Les leçons du modèle du leadership situationnel sont, après l’échec du Giro, une littérature obligatoire pour Lefevere et Evenepoel

Le premier grand Tour de Remco Evenepoel ne se déroule pas tout à fait comme on l’aurait espéré. C’est une combinaison d’attentes trop élevées en Belgique et de choix discutables de Remco lui-même et de son patron Patrick Lefevere. Le leadership situationnel, un modèle de leadership qui a fait ses preuves, est un modèle qui pourrait leur servir dans cette phase.

Ken Blanchard et Paul Hersey ont développé cette approche du leadership dans leur best-seller Management of Organizational Behaviour qu’ils ont publié en 1969. Ce n’est pas le titre le plus parlant, mais la théorie était révolutionnaire à l’époque. Leur thèse est simple et très compréhensible: il n’existe pas de style de leadership idéal.

Du contrôle à la délégation du leadership

Le style doit être adapté au niveau de compétence de l’employé que le manager dirige et supervise. Le style peut aller du contrôle (S1) à la délégation (S4) en fonction des compétences de l’employé. S’il n’est pas encore compétent (D1), il faut utiliser un style directif. Si l’employé a tout maîtrisé (D4), le superviseur ne doit que déléguer et diriger de façon très détachée.

Management of Organizational Behaviour.

Les 2 phases les plus difficiles, cependant, sont D2 et D3. Avant que l’employé ne soit compétent dans une nouvelle tâche, sa motivation va chuter brutalement car il se rend compte que la nouvelle tâche est plus difficile que prévu. Dans la phase D1, l’employé est quelque peu naïf et trop enthousiaste. En D2, l’employé est un peu plus compétent, mais il n’est pas sûr de lui et est déçu que ses compétences n’augmentent pas plus vite. Dans ces phases difficiles, le manager ou le superviseur doit maîtriser l’art du coaching et prendre en compte les déceptions avec lesquelles l’employé se débat.

Remco est aujourd’hui D2 : compétence limitée avec un faible engagement

Remco Evenepoel est maintenant dans la phase D2. Il s’est rendu compte qu’une course de trois semaines est d’un tout autre calibre qu’une course d’une semaine dans laquelle il excellait. De plus, il s’est surestimé pour aborder le plus difficile des trois tours sans aucun jour de course, une erreur capitale. Vous pouvez également le voir dans ses réactions. Il est un peu résigné et semble même abandonner de temps en temps, des signes clairs de la phase D2.

Lefevere doit faire un examen de conscience

Les plus grosses erreurs ont toutefois été commises par le chef d’équipe lui-même. Patrick Lefevere avait probablement prévu cet échec au Giro, mais pour un si jeune talent, la confiance en soi est essentielle. Une montée en puissance régulière avec une participation à la Vuelta aurait été meilleure et plus judicieuse. Dans cette phase, un style S1 aurait été préférable, ralentissant surtout les ambitions de Remco de tenter de gagner un grand Tour immédiatement. Il a été jeté aux lions sans aucune orientation (S4) et Egan Bernal l’a dévoré.

Remco s’en remettra. Il est une forte personnalité et donne tout pour son sport. Sous la bonne direction et dans la bonne équipe, il s’épanouira. Et c’est potentiellement là que le bât blesse, comme l’a déclaré à plusieurs reprises Marc Ghyselinck du quotidien Het Laatste Nieuws.

Bien que je sois un grand fan de Patrick Lefevere, il est dans un moment D2. Il a relevé le plus grand défi de sa carrière, en tentant – avec un Belge – de remporter un grand Tour, et de préférence le mythique Tour de France. Ce Giro nous apprend qu’il y a encore beaucoup d’obstacles entre ces rêves et leur réalisation. S’il y parvient, il sera immortel comme Eddy Merckx. S’il ne réussit pas, ce sera une tache sur son dossier presque parfait. Et nous, on rate notre plus grande chance de gagner un tour avec un Belge.

Isopix

En effet, les problèmes sont nombreux sur le chemin de ce rêve. Lefevere maîtrise la compétence des classiques (D4) tout qu’il manque d’expérience dans les grands tours (D1). Lefevere suppose qu’il peut le faire, mais cela montre un optimisme mal placé. La culture d’une équipe de grand tour comme Ineos et maintenant UAE et Jumbo Visma est diamétralement opposée à l’obsession de Lefevere de gagner des classiques.

Il n’y a qu’un seul objectif

Dans une telle équipe, il n’y a qu’un seul rêve, celui de gagner le Tour de France. C’est un plus si Liège-Bastogne-Liège ou le Tour des Flandres se retrouve dans l’armoire à trophées, mais ce n’est absolument pas d’une importance capitale. Tout devrait tourner autour de cet objectif, surtout au printemps.

Les coureurs d’une telle équipe sont avant tout des lieutenants qui se débrouillent généralement très bien en montagne. Il y a un leader clair dans l’équipe et une discipline de fer visant à atteindre ce seul objectif. Il n’y a pas de coureurs libres comme Julian Alaphilippe dans une telle équipe, ni d’ambitions pour soutenir les sprinters.

Le budget de ces équipes est également beaucoup plus élevé, car ces coureurs sont tout simplement plus chers. Des budgets de 2 à 3 millions d’euros sont évidents pour des coureurs comme ceux d’Ineos. Lefevere n’a pas ce budget aujourd’hui. Il lui manque entre 15 et 20 millions d’euros pour mettre en place une telle équipe.

Il y a aussi un facteur culturel important. Les EAU et surtout Ineos ont une véritable culture dans laquelle les grimpeurs, qui viennent principalement des pays d’Amérique du Sud, se sentent bien.

Les dangers s’accumulent

Les dangers sont donc nombreux pour le jeune homme de vingt ans originaire de Schepdaal. Il est tout à fait possible que QuickStep maintienne ses ambitions de contrôler les courses d’un jour. Ce qui est déjà prouvé par la signature d’Asgreen et Alaphilippe, 2 coureurs qui ne peuvent pas vraiment espérer grand-chose dans les grands tours. Asgreen pourrait encore jouer le rôle de Filippo Ganna, mais il a probablement ses propres rêves. C’est déjà un gros moins.

Si aucun grand sponsor ne vient, la situation devient vraiment problématique. Almeida, le seul apte en montagne de l’équipe, partira pour une autre équipe l’année prochaine. Pour l’instant, il n’y a personne qui puisse accompagner Evenepoel l’année prochaine.

Le besoin d’un miroir

Ce serait encore plus difficile si la direction de l’équipe elle-même ne se rendait pas compte qu’elle n’est peut-être pas capable de relever ce défi dès maintenant. Ils sont dans la phase D1 ou D2 et ont en fait besoin d’une voie claire pour évoluer vers une équipe et surtout une culture complètement nouvelles.

Espérons surtout que Sagan ne vienne pas chez QuickStep, car ce serait la fin de la partie pour les ambitions de Tour d’Evenepoel dans cette équipe. Il ne se pliera certainement pas pour notre jeune garçon. Et il coutera très cher.


L’auteur Xavier Verellen est actif dans le secteur de l’Internet des objets. Son premier livre, Human Park, sera bientôt publié.

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