau des années 1980 », déclare Zoritsa Urosevic, représentante à Genève de l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies. Non pas que les gens ne veuillent plus voyager, ils le font. Selon l’American Automobile Association (AAA), 47 millions d’Américains ont prévu de voyager le week-end prochain (4 juillet), mais ils se déplaceront principalement en voiture.

The Economist.

La nouvelle réalité complexe des voyages internationaux est la plus évidente à constater sur la plus longue frontière terrestre du monde : celle qui sépare les États-Unis et le Canada. Avant la pandémie, 15 millions d’Américains traversaient cette frontière chaque année. Maintenant, presque personne ne passe. La frontière est fermée depuis le 20 mars 2020 et le restera au moins jusqu’au 20 juillet 2021, jusqu’à nouvel ordre. Au poste-frontière des Niagara Falls, dans l’État de New York, autrefois très actif, seuls 1,7 million d’Américains sont entrés au Canada par des moyens de transport privés en 2020, contre 10,5 millions en 2019. Même dans des pays comme l’Australie, la Chine et la Nouvelle-Zélande, les frontières – à une exception près – restent tout simplement fermées.

Le trafic de marchandises souffre lui beaucoup moins : le commerce mondial n’a diminué que de 5,6 % en 2020.

Un poste-frontière entre le Canada et les États-Unis (Jonathan Hayward/The Canadian Press via AP/Isopix)

Et ensuite ?

Le même rapport des Nations unies prévoit que le nombre d’arrivées internationales se rétablira plus rapidement dans les pays où les taux de vaccination sont plus élevés, mais que les chiffres globaux ne retrouveront pas les niveaux pré-pandémiques avant 2023 au plus tôt.

L’opinion publique jouera également un rôle, car de nombreuses populations sont encore fortement favorables au maintien des restrictions de voyage. En mai, un sondage a révélé que 86 % des Canadiens étaient tout à fait ou plutôt favorables à la fermeture de la frontière aux étrangers. Des chiffres similaires sont relevés en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Maintenant que la pandémie a mis sur la table l’option autrefois impensable de la fermeture des frontières, les gouvernements seront probablement tentés d’y recourir à nouveau à l’avenir. La fin de la mondialisation prédite par certains n’est toutefois pas encore pour demain: le transport de marchandises se poursuit sans interruption. La libre circulation des personnes, en revanche, semble encore bien loin.

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