Couper définitivement les liens énergétiques avec la Russie coûtera 195 milliards : l’UE veut 45 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, ce qui implique la suppression de procédures environnementales strictes

L’Union européenne devra une fois de plus ouvrir la planche à billets, par pure nécessité. Mercredi prochain, la Commission européenne présentera son plan énergétique. L’objectif est de devenir totalement indépendant de la Russie sur le plan énergétique d’ici 2027. Cela coûtera près de 200 milliards d’euros, selon les projets qui ont fait l’objet de fuites. Les investissements doivent être réalisés très rapidement, d’ici à 2027, et s’ajoutent au « Green Deal », le plan de l’UE, doté d’un budget de plusieurs milliards de dollars, visant à réduire les émissions de CO2. Il convient de noter que l’Union européenne porte l’objectif en matière d’énergies renouvelables de 40 à 45 % d’ici à 2030. Pour cela, la législation environnementale doit être modifiée. Dans le même temps, le jeu géostratégique bat son plein : ce matin, la Finlande a annoncé sa demande d’adhésion à l’OTAN, un moment historique et un coup dur pour Vladimir Poutine. La Suède suivra.

Dans l’actualité : la Première ministre finlandaise, Sanna Marin, a annoncé ce matin qu’elle souhaitait faire entrer son pays dans l’OTAN.

Les détails : Cela devait arriver, mais c’est une étape historique.

  • D’un seul coup, la Russie gagnera bientôt 1.340 kilomètres de frontière avec l’OTAN lorsque la Finlande rejoindra l’alliance militaire. Le gouvernement finlandais a donné son feu vert, et ce week-end, tous les partenaires de la coalition au Parlement finlandais feront probablement de même. La demande officielle pourrait être reçue dès la semaine prochaine.
  • Le revirement finlandais est sans précédent : il y a un an à peine, l’adhésion à l’OTAN n’était absolument pas soutenue dans le pays. Mais les récents sondages d’opinion indiquent un soutien de 76 %, avec seulement 12 % d’opinions défavorables. La raison très compliquée à trouver : l’invasion russe en Ukraine.
  • Il est tout aussi logique que la Suède suive dans les prochaines semaines : les Finlandais et les Suédois sont militairement très proches et sont les deux seuls pays scandinaves neutres. La Norvège et le Danemark sont membres de l’OTAN depuis des décennies. Pendant la guerre froide, la Finlande et la Suède ont essayé d’être à cheval entre les Soviétiques et l’Occident. Mais en même temps, ils sont déjà politiquement très ancrés dans l’Europe, avec l’adhésion à l’UE.
  • Vladimir Poutine, le dictateur russe, voit son cauchemar absolu se réaliser : il est désormais « écrasé » par l’OTAN. Car jusqu’à présent, il n’avait vraiment de frontière avec cette alliance militaire qu’à travers les États baltes et l’enclave russe de Kaliningrad. L’OTAN y mène depuis des années des « opérations de dissuasion », notamment en faisant surveiller l’espace aérien de la Baltique par des avions de chasse de l’Alliance.
  • Mais les Finlandais, dont beaucoup se battent également comme volontaires en Ukraine, sont peut-être un petit pays de 5,5 millions d’habitants, mais leur armée ne doit pas être sous-estimée : ils ont mené une guerre d’hiver acharnée contre les Russes en 1939, et ont maintenu leur défense à jour depuis lors.
  • Le fait que l’ensemble de la Scandinavie devienne désormais un territoire de l’OTAN est donc un nouveau coup dur pour Poutine, qui avait estimé le conflit en Ukraine de manière bien différente. Poutine a déjà menacé la Finlande et la Suède de conséquences militaires et diplomatiques si elles rejoignaient l’OTAN. L’évaluation est qu’il s’agit principalement d’un bluff : ouvrir un nouveau front serait tout simplement une folie pour les Russes.

Dans le même temps: un mouvement tout aussi révolutionnaire sur le plan géopolitique – l’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie – coûtera de l’argent. Beaucoup d’argent.

  • En fait, plus important encore que la Suède et la Finlande : l’Europe est en train de couper ses liens énergétiques avec la Russie. Cela signifie que les discussions avec Poutine, ou tout autre régime de Moscou qui serait bientôt au pouvoir, seront complètement différentes du point de vue de l’UE. Plus de menaces de fermeture du robinet de gaz, ni de transfert de quelque 800 millions d’euros par jour vers la Russie.
  • À court terme, un sixième train de sanctions attend toujours l’approbation des États membres. Il s’agit notamment d’un embargo sur le pétrole en provenance de Russie, qui devrait être supprimé progressivement cette année. Mais des pays comme la Hongrie et la Slovaquie ont demandé une exemption : ils dépendent fortement du pétrole russe. En ce qui concerne le gaz russe, que l’UE veut déjà réduire de deux tiers cette année, un arrêt total des importations n’est pas encore en vue. Le point d’achoppement concerne les mois d’hiver : l’UE pourra-t-elle traverser 2023 sans l’énergie russe ? Probablement pas.
  • Dans le même temps, la Commission européenne travaille à plus long terme pour « accélérer la réduction de la dépendance énergétique, en accélérant l’élimination progressive des combustibles fossiles et en construisant une « Union de l’énergie », écrit-elle dans un projet de « plan RePowerEU », qui sera présenté mercredi 18 mai. Mais des fuites, entre autres dans Bloomberg et le Financial Times, révèlent jusqu’où les 27 veulent aller pour faire oublier l’énergie à la Russie à moyen terme. L’ensemble semble très ambitieux et coûteux.
  • La Commission table sur un coût de 195 milliards d’euros, à la charge des États membres, de l’industrie, mais probablement aussi de l’UE elle-même, qui apportera un soutien financier important. En échange de ces investissements, des objectifs très ambitieux deviendront réalistes.
  • Le plus frappant : la production d’électricité verte propre à l’UE doit encore augmenter. Les objectifs, pour 2030 déjà, étaient très nets, à 40 %. Mais l’UE vient de faire passer ce cap pour aller vers 45 %. Dans le même temps, la consommation totale d’énergie doit être réduite de pas moins de 13 % d’ici à 2030, au lieu de 9 % dans les plans précédents de l’UE. Il faudra donc ajouter beaucoup d’isolation.

Ce qui est sur la table : toute une série d’investissements et une industrie de panneaux solaires pour l’UE.

  • Pour commencer, il y a les investissements classiques dans une meilleure infrastructure énergétique :
    • Les lignes à haute tension dans toute l’Europe doivent être renforcées afin que l’énergie verte puisse être transportée plus facilement entre les pays. Cette seule mesure coûtera 29 milliards d’euros.
    • En outre, de nouveaux terminaux GNL doivent être construits et des gazoducs doivent être posés pour acheminer le gaz du reste du monde. Des contrats à long terme sont déjà en cours de négociation avec les États-Unis et le Qatar pour remplacer la Russie.
    • L’UE envisage aussi de stimuler l’hydrogène vert. L’objectif est de produire 20 millions de tonnes d’hydrogène vert d’ici à 2030, dont la moitié sera importée. Il y a quelques mois, le ministre de l’Energie Tinne Van der Straeten (Verts) a pris des contacts à Oman pour importer cet hydrogène du Moyen-Orient.
    • Bien qu’il reste beaucoup plus simple et plus efficace de produire l’hydrogène à Anvers, par exemple, en utilisant l’énergie nucléaire comme source d’énergie. À Berlin, lors d’une visite aux Allemands, le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) a une nouvelle fois plaidé en faveur de la construction d’installations nucléaires « zéro déchet », de dernière génération, en Europe.
    • Le plus intéressant est de savoir comment l’UE veut organiser cette transition verte, pour atteindre 45 % de production d’énergie verte dans l’UE d’ici à 2030. Cela signifie que la capacité « verte » actuelle de 511 gigawatts doit être portée à 1.236 gigawatts d’ici huit ans.
    • En outre, d’ici 2028, le nombre de panneaux solaires ajoutés chaque jour devrait doubler. La Commission souhaite augmenter de manière significative la production propre de l’UE de panneaux, qui sont aujourd’hui en grande partie fabriqués en Chine.
  • Le Premier ministre De Croo a d’ailleurs plaidé à Berlin en faveur d’un renforcement de l’UE en matière d’énergies renouvelables, d’investissements massifs dans l’hydrogène vert et surtout de « projets plus transnationaux » : La Belgique ne dispose pas du territoire nécessaire pour produire à elle seule 45 % d’électricité verte. Les projets énergétiques menés en collaboration avec d’autres pays de l’UE, qui permettent d’exporter de l’électricité vers la Belgique, deviennent donc cruciaux.
  • D’ailleurs, l’UE reste silencieuse sur le plafonnement des prix du gaz. Le gouvernement Vivaldi en avait fait un cheval de bataille, le libéral De Croo déclarant à plusieurs reprises qu’il ne croyait plus à un marché de l’énergie fonctionnant correctement sans régulations. Pour la Belgique, il fallait que le prix soit plafonné, dans l’UE. Mais cela ne semble pas réalisable, trop d’États membres sont opposés à une intervention sur le marché.
  • Dans le même temps, l’idée d’achats collectifs pour l’UE, comme dans le cas des vaccins corona, semble également rester lettre morte. Car chaque pays de l’UE est déjà occupé à régler ses propres affaires. Par exemple, les Italiens, comme l’Allemagne, étaient un adversaire particulièrement farouche de la coupure des liens avec la Russie et de son approvisionnement en gaz. Jusqu’à ce qu’ils signent des contrats avec l’Algérie et soient assurés d’avoir un nouveau fournisseur : l’Allemagne avait soudainement un allié de moins, au sein de l’UE, avec sa ligne de conduite « plus douce » envers la Russie.

Le plus frappant : la « paperasserie » pour les éoliennes sera-t-elle radicalement réduite ?

  • L’UE se rend compte que tous ces chiffres follement ambitieux nécessitent de grands travaux d’infrastructure, alors qu’elle s’enlise de plus en plus dans un marasme de législations environnementales et une pluie de plaintes à leur sujet. C’est pourquoi l’UE souhaite alléger les formalités administratives liées à l’énergie verte : elle évoque les « procédures administratives longues et complexes » qui rendent la mise en place d’éoliennes, par exemple, trop lente.
  • Selon l’UE, la solution consiste à ce que tous les États membres désignent des zones où la construction est autorisée plus rapidement, où les règles environnementales s’appliqueraient moins strictement et, surtout, où les procédures seraient accélérées : les permis pourraient y être finalisés en un an. Ce serait révolutionnaire. Et l’UE ne pense pas seulement à des zones gigantesques en mer : elle envisage aussi des zones « proches du rail ou de la route », ou des « zones industrielles », ou encore « parkings et des toits ».
  • En même temps, un point de contact unique s’occuperait de toute la procédure d’autorisation. Et surtout : l’UE abandonnerait ses propres règles en matière d’évaluation des incidences sur l’environnement pour ces zones. Il peut être parfois nécessaire de prendre des mesures pour protéger les oiseaux et réduire les nuisances.
  • Mais dans l’ensemble, c’est un choix assez radical : tout le monde sur le pont pour accélérer la transition. Car même en dehors de ces zones spéciales, la Commission veut réduire drastiquement le délai des procédures de permis d’énergie verte : il ne devrait pas prendre plus de deux ans, avec une extension de trois mois. Actuellement, la construction d’une éolienne en Flandre prend environ 10 ans en moyenne, en raison d’un flot de procédures et très souvent de protestations locales.
  • Si l’UE fait passer ses projets, cela aura des conséquences importantes pour le niveau fédéral et surtout flamand, où les permis sont délivrés, et où le vent souffle en Belgique. Elle devra alors réorganiser l’ensemble de son système, ce qui pourrait donner un coup de fouet spectaculaire à la construction d’éoliennes.
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