Volkswagen ne croit pas aux voitures à hydrogène… mais investit un demi-milliard pour construire des électrolyseurs

Herbert Diess, le PDG de Volkswagen, l’a répété déjà plusieurs reprises: pour lui, le futur de la voiture ne passe par l’hydrogène. Mais cela n’empêche pas le groupe allemand de voir un bel avenir se dessiner pour sa version « verte ». La preuve avec un investissement d’un demi-milliard d’euros.

Producteur de moteurs, de turbines et de machines, MAN Energy Solutions a annoncé que sa filiale H-Tec Systems allait devenir un « producteur en masse d’électrolyseurs PEM [membrane échangeuse de protons] aussi rapidement que possible ». L’objectif est de devenir « l’un des principaux acteurs mondiaux » du domaine. Un processus qui sera permis par un investissement de pas moins de 500 millions d’euros.

H-Tec Systems déjà spécialisé dans la recherche et le développement en hydrogène, a, avec les électrolyseurs PEM, déjà « maîtrisé l’un des processus les plus importants pour la production d’hydrogène à l’échelle industrielle à partir de sources d’énergie renouvelables », a souligné Uwe Lauber, patron de MAN. « La technologie est mature et a déjà été mise sur le marché avec succès. La prochaine étape consiste donc à mettre à l’échelle et à mettre en place une production en série hautement automatisée – et nous aimerions progresser rapidement dans ce domaine. »

La nouvelle a d’autant plus de valeur que MAN Energy Solutions appartient à nul autre que Volkswagen. Le constructeur automobile allemand avait essayé de vendre cette société bavaroise il y a quelques années, rappelle Recharge, sans succès. Il change désormais son fusil d’épaule, en lui permettant de bientôt occuper une place de tout premier plan dans le secteur de l’hydrogène vert.

Toujours pas pour les voitures à hydrogène

Pourtant, Herbert Diess estime que les voitures à hydrogène n’ont aucun avenir. Elles « n’apportent pas de réponse aux problèmes climatiques des transports », a-t-il affirmé l’an dernier, étude menée par les chercheurs de l’Institut de recherche sur les impacts climatiques de Potsdam à l’appui. « Il est clair que les transports ont opté pour la propulsion électrique. Il est inutile d’en débattre davantage. C’est une perte de temps. Écoutez la science. »

L’an dernier, les ventes mondiales de voitures à hydrogène ont doublé. 15.537 unités ont été vendues. Cela reste très (très) peu. Et il est apparu que ce « boom » n’a pas été provoqué par un soudain attrait des consommateurs, mais bien par d’énormes incitants financiers mis en place dans quelques régions bien précises (Californie, Corée du Sud). De plus, l’hydrogène gris (produit à partir de combustibles fossiles) dominant toujours largement le vert (via du renouvelable), leur atout « zéro émission » s’écroule. Sans compter leur prix, toujours pas attractif (hors incitants).

Même lorsque l’hydrogène vert aura damé le pion au gris, rien ne dit que les voitures l’utilisant connaîtront un succès. Notamment car leur rendement énergétique est d’à peine 30%, selon l’organisation européenne à but non lucratif Transport & Environment. Pour chaque 100 kWh d’énergie renouvelable utilisée pour produire l’H2, seuls 30 kW sont utilisables sur la route. Pour les véhicules électriques, ce même chiffre est de 77%.

Notons cependant que l’on parle là des véhicules à hydrogène utilisant des piles à combustible. L’hydrogène peut aussi être mobilisé dans des voitures dotées de moteur à combustion interne. Un pari qu’a notamment pris récemment un poids lourd de l’automobile: Toyota.

Alors, pour quoi faire ?

A priori, l’option choisie par Toyota n’intéresse pas Volkswagen non plus. Alors, pourquoi débloquer un demi-milliard d’euros pour des électrolyseurs permettant de produire de l’hydrogène vert ? Pour les camions, bus et camionnettes que MAN produit en grande quantité ? Non, toujours pas.

« Sur la voie de la neutralité climatique, l’hydrogène joue un rôle essentiel pour des secteurs tels que la navigation internationale ou les processus industriels dans lesquels l’électrification directe n’est pas possible », a expliqué Gunnar Kilian, président du conseil de surveillance de MAN et membre du conseil d’administration de VW. « Il est donc essentiel pour notre filiale MAN Energy Solutions de continuer à renforcer sa position stratégique sur le futur marché de la technologie power-to-X et des carburants synthétiques en investissant dans la production d’hydrogène. »

« Le marché de la production d’hydrogène à partir de sources d’énergie renouvelables est actuellement axé sur la production décentralisée et l’utilisation locale. Au cours des prochaines années, nous verrons des projets de plus en plus importants, tels que ceux visant à intégrer des parcs éoliens entiers », a commenté Robin von Plettenberg, nouveau PDG de H-Tec Systems.

« Nous attendons de plus en plus de projets à une échelle supérieure à 100MW et, à moyen terme, nous prévoyons également des changements structurels sur le marché des installations à grande échelle de plusieurs gigawatts, qui servent notamment à exporter de l’hydrogène et à approvisionner les secteurs industriels du monde entier », a-t-il ajouté.

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