Pourquoi Liverpool doit choisir entre se moderniser et son statut à l’UNESCO

En Belgique, on se battrait pour une reconnaissance au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO. Mais à Liverpool, ce statut était plutôt encombrant : il empêchait la rénovation d’une ancienne zone industrielle, sans attirer de touristes. Sans regret.

Pourquoi est-ce important ?

Ville emblématique de l'Angleterre de la Révolution industrielle, Liverpool a économiquement fort décliné depuis les années 70. Elle doit maintenant faire un choix : sauvegarder son patrimoine, ou opter pour une rénovation en profondeur.

Port anglais emblématique depuis 1207, Liverpool a vu partir des navires vers tous les horizons, et revenir chargés de toutes les marchandises. La ville a incarné le lieu de départ vers l’aventure de nombreux Britanniques, partis dès l’orée du XVIIe siècle à la conquête des océans, des épices et du thé: au XIXe, la moitié du trafic maritime mondial passait par Liverpool et des docks à la pointe de la technologie de l’époque avaient été bâtis pour charger et décharger les navires.

Le patrimoine, mais pas les touristes

Après le déclin économique des années 1970, les docks, les digues et les vieux hangars du front de mer de Liverpool, dans leur style typique du XIXe siècle, ont bénéficié d’un classement au Patrimoine mondial de l’Humanité en 2004. Ce sont pas moins de 1200 m2 qui ont été reconnus par l’UNESCO. Ces dernières années, la cité qui n’abrite pas qu’un club de foot a mené de grands travaux afin de se rénover et de se rendre plus attrayante, tant pour les habitants que pour les touristes. L’ennui, c’est que rénovation et conservation du patrimoine sont deux objectifs qui vont rarement de paire : en juillet dernier, l’UNESCO a retiré leur statut aux installations portuaires.

Une décision qui n’a pas été bâclée, selon Réka Virágos, spécialiste au Word Heritage Center: « En 2012, le World Heritage Committee a estimé qu’une proposition de projet gigantesque, appelé le Liverpool Waters Project, menaçait le lieu. Et il a inscrit le bien sur la liste dite du patrimoine mondial [en] péril. Il s’agit d’un projet à grande échelle qui n’est pas adapté aux caractéristiques des valeurs du site : Les proportions, le nombre et la hauteur des bâtiments prévus et construits ne sont pas conformes aux mesures de protection et de gestion qui ont été conseillées et promises par l’État partie lorsqu’il a proposé l’inscription du site sur la liste ».

Une perte sèche de prestige pour la ville reconnait la maire Joanne Anderson, mais une obligation pour faire passer Liverpool au XXIe siècle : « Nous avons une zone qui est l’une des plus pauvres du pays. Le stade de football est un investissement massif que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre pour lutter contre la pauvreté dans cette zone. Nous devons continuer à valoriser notre patrimoine et à protéger notre valeur en tant que ville et nous assurer que nous nous développons également sur le plan économique ». Il faut dire que la zone portuaire, bien que classée, n’intéressait pas vraiment les touristes. A l’inverse du patrimoine footballistique, qui peut, lui, profiter aux commerces locaux.

Un retour en grâce ?

Or, un statut de l’UNESCO ne crée directement ni emploi ni richesse, tandis que les autorités ont investi dans Bramley Moore Dock, autour du stade, et espèrent faire bénéficier l’économie locale de ces aménagements pour un montant qui culmine au milliard de livres sterling. Car l’apport touristique du patrimoine footballistique est incomparable à celui d’une ancienne zone portuaire.

La question n’est toutefois pas définitivement tranchée : l’UNESCO a déclaré que la ville pourrait proposer à nouveau à la reconnaissance une partie de l’ancien site si elle estime que la zone possède toujours une valeur universelle exceptionnelle.

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