Le plus haut gradé américain a manœuvré en secret pour éviter que Trump ne lance une frappe nucléaire sur la Chine

Dans un livre qui paraîtra très prochainement, deux journalistes du Washington Post révèlent que le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, a pris très sérieusement en considération la possibilité que Donald Trump ordonne une attaque contre la Chine. Alarmé, il est allé jusqu’à appeler lui-même Pékin en secret.

Pas encore sorti, le livre Péril, écrit par les journalistes Bob Woodward – célèbre pour avoir enquêté sur le scandale du Watergate – et Robert Costa, fait déjà grand bruit. Les deux enquêteurs y expliquent notamment toutes les démarches entreprises dans le plus grand secret par le chef d’état-major américain en vue d’éviter un conflit armé avec la Chine.

Des appels secrets à la Chine

Le général Milley a par exemple pris l’initiative de téléphoner à son homologue chinois, Li Zuocheng, pour tenter de l’apaiser. Par deux fois.

Le premier appel a été passé le 30 octobre 2020, soit quelques jours avant les élections présidentielles. A ce moment-là, le général Milley avait été informé par les services de renseignement américains que la Chine considérait une attaque américaine comme « imminente ». Les exercices militaires des Etats-Unis en mer de Chine méridionale et l’antagonisme de Trump envers Pékin laissaient présager le pire. Le chef d’état-major américain a donc décroché son téléphone.

« Général Li, vous et moi nous connaissons depuis maintenant cinq ans », a-t-il dit, selon des extraits publiés par le Washington Post. « Si nous devons attaquer, je vous appellerai à l’avance. Ce ne sera pas une surprise. »

« Général Li, je veux vous assurer que l’Etat américain est stable et que tout va bien se passer », a poursuivi le général Milley. « Nous n’allons pas vous attaquer ni mener d’opérations militaires contre vous. »

Le second appel a eu lieu le 8 janvier 2021, soit deux jours après que le Capitole a été pris d’assaut par des partisans de Trump, dans des incidents qui ont fait cinq morts. Face à la colère de celui qui était encore président américain pour une dizaine de jours, le chef d’état-major américain a tenu à rassurer une nouvelle fois son homologue chinois.

 « Tout va bien », a assuré le général Milley au général Li. « Mais la démocratie, c’est quelquefois brouillon. »

« Il est fou »

Les extraits publiés par le Washington Post indiquent également que ce deuxième appel passé par le général Milley était lié à une conversation téléphonique qu’il avait eue quelques heures plus tôt avec Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants. Celle-ci s’inquiétait que Trump et/ou ses proches n’enclenchent une frappe nucléaire sur la Chine.

« Quelles sont les précautions disponibles pour empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes de lancement et d’ordonner une frappe nucléaire ? », a demandé Mme Pelosi au général Milley.

« Il est fou. Vous savez qu’il est fou. … Il est fou et ce qu’il a fait hier est une preuve supplémentaire de sa folie », a-t-elle ajouté.

« Je suis d’accord avec vous sur tout », lui a répondu le chef d’état-major américain, lui expliquant que la chaîne de commandement nucléaire passe par « beaucoup de contrôles » pour éviter qu’un président n’en fasse un usage abusif.

Serment avec tous les officiers

Les deux journalistes du Washington Post révèlent également que peu après la victoire de Biden aux élections, le général Milley a réuni tous les officiers américains. Objectif: les convaincre de ne plus obéir aveuglément à Trump.

Lors de cette réunion, il leur a expliqué que si leur président ordonnait une frappe nucléaire, ils ne devaient pas la mettre en œuvre immédiatement. Le général Milley devait en être informé lui-même d’abord, leur a-t-il indiqué.

Le chef d’état-major américain a ensuite regardé chacun de ses adjoints dans les yeux, leur demandant de promettre qu’ils appliqueraient ce qu’ils venaient de leur dire. Il s’agissait d’un « serment », précisent les auteurs du livre.

Trump dénonce une « trahison »

Rapidement, Donald Trump a réagi aux divulgations des deux journalistes. D’après lui, si tout ce qu’ils disent est vrai, il s’agit ni plus ni moins d’une « trahison » de la part du général Milley.

« J’ai reçu tellement d’appels aujourd’hui disant que c’est de la trahison », a déclaré l’ancien président sur la chaîne de télévision Newsmax..

Plus tard dans la soirée, Trump a publié une déclaration écrite, qualifiant son ancien proche conseiller militaire de « ‘Dumbass’ General Mark Milley ». « Si les informations sont exactes, je suppose qu’il sera jugé pour trahison dans la mesure où il aura traité avec son homologue chinois dans le dos du président et dit à la Chine qu’il allait leur donner une notification d’une attaque ».

Dans la foulée, le sénateur républicain Marco Rubio a demandé au président Biden de licencier immédiatement le général Milley. « Je n’ai pas besoin de vous expliquer les dangers posés par les officiers supérieurs qui divulguent des informations classifiées sur les opérations militaires américaines, mais je vais souligner qu’une telle subversion mine la capacité du président à négocier et à tirer parti de l’un des instruments de pouvoir national de cette nation dans ses interactions avec les nations étrangères », a-t-il déclaré à Biden dans une lettre.

Péril, le livre écrit par Bob Woodward et Robert Costa, est basé sur 200 témoignages de responsables américains. Il retrace les derniers mois du mandat de Donald Trump à la tête des Etats-Unis.

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