Le PS est coincé entre le marteau et l’enclume

Paul Magnette – Credit : Nathan De Sutter/Isopix

Le dossier sur l’accord interprofessionnel met le Parti socialiste dans l’embarras. La Vivaldi doit trancher, car patronats et syndicats n’arrivent pas à se mettre d’accord. Mais, à gauche, le PS est mal pris.

Quand le patronat se félicite d’un accord et que les syndicats tirent à boulets rouges, c’est qu’il y a anguille sous roche. Les deux n’arrivent pas à s’entendre sur la question de la revalorisation des salaires pour les deux prochaines années. La Vivaldi, et ses divisions idéologiques, a donc dû s’en mêler.

En est ressorti un accord dans les contours sont encore flous. Pour preuve, dès le lendemain, le MR, ravi, et le PS, méfiant, n’en faisaient pas la même interprétation.

Ce qui est acquis:

  • En plus de l’indexation de 2,85 % des salaires, une marge maximale de 0,4% est négociable, comme le prévoit la loi de 1996. Le MR sourit.
  • Une prime de 500 euros sera accordée aux travailleurs des entreprises qui ont bien vécu la crise. Le PS sourit. Mais cela ne se fera pas par secteur, mais pas entreprise. Le Conseil des ministres doit désormais préciser ce qu’il entend par ‘entreprises qui ont réussi’.
  • Un accord sur la hausse du salaire minimum (qui n’a plus été augmenté depuis 2008) est une condition à l’accord tout entier. Le PS prévient.

Les socialistes tancés à gauche

Dans la presse, le MR et son président Georges-Louis Bouchez se réjouissent d’un accord ‘équilibré’ et qui prévient une détérioration de la compétitivité des entreprises. Rappelons que la Belgique a les coûts salariaux les plus élevés au monde au niveau des célibataires et des doubles revenus. Selon les libéraux et le patronat, la Belgique ne peut se permettre d’être plus généreuse, surtout en temps de crise. Rappelons aussi qu’au niveau de l’indexation, la Belgique s’en sort mieux que l’Allemagne (2,3%), les Pays-Bas et la France (2%), nos trois voisins.

Le PS et son président Paul Magnette sont beaucoup moins à l’aise. Pour preuve la menace brandie face au patronat s’il ne respecte pas l’accord gouvernemental avec une hausse du salaire minimum: ‘La hausse du salaire minimum est un combat fondamental pour les socialistes et fait partie intégrante de la proposition de cette nuit. Si les patrons refusent celle-ci, il n’y aura d’accord sur rien et ce sera la liberté totale de négociation salariale.’

On peut comprendre que le PS soit dans une position plus difficile. D’un côté il y a la FGTB, qui a annoncé très vite qu’elle faisait une ‘analyse très négative’ de l’accord politique. De l’autre côté il y a le PTB, qui n’en demandait tant. Ce jeudi à la Chambre, Raoul Hedebouw verrouillait sa cible et s’adressait directement à Pierre-Yves Dermagne, ministre socialiste du Travail, et pas aux libéraux: ‘Arrêtez de défendre cet accord. Qui est content ? Les syndicats, ils ne sont pas contents en tout cas. Du côté de la FEB, ils dansent, ils ont même fait une conférence de presse. Les libéraux, eux, ils font la fête. Comment avez-vous osé prendre cette décision ?’

Dans les faits, l’accord politique permet d’augmenter les salaires au-delà de l’indexation, prévoit une augmentation du salaire minimum, harmonise les pensions complémentaires, la question des heures supplémentaires et les fins de carrière. Pas si mal, alors que la Belgique connait sa pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mais le PS ne peut pas se permettre d’être trop conciliant avec une telle pression à sa gauche. Le PS est coincé entre le marteau et l’enclume.

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