Sur le marché des bombes et des missiles atomiques, c’est le grand boum économique

Les espoirs de désarmement nucléaire étaient déjà ténus, entre les essais réguliers de la Corée du Nord, la reprise du programme d’enrichissement d’uranium en Iran, et surtout la multiplication des nouveaux silos en Chine. La guerre en Ukraine représente sûrement le dernier clou dans le cercueil, et marque le début d’une nouvelle ère de peur de l’atome. Mais aussi, pour quelques industriels, d’enrichissement record.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les actions des principales firmes d’armements sont à la hausse, alors que de nombreux pays se trouvent soudainement forts démunis face au risque d’escalade. C’est une nouvelle période faste qui s’ouvre pour les marchands de canons, alors que les États avaient plutôt réduit leurs dépenses militaires durant la pandémie. Et c’est même un très bon signe pour un secteur de niche au sein du complexe militaro-industriel : celui du marché des armes atomiques.

5% de croissance annuelle

Le marché mondial des bombes et des missiles nucléaires devrait monter en flèche cette décennie, selon un nouveau rapport d’Allied Market Research. Celui-ci était évalué à 72,64 milliards de dollars en 2020, mais devrait atteindre 126,34 milliards de dollars d’ici 2030, avec un taux de croissance annuel composé de 5,4 % de 2021 à 2030, selon ce document. Les États-Unis et la Russie dominent le marché mondial, mais le monde pourrait être à la veille d’une montée en puissance massive de l’Asie, l’Inde, le Pakistan et la Chine cherchant tous à renforcer leurs arsenaux et à faire jouer leur puissance géopolitique.

L’Empire du Milieu n’a d’ailleurs pas attendu la crise ukrainienne pour planifier une expansion sans précédent de son arsenal nucléaire : Pékin nie bien sûr, mais le pays semble s’être lancé dans un grand programme de construction de silos à missiles depuis au moins l’été dernier.

Programmes de réarmement sans précédent

Si de nombreux États semblent songer à revoir leurs stocks d’armes de destruction massive, Washington et Moscou caracolent toujours en tête en termes de puissance de feu atomique : en 2021, les États-Unis et la Russie disposaient respectivement de 5 550 et 6 255 ogives nucléaires, et ces chiffres devraient passer à 6 380 et 6 734 en 2030. Mais la course à la puissance pure, comme durant la guerre froide, semble terminée ; selon le rapport, les États chercheraient plutôt à multiplier les engins de petite taille, qui peuvent être rapidement déployés et tirés. Des armes d’usage plutôt tactique, donc.

Arsenal tactique et stratégique

Pour rappel, on divise traditionnellement un arsenal nucléaire entre armes tactiques, conçues pour être utilisées sur le champ de bataille aux côtés de forces conventionnelles comme une sorte de super-artillerie, et les armes missiles stratégiques, qui sont conçus pour anéantir à distance des bases militaires, des infrastructures énergétiques, des voies de communication et des centres économiques. Mais dans les deux cas, aucune de ces armes n’a été utilisée dans un contexte de guerre depuis 1945.

Les missiles et bombes nucléaires actifs représentaient plus des deux tiers du marché en 2020, mais le nombre d’ogives de réserve et retirées du service devrait augmenter d’ici 2030, selon le rapport. Cela est principalement dû aux traités et consortiums internationaux qui découragent les armes nucléaires et qui, selon le rapport, permettaient habituellement de freiner la croissance du marché.

Au tout début de l’année 2022, certaines des principales puissances nucléaires du monde – les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la Chine et la France – ont publié une déclaration commune reconnaissant que « la guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée » rappelle IFLscience. Mais ça, c’était avant les derniers coups de canon à l’horizon géopolitique.

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