Le pacte entre Israël et Pfizer de plus en plus critiqué: ‘Un accord louche’

Si Israël est en passe de devenir le premier pays au monde à avoir vacciné toute sa population, c’est (en partie) car l’État hébreux a passé un accord avec Pfizer. Ce deal semble parfaitement fonctionner, mais il soulève de plus en plus d’interrogations.

En ayant distribué plus de 2,3 millions de doses du vaccin Pfizer, Israël a déjà vacciné plus d’un quart de sa population. Sauf gros rebondissement, il s’agira du premier pays à être entièrement vacciné. Cette cadence infernale s’explique par plusieurs facteurs. La lutte contre la désinformation et la promesse d’un passeport vert poussent les Israéliens à vouloir se faire vacciner. Et l’organisation logistique exceptionnelle mise en place par les autorités le leur permet.

Le gouvernement israélien se tait dans toutes les langues, mais il apparaît clairement qu’Israël paie également ses vaccins au prix fort. D’après les médias locaux, l’État hébreux dépenserait au moins 50% de plus que le prix fixé par les autres pays. L’OMS, qui est théoriquement au courant, garde également le silence sur ces prix.

L’autre clé de voûte de succès concerne le pacte passé entre les autorités israéliennes et Pfizer. En échange d’informations concernant la campagne de vaccination nationale, la société pharmaceutique américaine lui fournit de nombreuses doses de son vaccin. Ce partenariat permet d’en apprendre davantage sur le produit, mais il commence aussi à susciter un nombre grandissant de critiques.

Manque de transparence

Faisant face à des questions de plus en plus insistantes, les autorités israéliennes ont rendu publique ce dimanche une version incomplète de l’accord passé avec Pfizer. Cela n’a pas permis de faire taire toutes les critiques, rapporte AP.

D’après le rapport, Israël ne partage avec la société pharmaceutique aucune donnée permettant à cette dernière d’identifier les personnes concernées. L’État hébreux lui fournit, sur une base hebdomadaire, des informations classées sous forme de groupes d’âges et de groupes démographiques. Objectif déclaré: ‘analyser les données épidémiologiques découlant du lancement du produit, afin de déterminer si l’immunité de groupe est atteinte après être rendu à un certain pourcentage de couverture vaccinale en Israël’.

Ce partenariat doit permettre de mieux comprendre comment fonctionne le vaccin de Pfizer. Un mois après le début de la campagne israélienne, des premières observations ont déjà pu être tirées. Elles sont tantôt encourageantes – une seule dose du vaccin semble (un peu) plus efficace que prévu – tantôt inquiétantes – toujours rien n’indique que les vaccinés ne peuvent plus contaminer les non-vaccinés.

Privacy Israel, un groupe de défense d’intérêts qui avait demandé davantage d’informations sur ce deal, s’est dit satisfait de la publication du rapport. Il y a ‘un peu plus’ de certitudes quant à l’accord, a-t-il indiqué. Toutefois, le groupe a déploré que certaines données manquaient toujours à l’appel. Ainsi, Privacy Israël regrette l’absence d’éléments relatifs à certaines dates clés et au nom des fonctionnaires impliqués dans le pacte.

Tehilla Shwartz Altshuler, experte en confidentialité numérique à l’Institut israélien pour la démocratie, a mis en doute l’aspect éthique de l’accord et a alerté sur le risque pour le respect de la vie privée des vaccinés, malgré l’anonymisation des données.

 ‘Si, que Dieu nous en préserve, les données sont piratées, le risque retombera sur vous’, a-t-elle déclaré à l’adresse des citoyens israéliens.

La Palestine laissée pour compte

Outre ces soucis de confidentialité, l’accord fait craindre que des doses du vaccin aient été détournées de certains pays pauvres au profit d’Israël.

 ‘Il s’agit d’un accord louche, conclu sous la table, qui préfère certains pays à d’autres sans aucune transparence’, a dénoncé Lawrence Gostin, professeur de droit de la santé mondiale à l’université de Georgetown à Washington.  ‘Au final, ce sont les pays à faible et moyen revenu qui seront laissés pour compte’.

Parmi ces populations démunies figurent les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Alors que leurs voisins israéliens se font vacciner en masse, ces derniers n’ont pas encore reçu une seule dose.

La Palestine estime qu’il est du devoir d’Israël de vacciner également ses habitants, étant donné que l’État hébreux est considéré comme une puissance occupante. Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a accusé Israël de ‘racisme’.

Le Dr Nadav Davidovitch, l’un des proches conseillers du gouvernement israélien dans la lutte contre le coronavirus, a publiquement déclaré qu’il ‘fallait vraiment’ distribuer le vaccin en Palestine et qu’il espérait que ‘cette question sera bientôt résolue’. De son côté, le ministre israélien de la Santé Yuri Edelstein a indiqué qu’Israël se penchera sur cette problématique une fois que tous ses propres citoyens seront vaccinés.

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