Pourquoi les États-Unis poussent l’Europe à réduire ses importations de gaz russe

Vue sur le chantier de construction de la station de raclage du gazoduc Nord Stream 2 de la mer Baltique, le 14 novembre. (Stefan Sauer/dpa-Zentralbild/dpa)

Si l’Europe peut toujours acheter son gaz en Russie, un haut responsable américain de l’énergie estime qu’il devrait y avoir plus de concurrence entre les fournisseurs.

Une déclaration qui ne fait pas les affaires de la Russie. Frank Fannon, secrétaire d’Etat adjoint américain aux ressources énergétiques, a ainsi affirmé à la chaîne CNBC que le pays de Vladimir Poutine ‘craignait’ une augmentation des exportations d’énergie en provenance des États-Unis.

‘Nous nous attendons à ce que de nombreux pays continuent d’acheter du gaz à la Russie’, a-t-il annoncé. ‘C’est très bien, c’est génial, tant que cela repose sur un modèle concurrentiel: y a-t-il une transparence dans les prix, y a-t-il même un marché? Vous ne pouvez pas avoir un marché si vous avez un seul fournisseur. Ce n’est pas un marché, il n’y a pas de concurrence.’

Le gaz est un sujet délicat dans le triangle formé par l’Europe, la Russie et les États-Unis. Comme dans tout triangle amoureux, il y a des jalousies, des préférences, et des tensions qui en découlent. En tant que géant énergétique et voisin le plus proche de l’Europe, c’est la Russie qui a gagné les faveurs européennes et qui est devenue le plus grand fournisseur de gaz du continent au fil des ans. Une position dominante qu’elle entend encore renforcer avec des projets de gazoducs destinés à accroître ses exportations vers l’Europe.

‘Le gaz de la liberté’

Une relation privilégiée que les États-Unis ne voient pas d’un bon œil. Ils tentent ainsi de rappeler leur existence en voulant obtenir un meilleur accès au marché de l’UE pour leurs propres exportations de gaz naturel liquéfié (GNL), surnommé ‘gaz de la liberté’ par le ministère américain de l’énergie…

Dans leur contre-attaque, les États-Unis pointent notamment du doigt un gazoduc russe controversé (le Nord Stream 2), le président Trump ayant annoncé en décembre des sanctions pour toutes les entreprises impliquées dans sa finition. La chancelière allemande Angela Merkel a alors déclaré qu’elle était ‘opposée à des sanctions extraterritoriales’. Mais le géant russe Gazprom, à qui appartient ce projet, a depuis décrété qu’il l’achèverait seul. Il devrait être opérationnel début 2021, reliant la Russie à l’Allemagne.

Pour les États-Unis, ce gazoduc rend l’Europe moins sûre et plus dépendante de la Russie pour ses besoins énergétiques. Le comble, puisque l’UE elle-même réaffirme son indépendance en déclarant qu’elle devrait être en mesure de déterminer sa propre politique énergétique. Comme une grande.

Une énorme marché pour les Américains

On pourrait alors se demander si cette question de ‘dépendance’ ne serait pas plutôt un prétexte américain pour se tailler une part du marché. Angela Merkel y croit en tout cas, qualifiant les sanctions américaines de protectionnistes, alors que le seul but des États-Unis est d’accroître leurs propres ventes de GNL en Europe, un énorme marché potentiel.

Frank Fannon reste pourtant confiant. ‘La Russie voit ce qu’il advient en termes d’exportations énergétiques américaines, elle voit que les prix du gaz aux États-Unis sont extrêmement bas, elle est très compétitive et nous sommes sur le point de doubler notre capacité d’exportation de GNL, donc elle craint la concurrence’, affirme-t-il.

‘Ce que nous voulons faire, c’est continuer à encourager les pays à s’ouvrir aux objectifs de diversification, à construire les infrastructures nécessaires pour transporter l’énergie à travers l’Europe et une fois que cela sera fait, même s’ils choisissent d’acheter à la Russie à plus long terme, ils seront mieux lotis car leurs citoyens paieront moins cher’, ajoute le secrétaire d’Etat adjoint américain aux ressources énergétiques. Les États-Unis seraient-ils donc mus par de simples et généreuses bonnes intentions envers l’Europe? Cela reste à prouver…

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