Combien de centrales au gaz faudra-t-il construire pour compenser la sortie du nucléaire ?

La sortie effective du nucléaire dès 2026 semble actée, tant au niveau politique qu’au niveau des acteurs de première ligne. Engie Electrabel a clairement annoncé en novembre dernier qu’elle se préparait à la sortie du nucléaire. Dans les faits, seuls 2 réacteurs sur les 7 que compte la Belgique pourraient faire l’objet d’une prolongation. Une évaluation aura d’ailleurs lieu en novembre prochain, ce qui est beaucoup trop tard, estime le secteur. Quoi qu’il en soit, pour compenser la perte de production du nucléaire, les autorités misent sur les énergies renouvelables, mais aussi probablement sur la création de centrales à gaz, émettrices de CO2, là où le nucléaire n’en rejette que très peu.

Selon une étude britannique parue en novembre dernier, le plan énergétique de la Belgique ne ressemble à aucun autre en Europe. Notre pays fait face à deux deadlines: la sortie du nucléaire d’ici 2025 et la neutralité carbone voulue par l’UE d’ici 2050, avec un objectif de 30% de renouvelable d’ici 2030 (on tourne autour des 15% en Belgique).

Deux enjeux contradictoires, selon l’étude. ‘La Belgique est en passe d’avoir l’un des réseaux électriques les plus polluants d’Europe d’ici 2030’, explique Charles Moore, chercheur principal du groupe Ember.

Les centrales à gaz qui se substitueraient aux centrales nucléaires constituent un véritable nœud qui déchire les milieux pro et anti nucléaire. Tandis que le mécanisme de rémunération des capacités (CRM), qui doit donner des subventions aux projets alternatifs au nucléaire, fait l’objet d’attaques répétées, au niveau européen, tout comme dernièrement au Consei d’Etat.

De 0 à 7

Mais de quoi parle-t-on ? Il faut d’abord savoir que seuls 2 réacteurs sont prolongeables au-delà de 2025: Tihange 3 et Doel 4, les deux réacteurs les plus en état. En moyenne, l’énergie nucléaire en Belgique alimente entre 30 à 50% de notre électricité. Or, selon Arnaud Colignon, membre de Inter-Environnement Wallonie, la fédération d’associations environnementales, les 2 réacteurs prolongeables ne pourraient nous fournir que 4% de notre énergie totale. ‘Tout le débat sur le nucléaire en Belgique se concentre donc sur ces deux réacteurs qui ont finalement très peu d’impact’, expliquait-t-il récemment dans un débat.

Mais en tout, combien faudrait-il de centrales à gaz pour compenser cette perte d’énergie nucléaire ? Les avis divergent. Selon Elia, le gestionnaire de réseau de transport, il faudrait 6 à 7 grosses centrales. Selon le CREG, régulateur du marché de l’électricité, il n’en faudrait que 1 à 2. Une autre étude estime même qu’il ne faudrait aucune centrale à gaz. Et la dernière étude en date commandée par le gouvernement a été réalisée par le centre d’étude Haulogy estime que seulement 1-2 GW de centrale au gaz doivent participer à la mise aux enchères organisée par l’État, soit la capacité maximum des 2 réacteurs prolongeables.

Dans les faits, les calculs sont ardus. Car il faudrait tenir compte par exemple du réchauffement climatique, qui fera baisser la facture énergétique. Mais à contrario, il faudrait prendre en compte par exemple notre demande d’électricité accrue par l’augmentation du parc de voitures électriques.

Pour et contre

Les énergies renouvelables ne sont pas encore prêtes à prendre le relai du nucléaire en Belgique. La capacité de l’énergie solaire a toutefois crû de 25% par rapport à 2019 pour atteindre la capacité potentielle du nucléaire. Les projets éoliens offshore se multiplient. Mais il s’agit d’énergies par définition intermittentes.

  • Un argument des ‘anti-prolongation’ : un effort peut être fourni sur la demande en énergie, en baissant la consommation, plaide Arnaud Collignon. Par exemple par l’isolation de l’habitat. Beaucoup de travail reste aussi à faire au niveau des entreprises.
  • Côté pro-nucléaire: on estime que l’énergie sera de toute façon puisée dans l’arsenal nucléaire de l’étranger, et qu’il est donc préférable de garder une expertise ici en Belgique.

La question de la prolongation des centrales reste compliquée et donc politique. Cela vaut-il la peine de prolonger nos centrales pour 2 malheureux réacteurs ? Construire des centrales à gaz émettrices de CO2 pour remplacer les centrales est-il un non-sens environnemental?

Un juste milieu, qui aurait d’ailleurs la faveur des pronostiques, est de voir une sortie du nucléaire s’opérer, tout en prolongeant les 2 réacteurs. Ce qui devrait limiter notre besoin en centrales à gaz et nous placer un peu plus dans les clous des objectifs de neutralité carbone.

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