Les 3 défis de l’Allemagne post-Merkel, selon Goldman Sachs

Cet automne, Angela Merkel ne sera plus chancelière fédérale d’Allemagne. Un poste qu’elle aura occupé pendant seize ans. La célèbre banque d’investissements américaine Goldman Sachs s’est penché sur trois thématiques que les Allemands devront surveiller de près une fois qu’elle sera partie.

Se penchant sur ce qui attend l’Allemagne à l’avenir, les analystes de Goldman Sachs précisent d’abord dans leur rapport – consulté par la CNBC – qu’ils pensent qu’Angela Merkel a, globalement, fait du bon boulot. Surtout récemment. Ils estiment ainsi qu’elle laissera l’économie allemande bien placée pour se remettre de la pandémie de coronavirus.

Le successeur d’Angela Merkel pourrait être Armin Laschet, tête de liste de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) pour les prochaines élections législatives, qui se tiendront le 26 septembre. Les derniers sondages donnent en tout cas son parti – qui est aussi celui de Merkel – vainqueur. Mais les récentes inondations pourraient tout chambouler, une majorité d’Allemands (56%) estimant que la problématique du changement climatique est « encore plus importante qu’avant », selon une enquête RTL/NTV.

Un événement tragique qui donne potentiellement de meilleures chances à Annalena Baerbock, la présidente du parti écologiste Alliance 90 / Les Verts, deuxième des sondages jusqu’à présent. D’autant plus que son principal rival, Armin Laschet, s’est fait tristement remarquer en étant aperçu en train de rire aux éclats lors d’un hommage aux victimes des inondations.

Les objectifs climatiques font d’ailleurs partie des trois grands défis qui attendent l’Allemagne post-Merkel, selon les experts de Goldman Sachs.

1. Allier défi climatique et réussite économique

Là où l’Union européenne s’est fixé pour objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030 (par rapport aux niveaux de 1990), l’Allemagne a décidé de voir plus grand. Elle s’est engagée à une réduction de 65% sur la même période.

Goldman Sachs félicite la belle ambition de cet objectif. Mais la banque indique qu’il faudra réussir à obtenir l’adhésion de l’ensemble de sa population, et à ne pas laisser de côté des secteurs et des travailleurs vulnérables face à cette toute nouvelle logique économique.

« Nous voyons l’Allemagne exposée à un certain nombre de défis à moyen terme, liés aux opportunités structurelles manquées pendant les années Merkel », notent les analystes de Goldman Sachs. « Le prochain gouvernement devra trouver un équilibre entre la réalisation des objectifs climatiques ambitieux du pays et la récolte des bénéfices économiques de la transition verte. »

2. Se préparer à la « démondialisation »

L’Allemagne est l’exportatrice européenne numéro 1, avec notamment un record historique d’une hauteur de 1,33 billions d’euros réalisé en 2019. Fort logiquement, ce chiffre a baissé suite à la pandémie de Covid-19, pour atteindre les 1,21 billions d’euros l’an dernier.

Des chiffres gargantuesques qui pourraient être mis à mal par certaines tendances actuelles, alertent les analystes de Goldman Sachs. « L’économie allemande orientée vers l’exportation semble vulnérable aux tendances actuelles de démondialisation », estiment-ils.

Goldman Sachs pointe différents phénomènes qui ne sont a priori pas très réjouissants pour le futur des exportations allemandes: appels au protectionnisme, stagnation générale du commerce mondial, Brexit, problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement, etc.

Le mois dernier, le Fonds monétaire international (FMI) avait indiqué que « les pénuries actuelles d’approvisionnement en intrants intermédiaires (en l’occurrence, notamment les semi-conducteurs, ndlr) pourraient durer plus longtemps que prévu, ce qui freinerait la reprise des exportations et des investissements, en particulier pour le secteur automobile ».

Or, l’automobile constitue le pilier de l’économie et des exportations de l’Allemagne. Dans son rapport, le FMI avait d’ailleurs fait explicitement référence à la reprise allemande.

3. Affronter le vieillissement de la population

« Le taux de croissance potentiel de l’Allemagne se situe au milieu du peloton des pays du G-7, mais il sera soumis à une pression particulière en raison de l’évolution démographique », soulignent les analystes de Goldman Sachs.

D’après eux, l’Allemagne « sera plus fortement touchée par le vieillissement de la population que la plupart des économies avancées, le taux de dépendance augmentant fortement au cours des prochaines décennies ».

Les conséquences sont connues: une plus grande part de population âgée entraînera potentiellement une augmentation des coûts des services de santé et de sécurité sociale. Ce qui pourrait déboucher sur des déficits budgétaires.

En 2020, l’Allemagne avait d’ailleurs connu son premier déficit budgétaire depuis 2013. S’élevant à 189,2 milliards d’euros, il a été le plus important depuis la Réunification, il y a trente ans.

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