Les fertilisants atteignent des prix jamais observés, faisant craindre des pénuries alimentaires jamais vues depuis la Seconde Guerre mondiale

Comme un gros domino qui tombe, qui fait beaucoup de bruits, et qui entraine toute une file de dominos… Ainsi que les files alentours, victimes de l’onde de choc du premier bloc. C’est ce que sont en train de devenir la guerre en Ukraine et les perturbations économiques qu’elle a engendrées : une catastrophe qui déclenche des catastrophes en chaine. Comme la pénurie de fertilisants et d’engrais qui frappe l’agriculture mondiale, et qui pourrait dégénérer en une série de crises alimentaires de l’Amérique latine au Moyen-Orient.

La Russie et la Biélorussie sont parmi les plus grands producteurs mondiaux d’engrais et de produits chimiques destinés à créer des fertilisants, comme la potasse. Les sanctions économiques qui frappent ces deux pays ont donc pour conséquence logique de réduire l’offre de ces produits essentiels à l’agriculture, et d’augmenter les prix.

L’engrais n’a jamais été aussi cher

Jusqu’à des sommets historiques : selon le Green Markets North America Fertilizer Price Index, ceux-ci ont augmenté de 10% rien qu’en une semaine, pour atteindre des valeurs 40% plus élevées qu’avant l’invasion de l’Ukraine. L’engrais n’a tout simplement jamais été si cher.

Cette mise hors jeu des principaux acteurs de l’industrie de l’engrais (en 2019, ce secteur représentait 9 milliards de dollars pour l’économie russe) se conjugue à la hausse drastique des prix du gaz naturel et de l’énergie en général, ce qui fait encore grimper les coûts de production des additifs agricoles.

La flambée des coûts des engrais et d’autres produits agricoles essentiels, comme les céréales utilisées pour l’alimentation du bétail, pourrait avoir des répercussions dans le monde entier. Les prix élevés pourraient entraîner de graves goulets d’étranglement, réduisant fortement la production agricole et aggravant ce que les économistes ont déjà désigné comme une crise alimentaire mondiale, alarme The Guardian.

Une insécurité alimentaire mondiale inédite depuis 1945

« L’Ukraine n’a fait qu’aggraver une catastrophe par-dessus une catastrophe », a récemment déclaré David Beasley, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial des Nations unies, au New York Times, ajoutant que les niveaux actuels d’insécurité alimentaire n’avaient plus été observés depuis la Seconde Guerre mondiale.

Déjà dans de trop nombreuses régions d’Afrique et d’Asie, et même d’Amérique latine, les perturbations climatiques, les mauvaises récoltes, et les conflits géopolitiques internes comme externes faisaient naitre le spectre de grandes détresses frumentaires, voire de famines. La mise hors jeu de deux grands producteurs agricoles, la Russie et l’Ukraine, sans même parler de leur apport respectif à la production de fertilisants, laisse craindre des crises de grandes ampleurs. Déjà en Irak, la population proteste contre la forte hausse du prix du blé. Ce qui laisse deviner que de nouveaux troubles internes vont bientôt se produire dans certains pays.

L’apport de blé ukrainien était essentiel

Environ 40% des exportations ukrainiennes de blé et de maïs sont destinées au Moyen-Orient et à l’Afrique, selon le Fonds international de développement agricole (FIDA) des Nations unies.

« Je suis profondément préoccupé par le fait que le violent conflit en Ukraine, qui est déjà une catastrophe pour les personnes directement impliquées, sera également une tragédie pour les personnes les plus pauvres du monde vivant dans les zones rurales, qui ne pourront pas absorber les hausses de prix des aliments de base et des intrants agricoles qui résulteront des perturbations du commerce mondial », a déclaré Gilbert F. Houngbo, président du FIDA. « Nous constatons déjà des hausses de prix et cela pourrait provoquer une escalade de la faim et de la pauvreté avec des conséquences désastreuses pour la stabilité mondiale. »

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