« Sans blockchain, un tel niveau de transparence et d’efficience des flux financiers n’est pas possible »

Ce genre de déclaration officielle plaira au lobby de la blockchain fraîchement constitué en Belgique. Interrogé sur l’émission obligataire de la Banque européenne d’investissement réalisée à l’aide d’Ethereum, le ministre des Finances a en effet salué les qualités de la technologie décentralisée.

Fraude très répandue, risques de contagion économique d’un effondrement des cours, danger important du coût énergétique. « Le développement fulgurant des cryptomonnaies place les autorités et leurs banques centrales devant des défis inédits », s’inquiétait le député Groen, Dieter Vanbesien, dans une question parlementaire écrite adressée au ministre fédéral des Finances.

Le comble, notait le mandataire écolo, c’est que la Banque européenne d’investissement (BEI) a émis l’année dernière une émission d’obligations d’une valeur de 100 millions d’euros en utilisant la blockchain Ethereum.

« Les autorités peuvent combattre le danger que représentent les cryptomonnaies pour les monnaies traditionnelles en n’utilisant que des monnaies traditionnelles dans leurs transactions, les investissements publics et les impôts », insistait Dieter Vanbesien, estomaqué de voir un organisme public comme la BEI venir en quelque sorte valider par son opération financière l’hypothèse selon laquelle les cryptos représentent le futur des instruments de placement.

Aucune cryptomonnaie détenue

Dans sa réponse parlementaire, le vice-premier ministre et ministre des Finances a pris soin de nuancer le mode opératoire de ladite émission obligataire menée à titre expérimental par la Banque européenne d’investissement, en partenariat avec la Banque de France, les géants Goldman Sachs, Société Générale et Santander.

Vincent Van Peteghem (CD&V) a notamment mis en exergue que tout n’était pas blockchainisé et automatisé dans cette expérience grandeur nature, même si Ethereum le permettait.

« La monnaie d’Ethereum n’a joué aucun rôle significatif dans cette affaire. À aucun moment, la BEI n’a détenu de l’ether. Le seul rôle que l’ETH a joué dans l’émission est celui qu’il joue naturellement dans l’écosystème Ethereum à savoir que pour chaque interaction avec la blockchain, l’ether doit être versé au réseau en tant que redevance pour la puissance de calcul utilisée », a-t-il précisé.

Pour un secteur public innovant

Remémorant la « tradition d’innovation » de la BEI, le ministre Van Peteghem a vanté cette implication d’un des plus grands émetteurs de notre continent, sans même mentionner qu’il s’agit d’un secteur où l’Union européenne accuse un sérieux retard face à la Chine et aux États-Unis.  

« C’est une bonne chose que la BEI innove dans ce domaine: elle ne doit pas rester sur la touche, mais s’engager activement dans l’innovation. Les nouvelles technologies peuvent être synonymes de nouvelles opportunités lorsqu’elles sont utilisées à bon escient. Un rôle actif offre également la possibilité de contribuer à orienter les nouveaux développements dans une certaine direction. L’innovation ne doit pas être laissée au seul secteur privé », a affirmé le ministre des Finances.

Avantages technologiques

Partageant la même lecture que Goldman Sachs, le ministre Van Peteghem a épinglé les avantages majeurs des émissions réalisées via des plateformes blockchain.

« Une émission traditionnelle peut prendre jusqu’à cinq jours. Avec une émission par le biais d’une plateforme blockchain, la question peut être réglée en quelques minutes, car il y a moins d’intermédiaires impliqués », a-t-il défendu.

Ce qui laisse dire au ministre fédéral que les coûts en étaient moins élevés, rendant ce genre de placement plus intéressant, pour les PME par exemple. Sans oublier également de grands avantages en termes de transparence.

« En utilisant une blockchain, on peut savoir instantanément quels investisseurs possèdent les obligations et comment se déroulent les flux financiers. Un tel niveau de transparence n’est pas possible dans le cas d’une émission traditionnelle », a déclaré le vice-premier ministre CD&V, manifestement de plus en plus sensible au potentiel.

Ambiguïtés écologiques

Dans sa liste d’interrogations destinées au ministre des Finances, le député Groen citait l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), soulevant le fait que l’impact écologique de la technologie blockchain n’avait pas encore été suffisamment étudié.

« Il est vrai qu’il existe de nombreuses ambiguïtés concernant l’impact environnemental des blockchains. Ce qui est clair, cependant, c’est que les blockchains diffèrent grandement à cet égard, principalement en termes de protocole de consensus utilisé », a relativisé Vincent Van Peteghem, opposant le protocole proof-of-work de Bitcoin, délibérément énergivore, à la proof-of-stake que tente d’adopter le réseau Ethereum à court ou moyen terme. « Ce qui réduira considérablement son intensité énergétique ».

Du reste, la différence de « coût énergétique » entre une émission d’obligations traditionnelles et d’obligations numériques par la BEI n’est pas connue. Que des instances publiques prennent l’initiative d’émettre des obligations via Ethereum et d’accélérer l’utilisation de la technologie par d’autres acteurs de marché peut sembler contre-intuitif face aux graves et urgents enjeux climatiques.

« Les blockchains ne sont pas nécessairement énergivores. La technologie blockchain n’en est qu’à ses débuts: de nouveaux protocoles de consensus sont encore en cours d’élaboration. La BEI dans son approche, tente de montrer la direction la plus positive possible dans ce nouveau mode de transaction », a tempéré le ministre des Finances.

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