Dans la plus grande discrétion, la Chine aurait explosé le record du plus grand projet d’hydrogène vert au monde: triche-t-elle ?

En fin de semaine dernière, Shell annonçait avoir mis en service l’un des plus grands projets d’hydrogène vert au monde, en Chine. Avec des capacités de production de 20 mégawatts, le géant pétrolier estimait n’être qu’à 10 MW du record du monde, chinois lui aussi. Visiblement, il était mal informé: le record en question serait en réalité de… 150 MW. Où est l’arnaque ?

Pour l’instant, le plus grand projet d’hydrogène vert au monde en service est celui exploité par Baofeng Energy dans la région autonome de Ningxia, dans le centre de la Chine. L’installation avait obtenu ce titre en avril 2021, lorsqu’elle avait mis en service un électrolyseur à hydrogène d’une capacité de 30 MW.

Ce mardi, le média spécialisé Upstream nous apprend que l’installation en question a désormais quintuplé sa capacité, passant à 150 MW. Un chiffre démentiel par rapport aux autres installations actuellement en service. Et vis-à-vis duquel toute la discrétion est de mise. En effet, même Shell, pourtant normalement très bien informé, semblait avoir loupé l’information.

Le passage à 150 MW serait pourtant effectif depuis plus d’un mois, le 22 décembre très précisément, affirme Xiaoting Wang, spécialiste chinois de l’hydrogène au sein du groupe d’analystes Bloomberg News Energy Finance.

De l’hydrogène vraiment vert ?

La nouvelle est si impressionnante qu’on peut avoir du mal à y croire. Sur le terrain de l’hydrogène, les duperies sont nombreuses. Pour rappel, on parle d’hydrogène vert lorsque celui-ci est produit à partir d’énergies renouvelables, par électrolyse de l’eau. Théoriquement, c’est bel et bien le cas de l’installation de Baofeng, puisqu’elle est alimentée par un panneau solaire de 200 MW.

Ça, c’est pour la théorie. En réalité, explique Xiaoting Wang, l’installation est également conçue pou fonctionner lorsque le soleil ne brille pas, avec l’électricité du réseau. En outre, Baofeng affirme pouvoir à présent produire 27.000 tonnes d’hydrogène vert par an. Selon les calculs de l’analyste de BloombergNEF, c’est impossible, même si l’électrolyseur fonctionnait à sa capacité maximale 24h/24. La production théorique maximale serait plutôt de 23.700 tonnes d’hydrogène par an.

Autre nerf de la guerre: le prix. C’est en partie parce que l’hydrogène vert reste très cher par rapport au gris – issu d’énergies fossiles – qu’il reste pour l’instant assez peu utilisé. Et, justement, Baofeng affirme que le coût de son hydrogène vert sera de 1,2 dollar par kilogramme, se rapprochant de très du prix du gris. Là aussi, Xiaoting Wang estime qu’il y a tromperie. La méthode de calcul du groupe chinois ne serait pas bonne: son hydrogène vert devrait coûter au minium le double de ce qui est annoncé.

Même si l’exploit est donc magnifié, il reste de taille. Et il sera très bientôt dépassé par un autre, chinois une nouvelle fois. A savoir la construction d’une installation d’hydrogène vert de 260 MW par le géant pétrolier Sinopec, alimentée par de l’énergie solaire (via un réseau de 300 MW propre au site) et de l’éolien issu de parcs voisins. Construite dans la – très controversée – province du Xinjiang, elle devrait être achevée d’ici mi-2023, s’emparant à son tour du record mondial. Qui, cela ne fait aucun doute, ne conservera pas non plus son record très longtemps.

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