Surveiller les allées et venues des navires et des sous-marins dans les eaux chinoises: à quoi joue le Quad?

Une manière de faire respecter les lois du pays, un outil pour le commerce ou un système de surveillance qui va pousser à la militarisation de la région: qu’est-ce que le « Partenariat indo-pacifique pour la connaissance du domaine maritime » que veut lancer le Quad dans la région indo-pacifique?

L’Inde, le Japon, l’Australie et les Etats-Unis entretiennent depuis 2007 une coopération informelle, appelée Quadrilateral Security Dialogue (d’où Quad), créée dans l’optique de contrer la puissance grandissante de la Chine dans les eaux des océans Indien et Pacifique. Et si des exercices militaires communs ont lieu, il ne s’agit pas d’une alliance militaire.

« Mais le groupe a le potentiel de rapidement se métamorphoser en une organisation de sécurité », explique Dhruv Katoch, major général de l’armée indienne retraité, à CNBC. C’est que le groupe a récemment annoncé le projet de vouloir surveiller, ensemble, les activités et déplacements des navires et sous-marins dans les eaux sous son influence.

Depuis l’espace et sous les eaux

Ce projet, appelé Indo-Pacific Partnership for Maritime Domain Awareness, ou Partenariat indo-pacifique pour la connaissance du domaine maritime (IPMDA) consisterait en la récolte de données de satellites commerciaux, pour prévenir les pays d’Asie du Sud-est en cas d’intrusions d’autres bateaux sur leur territoire (notamment de navires chinois, dans des zones que Pékin revendique), ou d’activités illégales comme la pêche dans certaines zones, de la piraterie ou de la contrebande. Des bateaux naviguant en mode « dark », ayant éteint leur transpondeur pour brouiller leurs pistes, pourraient aussi plus facilement être repérés.

Les données seront traitées dans quatre centres, situés à Singapour, en Inde, à Vanuatu et aux îles Solomon (ce qui est curieux, sachant que ces îles ont conclu un accord de coopération sécuritaire avec la Chine).

Le Quad voudrait également suivre les trajectoires des sous-marins. Chaitanya Giri, consultant en systèmes d’information pour le ministère indien des Affaires étrangères, explique à CNBC que le projet aurait la capacité de suivre les sous-marins via les câbles commerciaux.

Outil pour le commerce ou militarisation de la région?

Pour Katoch, cette initiative sera bienvenue dans l’Asie du Sud-est. « D’un point de vue purement commercial, ces informations sur le domaine maritime sont quelque chose que les petites nations veulent désespérément », analyse-t-il. Il ajoute encore que la mesure permettra de lutter contre la pêche illégale, où la Chine se distinguerait particulièrement. L’indice IUU Fishing, qui reprend des données sur la pêche illégale, pointe aussi du doigt la Chine comme étant le pays qui pratique le plus la pêche illégale. Ce que le pays même dément.

Selon d’autres, un tel projet pousserait à la militarisation dans la région. « Le véritable objectif de l’initiative sur le domaine maritime est stratégique », explique Pavan Choudary, président de Blue Circle, un groupe de réflexion géopolitique à New Delhi. « L’objectif est prétendument de contrôler la ‘pêche illégale’, mais il s’agit en réalité d’un moyen pour le Quad de faire avancer ses initiatives en matière de sécurité ».

La Chine, on le sait, est très regardante aux données qu’elle partage avec le monde. En décembre, des navires avaient même « disparu » de la carte à cause de questions de partage de données. La Chine risque donc de ne pas apprécier que la région, devant sa porte, soit ainsi passée au crible par d’autres grandes puissances. Quelle pourrait alors être sa réponse? Un système de surveillance similaire, implémenté avec ses partenaires dans la région? Et quelle serait alors la réponse du Quad? La Chine n’a pour l’heure pas encore donné de réponse au sujet, à part une critique sur le fait que le projet pointe du doigt la Chine sans la nommer.

Compétition

Pour Gregory Poling, du Center for Strategic and International Studies, interrogé par le média économique américain, le projet donnera un avantage au Quad, dans la région. « Il aidera les petits États insulaires et côtiers en voie de développement des océans Indien et Pacifique à surveiller et à faire respecter les lois dans leurs propres eaux. En aidant à fournir des biens publics de ce type, le Quad fait beaucoup plus pour concurrencer la Chine que s’il prenait des mesures explicitement anti-chinoises ».

Pour lui, la Chine ne peut pas vraiment y donner de réponse non plus, alors qu’elle sera mise dans l’embarras. « Le fait que la plupart des opérations de pêche et de milice illégales soient menées par la Chine rendra les résultats de cette initiative très embarrassants pour Pékin, mais à moins qu’il ne réglemente mieux ses propres flottes de pêche et de milice, il n’y a pas vraiment de contre-mesure à prendre. »

Reste à voir quelle réponse la Chine donnera effectivement, si le projet venait à se mettre en place. La région est déjà particulièrement tendue, dernièrement, à cause de la situation de Taïwan, que la Chine veut rattacher à son territoire, et que les Etas-Unis défendent.

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