« Dans cette guerre froide 2.0, la Chine est le partenaire senior, la Russie le junior et Pékin étudie comment se défendre contre les États-Unis quand ce sera l’heure du spectacle à Taïwan »

« La Chine est du côté de la Russie, que ce soit clair. » C’est ce que déclare le célèbre historien écossais Niall Ferguson dans une conversation avec Scott Galloway, professeur de marketing à la Stern School of Business de l’université de New York. « Nous nous faisons des illusions si nous espérons que Xi Jinping interviendra pour faire aboutir un accord de paix. C’est vraiment naïf de notre part. Xi est derrière Poutine depuis des années et leur amitié ne connaît en effet aucune limite. Les deux hommes entretiennent une relation très étroite. Xi Jinping ne peut pas se permettre que Poutine perde cette guerre. Ce serait une énorme perte de face pour lui, tant sur le plan personnel que pour la stratégie chinoise. »

Ferguson n’est pas le premier venu. Spécialisé dans l’histoire financière et économique, il est professeur à l’université de Harvard depuis 2004 et à la London School of Economics depuis 2011. En 2004, le magazine Time l’a classé parmi les 100 personnes les plus influentes du monde.

« La guerre a pris une tournure différente de celle que Vladimir Poutine et Xi Jinping avaient prévue lorsqu’ils se sont rencontrés à Pékin peu avant l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver », a poursuivi M. Ferguson. Mais l’invasion n’aurait jamais eu lieu si Xi Jinping n’avait pas donné le feu vert à Poutine. « Dans cette guerre froide, parce que c’est maintenant la guerre froide 2.0, la Chine est le partenaire senior et la Russie est le partenaire junior, et non l’inverse. »

« Distinguer ce que les diplomates chinois disent à destination de l’Occident et ce qu’ils disent chez eux »

Selon l’historien, il existe également une différence flagrante entre ce que les Chinois disent et ce qu’ils font. « Nous devons faire la distinction entre ce que les diplomates chinois disent pour un public occidental et ce qu’ils disent chez eux. Ce qu’ils disent chez eux, c’est que les Américains utilisent leur puissance financière pour provoquer un changement de régime à Moscou. Et c’est exactement ce qu’ils feront lorsque Pékin – légitimement aux yeux des Chinois – placera Taïwan sous le contrôle du parti communiste chinois. »

Les Chinois connaissent désormais les règles du jeu selon les Américains

Les États-Unis voient ce qui se passe en Ukraine. Ils ont clairement fait savoir aux Chinois que s’ils soutiennent les Russes, des sanctions seront également prises à leur encontre. 

Ferguson : « Mais les Chinois ne sont pas impressionnés. Ils connaissent maintenant le livre des règles des Américains. Ils comprennent que les Américains ne sont pas prêts à se battre [en Ukraine], mais qu’ils imposeront des sanctions financières, car c’est leur plus grande force. Ils voient aussi comment les Américains ont gelé en un instant la moitié des réserves de change de la banque centrale russe. Pékin cherche maintenant à savoir comment se défendre contre cela quand ce sera l’heure du spectacle à Taïwan. »

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