Que va devenir l’Afghanistan si les talibans reprennent le pouvoir ?

L’offensive des talibans va replonger l’Afghanistan dans l’incertitude politique. On ne sait pas trop ce que les seigneurs de guerre islamistes feront s’ils reprennent le pouvoir. Car nous ne sommes plus dans les années 90, l’Afghanistan a changé. Mais un retour en force des mouvements terroristes internationaux reste probable.

Tout ça pour ça : après 20 ans d’engagement militaire de l’Otan, et en particulier des États-Unis, suite aux attentats du 11 septembre, voilà que les talibans font leur grand retour. Les milices islamistes contrôlent la majorité du pays et, surtout, elles ont su s’emparer de grandes villes, qui sont tombées les unes après les autres. Le gouvernement afghan, en désespoir de cause, a appelé à un partage du pouvoir, mais sans réponse jusqu’à présent.

Un effondrement du système politique en place semble chaque jour plus plausible. Mais bien malin qui saurait estimer ce que l’avenir réserve à l’Afghanistan.

Le retour d’Al-Qaïda ?

Si la coalition occidentale a détrôné le régime taliban en 2001, c’est parce que celui-ci soutenait le mouvement terroriste d’Oussama Ben Laden, responsable des attentats du 11 septembre. Malgré la mort de son leader, le groupuscule islamiste n’a jamais tout à fait disparu. Et selon le ministre britannique de la Défense Ben Wallace, son retour dans la région ne fait aucun doute: « Je suis particulièrement soucieux que des nations sur le point de s’effondrer, comme l’Afghanistan, mais aussi la Syrie et la Somalie, ne deviennent des élevages à groupes militants. Car Al-Qaïda va probablement faire son grand retour. La Grande-Bretagne a découvert dans les années 1830 que c’était un pays dirigé par des seigneurs de la guerre et par différentes provinces et tribus, et vous finissez, si vous ne faites pas très attention, avec une guerre civile. Je pense que nous nous dirigeons vers une guerre civile, dans laquelle les talibans ont initialement le plus d’élan. »

Un régime féodal islamiste ?

A supposer qu’ils arrivent à maintenir leur contrôle sur la majorité des territoires afghans, les talibans vont devoir réorganiser le pays à leur image. Et selon Nicolas Gosset, chercheur à l’École Royale Militaire interrogé par la RTBF, leur programme n’a pas changé depuis leur prise de pouvoir précédente, en 1996. « On voit déjà que, dans les zones dont ils reprennent le contrôle, les talibans imposent leur vision très radicale de la religion dans la vie quotidienne. C’est la même génération d’hommes à leur tête, proches du mollah Omar dans les années 90. »

Si les leaders talibans sont les mêmes, ce n’est plus forcément le cas de leurs troupes, ni d’ailleurs des Afghans en général. Car dans un pays où la pyramide des âges est profondément déséquilibrée, environ la moitié de la population a moins de 20 ans, et n’a pas connu d’autre régime que celui installé par les Occidentaux.

Des talibans plus modérés ?

Les aspirations des Afghans et leur vision du monde ne sont plus les mêmes. Un élément à prendre en compte, selon Nicolas Gosset: « La manière dont ils vont mettre en place leur agenda politique reste une question ouverte. On aurait en tout cas un État théocratique, islamiste, autoritaire. Mais on ne sait pas si on va retourner dans la gouvernance moyenâgeuse que l’on a vue à la fin des années 90. » Les talibans restent profondément impopulaires dans les villes: pour les contrôler, ils vont devoir faire des compromis.

Et c’est aussi vrai à l’international, car l’attention mondiale est constamment braquée sur l’Afghanistan, ce qui n’était pas le cas avant 2001. Coincés entre plusieurs grandes puissances – Chine et Inde, mais aussi la Russie via les anciennes républiques soviétiques – les seigneurs de la guerre vont devoir apprendre à ne pas passer pour une menace. Au risque de voir leurs ennemis intérieurs bénéficier de forts soutiens extérieurs. Et d’enfoncer l’Afghanistan dans une guerre civile durable. Une nouvelle fois.

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