Inondations : des milliers de tonnes de déchets impossibles à recycler

En Belgique et en Allemagne, les filières de traitement des déchets sont complètement saturées. Le recyclage des débris est impossible et les décharges sont surchargées. Pourtant il faut faire vite : le risque sanitaire est réel pour la population.

Les inondations monstres de juillet dernier ont bouleversé l’Europe de par l’ampleur de dégâts, et surtout le coût en vies humaines, en particulier en Belgique et en Allemagne. Et pour les régions les plus durement frappées, le retour à la normale n’est pas pour tout de suite. Car en se retirant, les eaux ont laissé derrière elles des quantités effarantes de déchets.

Des déchets ? Des frigos, des machines à laver, des meubles de jardin, des voitures même. Tout ce qu’on peut emmagasiner dans une maison, et qui s’est retrouvé entrainé en aval, malaxé et amalgamé sous des tonnes de boue. Du métal, du plastique, des composants électriques qui devraient en temps normal être tous recyclés. Mais pour la majorité de ces déchets, c’est quasiment impossible.

Selon Patrick Hasenkamp, vice-président de la VKU, l’Association allemande des services publics locaux, l’eau a tout amalgamé : « Le principal problème, c’est la nature hétérogène de cette masse de déchets. Elle n’est pas seulement gorgée d’eau et de vase, elle est aussi contaminée par des produits chimiques et des excréments. Cela rend le tri extrêmement difficile. On ne peut séparer que les plus grosses pièces, comme les débris de bâtiments, ou l’équipement électrique. »

Des années de travail

La grande majorité des déchets est potentiellement trop toxique pour le recyclage, et terminera dans un incinérateur. Sauf qu’en Allemagne, les fourneaux existants opèrent déjà à 95% de leur capacité alarme M. Hasenkamp: « Pour tout brûler, il nous faudrait techniquement un incinérateur à déchets supplémentaire. Le nettoyage pourrait bien nous occuper plusieurs années. »

La situation n’est pas plus brillante en Belgique, où les quantités de débris à évacuer défient tout simplement l’imagination. Les estimations tournent autour d’un million et demi de tonnes. C’est l’équivalent, sur quelques jours, des trois quarts des déchets ménagers produits en moyenne par la Wallonie entière sur un an. Dans notre pays aussi, recycler une telle masse dépasse tout sens du réalisme. Les décharges sont déjà surchargées : en région de Liège, il a fallu entasser les déchets sur une portion d’autoroute inusitée.

Déchets toxiques

Il va falloir faire vite pour évacuer tout ça selon Cédric Slegers, de la compagnie de recyclage spécialisée dans les véhicules Comet: « Nous estimons qu’entre 40.000 et 50.000 véhicules de la région sont hors d’usage. Et c’est un risque sanitaire potentiel pour la population: si les déchets contenant des substances toxiques ne sont pas rapidement collectés, ils vont polluer l’environnement. Donc, la collecte est notre priorité. »

Dans les régions touchées de Belgique, les autorités ont déjà enjoint la population à faire bouillir toute eau destinée à la consommation, car on ne peut assurer qu’il n’y a eu aucune contamination dues à des produits chimiques, des carburants, des déchets agricoles, voire le contenu des égouts, ramenés à la surface par le flux des eaux. Après une catastrophe de grande ampleur, ce qui cause le plus de morts, c’est bien souvent le retour de maladies, comme le typhus, qui prospère dès que les conditions sanitaires se dégradent.

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