Comment la mobilisation russe a déjà un impact négatif sur l’économie du pays

Le 21 septembre au matin, Vladimir Poutine a annoncé une mobilisation militaire présentée comme partielle : 300.000 hommes du pays seraient appelés à se battre en Ukraine. Toutefois, il semble maintenant que cette annonce va une fois de plus porter un coup dur à une économie russe en perte de vitesse.

En effet, en vertu de cet ordre, 1 % de tous les travailleurs actifs en Russie pourraient être appelés à se battre lors de l’invasion en mauvaise posture de Poutine. Une fraction significative des Russes mobilisables a également déjà fui le pays depuis l’annonce. Selon Novaya Gazeta, un journal russe indépendant et d’orientation libérale, plus de 260.000 Russes auraient déjà fui.

De plus, le taux de chômage en Russie est actuellement assez faible : il n’était que de 3,9 % en août, le point le plus bas depuis 1992, première année de publication des chiffres du chômage. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’économie russe : les entreprises auront du mal à trouver des remplaçants pour la main-d’œuvre perdue car mobilisée.

Inflation et confiance des consommateurs

Mais les entreprises ne seront pas les seules à en pâtir. Les consommateurs russes, déjà soumis à une pression considérable sous l’effet conjugué des sanctions occidentales, des nombreuses entreprises qui quittent le pays, de la contraction de l’économie et de l’augmentation prochaine des taxes, commencent également à éprouver de plus en plus de difficultés. Ce dernier coup ne fera qu’éroder davantage la confiance des consommateurs, estime pour Bloomberg Sofya Donets, économiste chez Renaissance Capital.

« La mobilisation constitue un choc négatif important pour le sentiment des consommateurs », explique Donets. « Nous allons assister à une stratégie d’abandon des achats inutiles et à une baisse profonde de la demande ». Selon l’économiste, la mobilisation entraînera une baisse de 0,5 % du produit intérieur brut (PIB) de la Russie cette année. En août dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a déclaré qu’il s’attendait à ce que cette baisse atteigne 6 % dès cette année.

L’inflation russe pourrait également être aggravée par la mobilisation, rapporte Bloomberg. Ce taux était déjà de 14,3 % en août par rapport à août 2021. Par ailleurs, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’inflation a explosé, passant d’environ 9,2 % avant la guerre à plus de 17 % en avril. Entre-temps, elle baisse à nouveau discrètement, mais reste plus de trois fois supérieur à l’objectif annuel de 4 % fixé par la banque centrale russe.

Les secteurs les plus touchés

Tous les secteurs ne seront pas touchés de la même manière par la mobilisation. En effet, la plupart des soldats viendront des zones rurales, de sorte que les secteurs de la construction et de l’agriculture pourraient être particulièrement impactés. Les étudiants et les personnes déjà actives dans le domaine de la défense, comme les fabricants d’armes, seraient exemptés.

Toutefois, la mobilisation ne se fait pas sans heurts, et il semble que la Russie enfreigne de plus en plus ses propres règles. Par exemple, les hommes sans expérience militaire et les hommes trop âgés auraient été appelés, alors que la mobilisation ne concerne normalement que ceux qui ont de l’expérience et qui ont jusqu’à 35 ans, selon les rapports d’Euractiv.

De son côté, The Guardian fait état d’une mobilisation qui pourrait concerner bien plus de 300.000 personnes. Jusqu’à un million de Russes pourraient même être appelés, bien que cela ne soit affirmé que par Novaya Gazeta. Un nombre disproportionné de personnes originaires des régions d’origine d’ethnies minoritaires comme le Daghestan et la Tchétchénie seraient également convoquées, tandis que les Russes des régions plus riches comme Moscou seraient largement épargnés.

MB

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