L’importance d’une équipe de haut niveau : espérons qu’Evenepoel suivra la voie du jeune Merckx (sinon il ne gagnera jamais un grand tour)

Les équipes cyclistes sont aussi des entreprises avec une mission, une stratégie et tous les défis humains qui y sont associés, comme l’encadrement de leurs plus grands talents. Les athlètes, même les meilleurs, sont parfois tellement convaincus de leurs propres capacités qu’ils oublient que l’équipe est essentielle pour leurs objectifs à long terme. Merckx le savait bien et Evenepoel ferait bien de le prendre à cœur aussi.

Jurer dans l’église du cyclisme

Cela reste un sacrilège. Comparer Eddy Merckx à Remco Evenepoel, le nouveau phénomène cycliste belge, est absurde. Le Cannibale est pour le cyclisme ce que Federer, Nadal et Djokovic seraient au tennis, et Evenepoel a encore tout à prouver.

Et pourtant, ceux qui se sont risqués à cette comparaison ne sont pas des novices, de l’ancien cycliste Cyrille Guimard et désormais le directeur sportif le plus encensé de France, à l’icône du cyclisme belge Philippe Gilbert. En 2018, Merckx lui-même a proclamé que le nouveau Merckx était enfin arrivé.

Comment Eddy Merckx s’est-il finalement construit ce statut et qu’est-ce que Evenepoel peut en tirer comme leçon ? Il est à noter que le Cannibale a très vite compris que l’équipe qui l’entourait était essentielle pour être à la hauteur de sa série de victoires et qu’il ne pouvait pas réussir tout seul, aussi fort qu’il se sentait.

Remco Evenepoel au Giro – Credit: LiveMedia/IPA/SIPA/Isopix

Les PDG et les sportifs de haut niveau sont aussi forts que leur équipe

Les athlètes individuels, comme les PDG, ont parfois tendance à se surestimer, parfois enivrés par l’argent, le pouvoir et la reconnaissance qu’ils reçoivent au quotidien. Toutefois, les meilleurs PDG savent que sans une équipe de direction solide, leurs chances de réussite sont considérablement réduites.

Il en va de même pour les plus grands athlètes, même les très grands. Que serait Nadal sans son oncle Toni ou Tiger Woods sans son père au début de sa carrière ? Quand Lionel Messi a-t-il remporté un titre mondial avec l’Argentine ? Et combien de fois Dave Brailsford le directeur sportif d’Ineos/Sky a-t-il gagné de grandes courses par étapes sans le meilleur coureur du peloton ? Pensez à Bradley Wiggins, Geraint Thomas ou Tao Gheoghegan Hart, tous vainqueurs d’une seule étape, soutenus par la meilleure équipe du monde.

Quickstep est le meilleur exemple de l’importance de l’équipe

L’équipe d’Evenepoel en est la meilleure preuve, du moins dans les classiques de printemps. Tout le monde savait d’avance qui serait le futur vainqueur du Tour des Flandres en 2021. Les bookmakers et tous les fans de cyclisme avaient déjà misé sur les gros moteurs imbattables que sont Van Der Poel et Van Aert. Mais le champion était un certain Kasper Asgreen, vainqueur de l’exploit tactique de son chef d’équipe Patrick Lefevere.

Être le meilleur ne signifie pas forcément que vous allez gagner. Beaucoup verront dans la victoire de Pogacar au Tour de 2020 un contre-exemple. Il serait plus intelligent de dire, comme le journaliste de la VRT José de Cauwer, que Jumbo Visma, l’équipe du vainqueur supposé Primoz Roglic, a mené Pogacar à la victoire avec une mauvaise tactique de course. Là encore, c’est l’équipe qui a déterminé les victoires et les défaites.

Merckx n’était pas grand-chose sans équipe

Le parcours du plus grand coureur de tous les temps est également frappant. La carrière de Merckx prend véritablement son envol en 1965, le jour de son 21e anniversaire, lorsqu’il rejoint Peugeot. Il y restera jusqu’à la saison 1967, accumulant de nombreuses belles victoires, mais ne remportant toujours pas de Tour majeur. Merckx lui-même dit à ce sujet : « D’accord, chez Peugeot je n’étais pas entouré. L’équipe comprenait des coureurs avec un palmarès, tels que Tom Simpson et Roger Pingeon. Ils n’allaient pas m’aider. À l’exception d’une fois, lors du Tour d’Italie en 1967, aucun coéquipier de Peugeot ne m’a jamais donné une roue ».

L’équipe constituée par Merckx

À partir de 1968, il passe dans la formation italienne Faema et à partir de 1971, il ira du côté de Molteni. Dans ces deux équipes, Merckx a finalement eu l’occasion de déterminer lui-même toute la sélection des coureurs. Dans Les hommes derrière Merckx, un magnifique livre des grands journalistes cyclistes Patrick Cornillie et Johny Vansevenant, vous apprenez comment Merckx a formé son équipe, homme par homme, une équipe qui n’avait qu’un seul but : faire gagner Merckx. De la plus petite à la plus grande course.

Merckx a également fait une mauvaise chute en 1969 et a été sévèrement touché à la colonne vertébrale et au bassin. Après cette chute, l’équipe a dû redoubler d’efforts et ralentir le rythme dans les cols, pour que tout reste cohérent.

Isopix

Une équipe unie vers un même objectif

Une équipe cycliste est comme une entreprise, elle ne peut avoir qu’un seul objectif. Pour une équipe de football, c’est gagner le titre national ou, pour les équipes très riches, la Ligue des champions. Pour une équipe cycliste de haut niveau, le choix est cornélien : gagner les classiques ou se lancer dans le Tour de France. Ce sont les deux seules ambitions qu’une équipe du World Tour peut avoir. Les deux ensemble sont impossibles et ne se sont jamais produits depuis l’époque de Merckx, lorsque la compétitivité était plus limitée. Aujourd’hui, vous gagnez le Tour ou vous gagnez un tas de classiques, mais pas les deux. Les objectifs de Quickstep ne semblent pas être en phase avec ceux de son golden boy actuel.

Remco ne gagnera jamais un Grand Tour sans une équipe de haut niveau

Remco Evenepoel doit comprendre que sa carrière dépendra de la meilleure équipe qui pourra réaliser ses rêves. Et la meilleure équipe n’est pas l’équipe Quickstep actuelle. Cette équipe ne peut pas rivaliser avec le trio Jumbo-Visma, UAE et le tout-puissant Ineos. Même si nous aimerions avoir notre premier gagnant du Tour depuis des lustres, il y a encore beaucoup de travail à faire pour construire une équipe de haut niveau autour de notre super-talent.


L’auteur Xavier Verellen est actif dans le secteur de l’Internet des objets. Son premier livre, Human Park, sera bientôt publié.

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