Le sommet de Versailles: un symbole qui doit se concrétiser en une formidable opportunité pour l’Europe

Préparé depuis l’automne par la présidence française de l’UE, le sommet de Versailles devait initialement corriger le tir, après les manquements de la crise sanitaire. Rebâtir certaines industries et être moins dépendants de l’étranger et particulièrement de la Chine. La guerre en Ukraine, aussi dramatique soit-elle, ne modifie pas essentiellement cet objectif, au contraire. Elle pousse l’UE vers plus d’autonomie en matière de défense, mais surtout d’énergie. Le chemin de l’indépendance énergétique, aussi long soit-il, est une formidable opportunité. Un peu plus de 100 ans après le traité de Versailles qui a mis fin à la Première Guerre mondiale, mais qui a aussi préparé la deuxième, les chefs d’État et de gouvernement européens ne doivent pas se tromper.

La réponse à Poutine

À très court terme, l’UE doit d’abord mettre fin à cette guerre. Et cela passe par des sanctions, efficaces. Quoi que laisse transparaitre le visage impassible de Poutine, l’économie russe a mal: le rouble a perdu 70% de sa valeur, la notation de la dette russe est au plus bas, les taux d’intérêt ont doublé, plus de 300 grandes entreprises ont cessé leurs activités, les économies de centaines d’oligarques russes sont menacées, et la bourse de Moscou est fermée depuis belle lurette. Ce n’est pas rien.

Mais l’UE n’emploiera pas de langage guerrier. Les chancelleries sont prudentes et ça se comprend très bien. La Suède et la Finlande ne comptent pas ajouter d’huile sur le feu en proposant leur candidature à l’OTAN. La Pologne se refuse à fournir des avions MiG à l’Ukraine. « Nous ne sommes pas en guerre », ont répété plusieurs responsables européens.

L’arme ultime, mais à double tranchant, est de se passer, au moins provisoirement, des matières fossiles de la Russie. Le débat promet d’être âpre au sein de l’UE, entre deux camps qui s’opposent sur la solution finale, regroupés autour de la France et de l’Allemagne.

Autonomie énergétique

Alors que la nouvelle taxonomie de l’UE, fruit d’un long compromis, plaçait le nucléaire et le gaz parmi les énergies de transition candidates aux subsides européens, voilà que la guerre en Ukraine chamboule tout.

Tout le monde le sait: les énergies renouvelables sont la solution ultime d’une autonomie totale de l’Europe, qui ne devra plus se soucier d’aucun État riche en hydrocarbures. Mais le 100% renouvelable n’aura pas lieu avant plusieurs décennies.

Il faudra certainement composer avec le nucléaire. La France va particulièrement insister sur ce point. La Belgique est en train de prendre un tournant, au contraire de l’Allemagne qui est déjà trop loin dans le processus.

L’Allemagne est particulièrement coincée, mais s’est mise dans cette situation toute seule, en affichant une telle dépendance avec la Russie. Elle n’a par exemple aucun terminal GNL sur son territoire, de sorte qu’elle ne peut même par accueillir le gaz naturel liquéfié des États-Unis ou du Qatar, comme alternatives.

À contrario, elle envoie un formidable signal en investissant 200 milliards dans la transition énergétique de son industrie. C’est aussi l’un des principaux enjeux de ce sommet de Versailles: l’UE va-t-elle une nouvelle fois délier les cordons de la bourse comme pour la crise sanitaire ?

Un gigantesque plan de relance pour la transition énergétique passera forcément par de l’endettement et l’assouplissement des critères de Maastricht. Gageons que les pays dits frugaux ne se laisseront pas faire aussi facilement. Les économistes plus conservateurs préviennent depuis un certain temps: l’argent gratuit à des taux d’intérêt dérisoires a déjà tellement créé d’inflation. Le risque désormais, c’est la stagflation, et dans le pire des cas, la récession.

Il n’y a pas de solution facile.

Autonomie militaire

Ici, c’est moins évident. Il y a quelques années, certains annonçaient l’OTAN en état de mort cérébrale. Si Poutine est parvenu à faire une chose, c’est resserrer les liens de l’organisation transatlantique.

Mais Poutine a aussi renforcé les liens de l’UE à l’instar de la Hongrie, beaucoup moins frivole que par le passé. L’UE se construit dans la crise.

Bien sûr, l’Europe de la défense est un monstre du Loch Ness: on n’en a jamais vu la couleur.

Mais l’Europe se réarme, elle qui vivait dans l’illusion d’une paix éternelle. L’UE ne peut pas compter indéfiniment sur son allié américain, qui, in fine, prend toutes les décisions sur le plan militaire.

L’élargissement

Ici, ce sera quasiment avec certitude une fin de non-recevoir. Le processus prend des années et ce n’est pas lors d’un sommet européen officieux que ce genre de décisions se prend.

Le conflit actuel ne doit pas faire perdre de vue aux dirigeants de l’UE – et ne le fera pas – que les élargissements précédents ne se sont pas passés sans heurts. Bien sûr, on tend la main à l’Ukraine, dans cette période compliquée. « On partage les mêmes valeurs ».

À moins d’une très hypothétique réforme du vote à l’unanimité des 27 sur les questions cruciales, ça s’arrêtera là, avec la Moldavie et la Géorgie qui attendent avec l’Ukraine dans l’anti-chambre. Sans oublier la Serbie, l’Albanie ou encore le Monténégro qui patientent depuis belle lurette. Dans tous les cas, inutile de provoquer Poutine pour le moment.

Conclusion

L’Europe doit viser plus d’autonomie: c’est vrai pour l’énergie, pour la défense, pour la santé. Mais n’oublions pas le numérique et ses GAFAM, les semi-conducteurs, les industries et le secteur agricole. Le marché intérieur de l’UE reste une formidable opportunité.

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