L’énergie nucléaire pourrait bientôt être requalifiée comme énergie verte par l’Union européenne

Centrale nucléaire de Bugey en France (ALLILI MOURAD/SIPA – Isopix)

La labellisation de l’énergie nucléaire pose question au sein de l’Union européenne depuis la publication du Green Deal. Le nucléaire doit-il être considéré comme une énergie verte, lui permettant d’accéder aux fonds européens ? C’est ce que pense un rapport d’experts qui sera prochainement publié.

Pour déterminer si l’énergie nucléaire peut être considérée comme verte ou non, la Commission européenne a demandé une analyse complète de cette source d’électricité au Centre commun de recherche (CCR). Le rapport, qui devrait être publié prochainement a fuité dans plusieurs médias, dont Euractiv.

Les experts déclarent dans le document de 387 pages que l’énergie nucléaire est durable. Pour eux, le nucléaire n’est pas plus nocif pour la santé humaine ou l’environnement que les autres sources d’énergie durables.

Déchets radioactifs

Les centrales nucléaires ont en effet l’avantage de ne produire que très peu de CO2 en comparaison aux centrales au charbon ou au gaz. Son gros problème, ce sont les déchets radioactifs. Lorsque les combustibles sont totalement usés par la centrale, ils restent radioactifs pendant plusieurs milliers d’années et sont donc techniquement dangereux pour l’homme et la nature.

Mais le CRR a déterminé que les nouvelles méthodes d’enfouissement des déchets radioactifs sont ‘appropriées et sures’. Ces méthodes consistent à construire une sorte de hangar dans une formation rocheuse à quelques centaines de mètres en dessous de la surface de la Terre. Les déchets seraient de cette manière isolés des humains et de l’environnement.

Cette technique, assez récente, n’a pas encore été étudiée pendant plusieurs décennies. Il est donc difficile de savoir si les déchets nucléaires resteront bien isolés du reste de la planète. Le CRR l’admet, mais pour lui, cette solution reste ‘la plus efficace et la plus sure qui puissent garantir qu’aucun dommage significatif ne soit causé à l’homme et à l’environnement pendant la durée requise’.

L’autre grand danger du nucléaire est un accident au cœur d’une centrale qui libérerait des produits radioactifs dans la nature. Cela a déjà été vu à Tchernobyl et à Fukushima.

Mais pour le CRR, ces accidents sont très rares. Et ils le seront encore plus avec les centrales de troisième génération installées après Tchernobyl.

Critiques du CRR

Vu que l’Europe est fortement divisée sur la question de l’énergie nucléaire, il est normal que ce rapport fasse polémique. D’un côté, les pro-nucléaires accueillent le document les bras ouverts. Foratom, le plus grand lobby de l’énergie nucléaire en Europe, a déjà déclaré qu’il espérait que ‘la Commission proposera rapidement une indication claire sur la manière et le moment où elle inclura le nucléaire dans la taxonomie’.

De l’autre côté, ceux qui sont pour la fin du nucléaire, comme Greenpeace, critiquent le CRR qu’il juge partial et pro-nucléaire. Selon l’association, ‘la recherche nucléaire représente encore 25% de l’activité du CRR’, ce qui lui donne accès à des subsides européens.

Révisions

Quoi qu’il en soit, la Commission tranchera sur la labellisation de l’énergie nucléaire après contre-expertise. Deux comités d’experts doivent encore revérifier le rapport du CRR. Ils sont spécialisés dans la radioprotection et le traitement des déchets radioactifs. Ils sont donc normalement capables de vérifier si le CRR a fait preuve d’impartialité ou non dans son étude sur les risques radioactifs du nucléaire.

Ces révisions dureront 3 mois et seulement après la Commission pourra prendre sa décision. Si elle classe le nucléaire dans les sources d’énergies vertes, les États membres qui veulent faire construire des centrales nucléaires pourront demander l’aide de subsides européens provenant du Green Deal. Mais si la Commission vote contre cette labellisation, les pays européens qui projetaient de construire de nouvelles centrales devront certainement faire face à un manque de moyens financiers et de ce fait renoncer à leur construction.

Pour en savoir plus: