Le PS met une nouvelle pression sur la Vivaldi et dépose un « plan pour le pouvoir d’achat » sur la table du Premier ministre De Croo

Le président du PS, Paul Magnette, fait battre le rappel de la presse cet après-midi pour mettre sur la table de la Vivaldi un nouveau paquet de mesures sociales : « Les mesures actuelles ne sont pas suffisantes pour un grand nombre de familles et de travailleurs », entend-on. Ce faisant, Magnette met une fois de plus la pression sur Alexander De Croo (Open Vld). « Nous devons aller plus loin pour améliorer la vie de chacun », dit-on au boulevard de l’Empereur, le siège du PS. A noter : Magnette sera accompagné du vice-premier fédéral, Pierre-Yves Dermagne (PS), membre du gouvernement. Cet appel du PS intervient au moment où la Commission européenne doit à nouveau revoir ses prévisions de croissance à la baisse : 2,7 % de croissance en 2022, bien en deçà des 5,4 % attendus. Encore une mauvaise nouvelle pour la Vivaldi, qui annonce depuis des semaines des « mesures pour le pouvoir d’achat ». Mais un groupe d’experts retarde actuellement le dossier. Combien de temps encore, se demandent les partenaires de la coalition ?

Dans l’actualité : Paul Magnette et Pierre-Yves Dermagne s’expriment cet après-midi.

Les détails : « Le PS, moteur du pouvoir social, estime qu’il faut aller plus loin dans l’amélioration de la vie de chaque citoyen. »

  • « Quelles mesures ? Comment allons-nous les rendre concrètes ? Avec quel délai ? Et pour qui ? Des réponses à toutes ces questions, aujourd’hui », a annoncé le PS dans une invitation à sa conférence de presse. Ils veulent mettre sur la table un véritable « plan pour le pouvoir d’achat », un ensemble d’exigences, mais aussi une voie concrète que la Vivaldi peut emprunter.
  • Le plus frappant : le vice-premier ministre du PS se joint également à la conférence de presse. Ce n’est pas vraiment habituel, mais après deux ans, Pierre-Yves Dermagne est toujours à la recherche d’un profil dans l’équipe fédérale. Il a parfois observé comment les libéraux en particulier jouent le jeu très durement, enfermant parfois le PS dans des discussions interminables au sein du kern : l’annonce d’un « accord budgétaire » en novembre dernier, lors du conclave budgétaire, par le vice-premier ministre Vincent Van Quickenborne (Open VLD) est resté dans les mémoires. Ce dernier avait annoncé, à l’extérieur devant les micros, qu’un accord avait été trouvé, en criant victoire, alors que Dermagne n’avait pas du tout entendu la même histoire à l’intérieur du bâtiment, de même que son président, par téléphone.
  • En s’asseyant ensemble, Magnette, Dermagne et le PS envoient un message clair : il faut prendre leur demande très au sérieux, il faut faire « quelque chose ».
  • Le duo a avancé 13 mesures pour agir sur le pouvoir d’achat, indiquant que « l’indexation automatique des salaires ne suffisait plus » dans le contexte d’inflation actuel.
  1. Maintenir l’indexation automatique des salaires 
  2. Revoir la loi de 2017 (ou de 1996) sur la marge salariale 
  3. Augmenter le salaire minimum 
  4. Diminuer la fiscalité sur les bas et moyens salaires 
  5. Pérenniser l’extension aux BIM (bénéficiaires de l’intervention majorée) du tarif social énergie 
  6. Créer un tarif moyen pour la facture d’énergie de la classe moyenne 
  7. Aider les personnes qui se chauffent au mazout 
  8. Pérenniser la baisse de la TVA à 6% sur l’énergie 
  9. Augmenter le remboursement des frais de déplacements professionnels 
  10. Soutenir les locataires via des loyers stables 
  11. Généraliser l’allocation-loyer pour les ménages éligibles à un logement social.
  12. Faire contribuer les revenus du capital 
  13. Taxer les surprofits des entreprises énergétiques

Également à l’ordre du jour : de mauvaises perspectives pour l’ensemble de l’économie européenne.

  • De sombres nuages économiques s’amoncèlent : la Commission européenne a publié ce matin de nouvelles prévisions, qui ne sont pas de bon augure. Tout d’abord, l’inflation continue de faire rage : la Commission prévoit qu’elle restera supérieure à 6,8 % cette année pour l’ensemble de l’UE, avec 6,1 % pour la zone euro, pour ensuite retomber à 2,7 % en 2023, ce qui reste bien supérieur à la limite de 2 % fixée par la Banque centrale européenne (BCE).
  • La BCE est censée enfin relever ses taux d’intérêt avant l’été pour tenter de juguler l’inflation. Mais la conséquence serait immédiate pour les finances publiques, chez nous : les paiements d’intérêts cette année, en raison de l’importante montagne de dettes, coûteront peut-être jusqu’à 1 milliard d’euros de plus. Ce qui n’augure rien de bon pour le budget.
  • Mais il y a pire : le refroidissement économique en Europe bat son plein. La Commission ajuste ses prévisions de croissance de 5,4 % pour la zone euro cette année à 2,7 %. C’est un nouvel ajustement sérieux.
  • Cela signifie là encore une mauvaise nouvelle pour les chiffres belges : aucun pays de l’UE ne possède une économie aussi « ouverte ». L’explosion du coût de l’énergie et la guerre ont affecté la confiance. En Belgique, le coup porté à l’économie est encore plus fort : les prévisions de la Commission européenne pour notre pays passent de 6,2 % l’an dernier, à à peine 2 % cette année, et 1,8 % en 2023. Dans le même temps, l’inflation est très élevée, à 7,8 %. Seules l’Estonie et la Lituanie font pire dans la zone euro.
  • Personne ne le dit encore ouvertement, mais il est clair que l’économie européenne est sur une pente glissante : dans les couloirs des grandes banques, on murmure déjà sur une possible récession, pour les États-Unis et l’Europe. À plus long terme, ce serait le scénario d’horreur de la stagflation : l’économie se rétrécit, tandis que l’inflation reste élevée. Nous n’en sommes pas encore là, mais tout le monde observe les signaux qui ne vont pas dans la bonne direction.
  • La Commission européenne est donc pessimiste quant au budget belge : elle s’attend à un déficit budgétaire de 5 %, à peine mieux que les 5,5 % de l’année dernière, et loin de la norme de 3 % de l’UE. Sans action drastique, la Commission estime que le déficit de l’année prochaine sera de 4,4 %.
  • Il est intéressant de noter que la Commission a également calculé ce qui pourrait se passer si le robinet du gaz russe devait être fermé cette année. L’économie européenne s’effondrerait alors encore de 2,5 %, laissant une croissance à 0,2 %. L’inflation augmenterait de 3 % supplémentaires. Pas particulièrement attrayant, ce qui explique pourquoi l’UE traîne des pieds.
  • Symbolique : le prix de l’essence pour « la 95 » dépasse aujourd’hui pour la première fois les 2 euros le litre. Pas vraiment agréable pour la Vivaldi : une partie du pouls de la population est déterminée à la pompe.

La vue d’ensemble : tôt ou tard, la Vivaldi devra se ressaisir sur le plan socio-économique.

  • Vendredi, l’interdiction des publicités pour les jeux de hasard était au cœur du Kern. Après une semaine difficile, au cours de laquelle Van Quickenborne a annoncé unilatéralement la mise en place d’une telle interdiction, via un décret royal pour contourner le MR, le Premier ministre a dû braver les huées de l’opposition à la Chambre, jeudi. Le lendemain, le MR a pu triompher au kern : le dossier sera « reconsidéré ». « Une telle interdiction peut se faire sans porter atteinte aux projets culturels et sportifs », a souligné le vice-premier ministre ad interim David Clarinval (MR).
  • Mais les frictions autour de ce dossier illustrent le malaise qui entoure le tableau d’ensemble : comment l’équipe fédérale va-t-elle désormais faire face aux défis socio-économiques ?
  • Presque tous les partis de gauche de cette coalition ont déjà annoncé que de nouvelles mesures sociales étaient en préparation. Tout le monde veut travailler sur le « pouvoir d’achat ». Le 1er mai, plusieurs propositions en ce sens ont déjà été lancées. L’idée d’un impôt supplémentaire sur la fortune revient sans cesse.
  • Le fait qu’Egbert Lachaert, le président de l’Open Vld, ait annoncé début mai que les faibles taux de la TVA à 6 % sur le gaz et l’électricité seraient maintenus à l’automne, n’a suscité pratiquement aucune réaction de la part des socialistes et des Verts. C’est significatif: ils considèrent déjà que cette réduction est acquise, de manière permanente. En d’autres termes, la Vivaldi devra aller beaucoup plus loin que cela.
  • Tant Ecolo que le PS font pression pour l’ouverture de la loi de 1996, qui régit les négociations salariales. Mais le CD&V souligne également que l’effet de l’indexation automatique ne protégera pas indéfiniment la classe moyenne de l’inflation. Là aussi, Vincent Van Peteghem (cd&v) réclame de nouvelles mesures.
  • Le vice-premier ministre CD&V et son parti voient une réponse possible dans une réforme fiscale majeure : un transfert substantiel de l’impôt sur le travail vers l’impôt sur le capital pourrait donner à beaucoup de familles de la classe moyenne un bonus fiscal, net sur leurs salaires. Van Peteghem souhaite formuler des propositions avant l’été.
  • Juste pour dire : le changement de président au CD&V signifie que les chrétiens-démocrates de la Vivaldi veulent eux aussi en avoir pour leur argent. Le bilan, pour eux, devra être plus conséquent qu’un référendum raté sur la réforme de l’État, par exemple, si leurs partenaires veulent toujours s’attendre à un soutien de l’équipe fédérale de leur part.
  • Mais le gros problème, comme l’ont noté plusieurs partenaires de la coalition reste le suivant: rien ne se passe dans ce gouvernement, beaucoup de dossiers sont simplement bloqués. Ce n’est que dans des domaines spécifiques, tels que les réformes des soins de santé, qui incluent désormais des mesures pour les malades de longue durée, que des progrès sont encore réalisés.

Difficulté supplémentaire : un emploi supplémentaire aux Affaires étrangères, et un groupe d’experts pour résoudre les défis économiques : ce n’est pas une formule gagnante pour le Premier ministre.

  • « Le Premier ministre semble plutôt coincé avec son poste à l’étranger, non ? », voilà ce que disent ce matin les partenaires de la coalition Vivaldi. C’est aujourd’hui que les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent à Bruxelles. Sophie Wilmès (MR) est absente, à cause de la maladie de son mari. Le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) reprend donc ses fonctions pour le moment, même s’il ne participe pas directement à cette réunion. Mais c’est le sentiment qui prévaut, au sein de la Vivaldi.
  • Cette situation n’est pas idéale, d’autant plus que le Premier ministre a déjà été critiqué pour avoir « trop la tête à l’étranger », comme on le lui a reproché dans une interview sur Radio 1, la semaine dernière. « Non, ma tête est toujours dans mon pays », avait-il répondu.
  • Cette réunion des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles portera d’ailleurs sur les nouvelles sanctions contre la Russie : un sixième train de mesures est sur la table. Mais la Hongrie bloque la question d’un embargo sur le pétrole russe. Par ailleurs, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Koeleba, participera également à la réunion.
  • Dans le même temps, à la fin du mois d’avril, le Premier ministre a tenté de détourner le débat socio-économique du gouvernement en faisant appel à un « groupe d’experts ». Ce groupe doit « guider le gouvernement dans un contexte économique, tout comme le GEMS l’a fait pendant la crise du Covid ». Mais ce groupe d’experts a une dynamique très différente de celle du GEMS, dont les membres éminents étaient impossibles à écarter des médias, de sorte qu’ils pesaient lourdement sur le débat public.
  • Pour commencer, le groupe est fortement coloré et divisé idéologiquement, avec un président bleu – le directeur de la Banque nationale Pierre Wunsch – mais aussi des universitaires rouges – Mathias Dewatripont et Paul De Grauwe. Cela signifie que le débat idéologique s’est en fait déplacé de l’intérieur de la Vivaldi vers ce « groupe d’experts ».
  • De plus, les experts ne semblent pas pressés : le Premier ministre n’attend pas une première analyse économique du groupe de travail avant… juin. Wunsch parle d’un « travail académique de long terme ». Pour un certain nombre de partenaires de la coalition Vivaldi, c’est un peu trop « comme si le Seize utilisait ce groupe de travail comme une excuse pour ne rien faire », dit-on dans les couloirs.
  • Et ce n’est pas acceptable. Aujourd’hui, le PS donne à nouveau un coup de gaz, Ecolo l’a déjà fait la semaine dernière : « Le pouvoir d’achat sera certainement à l’ordre du jour dans les semaines à venir », avait déclaré avec véhémence le vice-premier ministre Georges Gilkinet (Ecolo) dans Het Nieuwsblad. Reste à savoir si cela fera bouger les libéraux.
  • Dans le même temps, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, continue de faire cavalier seul. Il est très actif avec toute une série de visites en Flandre. À Terzake la semaine dernière, il a lâché un petit ballon, que le journaliste de la VRT Ivan De Vadder a repris ce matin sur Radio 1 : « Je rêve de refonder un seul parti libéral national, un parti qui pourrait alors se dresser partout », a déclaré Bouchez. Il reste à voir si l’Open Vld attend ce type de véhicule « national ». Mais cela pourrait signifier un sacré coup de théâtre si le MR devait également présenter des listes en Flandre.
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