Pourquoi le plus grand producteur de vaccins au monde ne parvient pas à vacciner sa population

Un centre de vaccination en Inde (AP Photo/Mahesh Kumar A. – isopix)

L’Inde produit environ 70 millions de doses par mois, en grande partie via son usine AstraZeneca. Mais la plupart des vaccins étaient destinés à des pays étrangers. Alors qu’une violente seconde vague frappe le pays, les autorités indiennes n’ont tout simplement plus assez de doses pour vacciner la population.

Au début de cette année 2021, l’Inde semblait miraculeusement avoir survécu à la pandémie de Covid-19. La maladie était bien présente dans le pays, mais le nombre de morts restait très faible. L’Inde compte actuellement 178.000 morts. Mais remis à l’échelle de la population, il n’y a eu que 129 morts par million d’habitants. En comparaison, les États-Unis comptent 1.747 morts par million d’habitants.

Sans confinement, le nombre de cas quotidiens était passé en dessous de 20.000 au début de l’année. Mais une seconde vague a depuis frappé le pays. Et dimanche, l’Inde a recensé plus de 275.000 contaminations. Le pays est aujourd’hui le deuxième pays le plus touché en nombre de cas après les États-Unis. Un nouveau variant serait à l’origine de cette puissante vague. La capitale indienne, New Delhi, totalement débordée, a annoncé ce lundi un confinement d’une semaine pour réduire la pression sur les hôpitaux.

Cette nouvelle crise pousse les autorités à vouloir accélérer la vaccination. Depuis la mi-mars, les exportations ont fortement diminué et l’Inde tente de garder le plus de vaccins possible pour ses habitants. Mais même avec cela, il n’y a plus assez de doses.

Un pays autosuffisant?

L’Inde a commencé sa vaccination à la mi-janvier. L’objectif du pays était de vacciner 300.000 personnes par jour. Cela peut nous paraitre énorme en Europe, mais à l’échelle de l’Inde, cela ne représentait que 0,02% de la population. À ce rythme, il ne fallait donc que 9 millions de doses par mois au pays, sur les 65 millions produites mensuellement. La majorité de la production pouvait donc être exportée.

Le pays se sentant épargné par le virus n’avait autorisé que deux vaccins: celui d’AstraZeneca, produit dans le pays, et un vaccin conçu entièrement en Inde par Bharat Biotech. Et c’était tout à fait suffisant pour respecter le programme de vaccination.

La seconde vague

Mais ce programme ne semble pas prendre en compte la seconde vague de contamination. Celle-ci s’est déclenchée début mars. La population s’est donc retournée contre les autorités pour qu’elles accélèrent la vaccination. Il était devenu difficile d’expliquer pourquoi les doses étaient exportées dans d’autres pays, où la vaccination était beaucoup plus rapide, alors que la population locale était victime de la maladie.

Il y a un mois, l’Inde a donc décidé d’arrêter totalement d’exporter les vaccins en dehors du pays pour privilégier ses habitants. New Delhi assure que les doses commandées seront bien livrées, mais seulement quand les habitants seront vaccinés. Selon Reuters, l’Inde n’a exporté ce mois-ci que 1,2 million de doses.

Toutefois, le pays n’ayant pas conclu d’accord pour d’autres vaccins, il doit se limiter aux 65 millions de doses mensuelles produites dans les usines d’AstraZeneca et de Bharat Biotech. Or c’est bien trop peu pour atteindre les nouveaux objectifs du pays : vacciner 300 millions de personnes pour août.

Selon les chiffres de la Johns Hopkins University, seuls 15,5 millions d’Indiens auraient reçu au moins une dose du vaccin. Il reste donc 284,5 millions de personnes à vacciner en moins de 100 jours. Cela représente près de 3 millions de doses à inoculer chaque jour. Il faudrait donc au moins 90 millions de doses chaque mois à l’Inde pour parvenir à cet objectif.

L’Inde n’a donc plus le choix, elle est obligée d’approuver des vaccins étrangers. La semaine dernière, le vaccin russe Spoutnik V a été approuvé en urgence. Une commande de 125 millions de doses a été effectuée et les livraisons débuteront prochainement. Le pays cherche également à passer des accords avec d’autres firmes. Mais à l’heure où la plupart des pays du globe s’arrachent les vaccins, cela ressemble à une mission impossible.

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