Si les confinements ne font pas baisser les émissions de gaz à effet de serre, à quoi sont-elles dues?

Les rues vides de Bruxelles, l’après-midi où le confinement a été imposé. (Isopix)

En mars 2020, le monde s’est confiné pour limiter les dégâts de la pandémie. Cet arrêt de l’économie était également un bon moyen de réduire les émissions de CO2. Et pourtant, la baisse n’a été que de 7%. Et en 2021, la hausse a repris. Comment l’expliquer ? Mais surtout, comment agir soi-même ?

En février 2021, la concentration de CO2 battait un nouveau record à 418 pp, alors que pendant le premier confinement nous avions su le faire baisser à 412 pp. Mais pour le méthane, un gaz moins présent, mais plus nocif, le confinement n’a même pratiquement rien changé à sa présence dans l’air. Selon l’agence américaine responsable de l’étude de l’océan et de l’atmosphère (NOAA), le monde n’avait plus connu une telle concentration de gaz à effet de serre depuis 3,6 millions d’années.

Des émissions structurelles

Si nous n’avons pas connu grâce au confinement un réel ralentissement des émissions de gaz à effet de serre, c’est parce que leur production est aujourd’hui structurelle. La moindre action dans notre vie a un impact écologique qu’on n’imagine pas. Par exemple, utiliser un appareil électrique demande de l’électricité, qui aujourd’hui n’est pas encore totalement renouvelable et donc émet du CO2. La fabrication et ensuite le recyclage de cet objet demanderont aussi des ressources énergétiques. Mais on ne va pas demander aux gens d’arrêter de manger des tartines grillées, comme dirait Bill Gates.

Pendant le confinement, bien que nous ayons limité nos transports, nous n’avons pas totalement arrêté de vivre. Nous avons même dû commencer à travailler depuis la maison, ce qui a demandé de chauffer toute la journée, et qui a fait augmenter la consommation d’électricité, etc. Dans les faits, nous n’émettons pas de CO2 en appuyant sur l’interrupteur, mais tout le système derrière cette lumière en produit.

‘Les entreprises ont un rôle énorme à jouer dans la lutte contre le changement climatique, mais l’obstacle réside dans la « tension absolue » entre la rentabilité à court terme et le besoin urgent de réduire les émissions’, avait déclaré Pedro Faria, directeur technique de CDP, une ASBL ayant pour but d’aider les entreprises à améliorer leur impact climatique. Il présentait alors dans The Guardian son rapport de 2017 incriminant 100 entreprises comme responsables de 71% des émissions de CO2.

Les plus gros émetteurs de CO2

Alors quelles sont les réelles causes des émissions de CO2 ? Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a réalisé un classement pour les secteurs d’activité qui émettent le plus de CO2 dans le monde :

  • Production de chaleur et d’électricité (25%)
  • Agriculture, foresterie et utilisation des sols (24%)
  • Industrie (21%)
  • Transports (14%)
  • Autre production d’énergie (10%)
  • Bâtiments (6%)

La première cause énoncée – la production de chaleur et d’électricité – est un point sur lequel le confinement n’aurait pas pu jouer à la baisse. Au contraire, en travaillant chez soi, il fallait chauffer et alimenter plus de maisons individuellement par rapport à un bureau, ce qui est plus énergivore. L’agriculture n’a pas non plus été modifiée avec les confinements. Les fermiers n’ont pas arrêté de s’occuper de leurs champs et de leurs bêtes. Seul le transport a vraiment connu une baisse. Et on ne parle que du transport de particulier, car les livraisons par avion et par bateau ont au contraire augmenté.

Ce n’est donc pas en ‘arrêtant de vivre’ que les émissions vont diminuer, ce qui est plutôt rassurant. Mais c’est en agissant sur les points de pollution dans chaque secteur d’activité. Et cela signifie souvent toucher à toute la structure de l’activité. Ca demande donc un effort de la part de tout le monde :

  • Des entreprises qui acceptent d’investir dans ce changement.
  • Des politiques qui imposent les changements et qui créent des aides pour que les plus petites entreprises et les consommateurs plus pauvres puissent également participer au changement.
  • Des consommateurs qui doivent accepter que certaines choses plus polluantes coûtent plus cher.

Actes citoyens

À notre échelle, certains changements sont tout simplement trop importants pour qu’ils soient effectués par les citoyens. Nous pouvons en effet diminuer notre consommation d’électricité pour moins polluer. Mais nous en avons besoin pour continuer à vivre dans notre société actuelle. Et si un pays a décidé de ne produire l’électricité qu’à base de charbon, notre impact en sera d’autant plus réduit. Des élections et des manifestations permettront de donner notre avis, sans être sûr qu’il soit pris en compte. Seuls les hommes et femmes au pouvoir (politique et économique) peuvent décider d’opter pour de l’énergie plus verte.

Toutefois, les entreprises, comme expliquer ci-dessus, fonctionnent à la rentabilité. Certains actes personnels, si nous sommes nombreux à les réaliser, peuvent avoir un impact. Ainsi, nous pouvons décider de manger moins de viande, de favoriser les produits locaux, de nous déplacer à pied ou à vélo, etc. Nos actes ‘peuvent avoir un impact important en provoquant progressivement une réaction en chaine au niveau collectif’, explique à juste titre le site Numerama.

Il existe déjà des effets des actes citoyens pour l’écologie. Par exemple, les alternatives végétariennes – même si elles ne sont pas toutes écologiques – prennent de plus en plus de place dans les supermarchés. De nombreux grands magasins commencent également à proposer du zéro déchet, notamment pour des produits ménagers. Certaines marques réduisent leur packaging et suppriment le plastique.

Il y a évidemment énormément de greenwashing et il est difficile de faire la différence entre les marques réellement engagées et celles qui tentent juste de surfer sur la mode écologique. Toutefois, cela montre que des changements sont possibles grâce à des actes citoyens. Tout en sachant qu’ils ne seront pas suffisants à eux seuls.

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