« Le manque de préparation prend sa revanche » : De Croo poursuit sa quête d’un grand accord, l’échéance est pour demain

« Si vous ne faites pas assez vos devoirs en été, vous en paierez inévitablement le prix. » Un observateur privilégié nous résume bien la situation, et le gouvernement De Croo l’a compris ce week-end. Pas de réunions nocturnes : « Cela ne sert à rien si vous n’êtes pas assez près de l’arrivée », explique un participant. En attendant, une dynamique intéressante se développe autour de la table : les Verts, notamment, semblent soutenir systématiquement les libéraux, y compris sur la question de la crise énergétique, au grand dam des socialistes. Qui veulent clairement démontrer « que ce n’est plus le gouvernement Michel ».

Dans l’actualité : Ce matin à 9h, Alexander De Croo (Open Vld) a de nouveau convoqué ses vice-premiers ministres.

Les détails : Il reste environ 24 heures au gouvernement. Le Premier ministre doit se rendre à la Chambre pour son discours de politique générale qui doit lancer l’année politique.

  • Pas de travail de nuit pour la Vivaldi. Samedi, les principaux ministres s’étaient déjà dispersés à 20 heures. Dimanche, il était 23h, et c’était terminé. C’est une rupture nette avec le passé : dans le gouvernement Michel, les grands accords budgétaires étaient régulièrement réglés aux premières heures, après un marathon.
  • Selon certains participants, le fait que De Croo n’utilise pas cette méthode du conclave nocturne (pour le moment) est simplement dû au fait que « l’équipe n’est pas prête » : « Nous étions tout simplement trop loin d’un accord samedi, de même que dimanche ».
  • Ce commentaire, « que trop peu de travail a été fait cet été » et « qu’il n’y a pas eu de préparation adéquate dans un certain nombre de domaines », émane de plusieurs partis. Il faut dire que l’ensemble du gouvernement s’est réuni en conseil des ministres pour la première fois depuis l’entrée en fonction de De Croo I la semaine dernière seulement. Ce manque de fonctionnement a frustré les partenaires de la coalition.
  • De Croo a également choisi de laisser la Vivaldi partir en vacances cet été sans conclave budgétaire traditionnel : c’était aussi une habitude que le Premier ministre Charles Michel (MR) avait prise. Avant que tout le monde ne parte en congé, il y avait toute une série de marchandages. Mais le Premier ministre de l’Open VLD a laissé le débat ouvert, ce qui signifie que l’équipe doit maintenant travailler dur sur le budget.
  • En tout cas, l’atmosphère à table n’a pas encore atteint un point d’ébullition, selon les personnes impliquées, c’est « plutôt chaotique » pour le moment. La théorie selon laquelle De Croo « reporterait un accord pour contrôler la communication », afin d’éviter les fuites de son discours de rentrée, mardi après-midi à la Chambre, est rejetée comme « un non-sens total » par plusieurs personnes impliquées. : « Ca ne fonctionne jamais comme ça. Il y a juste beaucoup de travail à faire, tout s’enchaîne. »

Ce qui est sur la table : le budget, la réforme du marché du travail, le secteur de l’énergie et le programme d’investissement.

  • Le Premier ministre De Croo utilise une méthode bien connue rue de la Loi : lier tous les dossiers les uns aux autres. Ce qui a provoqué par mal de mécontentement parmi les partenaires du gouvernement. Par exemple, sur le fait qu’un accord sur le projet de loi lié à l’énergie aurait pu être retiré de la table la semaine dernière. Mais ce n’était pas l’intention du Premier ministre. Il veille à ce que tout soit lié. Un tel accord permettrait de remettre toute l’équipe gouvernementale sur de bons rails, pour autant qu’elle y parvienne.
  • Aujourd’hui, le dossier de l’énergie n’est pas résolu. La question de savoir combien de temps le tarif social doit être maintenu fait toujours débat. Parallèlement, il y aura un ajustement des prélèvements fédéraux (5%) vers les droits d’accises. Mais cela ne suffit pas aux socialistes: ils veulent que le surplus intégral de l’augmentation des prix soit rendu au citoyen. Le PS pense à un « chèque énergie », « la manière dont cela est fait nous intéresse moins », dit-on du côté des socialistes flamands de Vooruit.
  • Dans le dossier de l’énergie, en particulier, il est frappant de voir comment une sorte de tandem s’est développé entre les Verts, notamment avec Petra De Sutter, la vice-première ministre de Groen, et les libéraux : ensemble, ils ont bloqué les socialistes. Cela provoque de l’agacement, car les socialistes veulent montrer « que c’est un gouvernement majoritairement de gauche ».
  • D’après les toutes dernières informations du Soir et de la DH, on pourrait se diriger vers un chèque énergie pour les plus précarisés entre 80 et 100 euros. Un double soutien avec celui de l’extension du tarif social.
  • En outre, les nombreux dossiers d’investissement sont restés sur la table tout le week-end. Il semble qu’environ un milliard d’euros d’investissements supplémentaires ait été fixé, la discussion portant principalement sur la question de savoir qui obtiendra « ses » dossiers pour leur financement. Car le tableau d’ensemble a déjà été négocié depuis un certain temps : 3,5 % du PIB doivent être investis d’ici la fin du mandat. Les socialistes n’ont donc qu’à rappeler tranquillement ce qui est acquis depuis longtemps dans l’accord de coalition.
  • Les investissements dans les transports publics ont été un point fort de la journée de samedi, sur lequel le PS en particulier a insisté : pas le choix après le théâtre sur « l’éco-socialisme «  de ces dernières semaines.
  • En ce qui concerne le budget, les taxes supplémentaires ne se limitent pas à la taxe sur les compte-titres, inscrite depuis longtemps à l’agenda. Il pourrait aussi s’agir, selon La Libre, d’une accise supérieure sur le tabac, une taxe sur les billets d’avion pour les trajets de moins de 500 km ou encore l’exploitation du diesel professionnel. Il semble que l’effort budgétaire total soit d’un peu plus de 2 milliards d’euros, bien qu’il n’y ait toujours pas d’accord ce matin. La lutte contre la fraude fiscale devrait être, une fois de plus, intensifiée.
  • La principale pierre d’achoppement reste les réformes du marché du travail. Là, les socialistes n’ont vraiment pas envie d’accepter des mesures qui rappellent trop le précédent gouvernement de centre-droit. Ainsi, alors que les libéraux prônent une plus grande flexibilité pour le travail de nuit et les métiers en pénurie, le PS doit surtout regarder dans le rétroviseur et voir si les syndicats peuvent suivre sur ces questions. La pression du PTB reste immense.
  • Il semble que, tant pour le marché du travail que pour la lutte contre les chômeurs/malades de longue durée, il y aura peu de recours à des mesures « négatives » ou punitives. Le PS veut privilégier la carotte plutôt que le bâton.

Intéressant à suivre : Les présidents des partis planent toujours au-dessus des négociations comme des belles-mères, mais sans faire de dégâts cette fois-ci.

  • L’apparition dans les médias du président du CD&V, Joachim Coens, a été observée avec une certaine surprise dimanche : lui aussi a soudainement plaidé pour un « chèque hiver », une intervention de l’Etat ponctuelle comme le suggère le PS. « Très original », a été le commentaire plutôt cynique au sein de Vivaldi.
  • Coens n’est d’ailleurs pas le seul président de la Vivaldi à s’être montré dans les médias ce week-end. Paul Magnette (PS), par exemple, était présent dans De Zevende Dag (VRT), où il a une fois de plus explicitement mis sur la table la lutte contre la fraude fiscale, comme source de revenus potentiels supplémentaires pour le gouvernement. Le président du PS a parlé de « plusieurs milliards ».
  • Les deux présidents n’ont donc pas suivi l’appel de leur collègue Egbert Lachaert, qui demandait « dix jours de sérieux » la semaine dernière, afin que la Vivaldi puisse travailler en toute sérénité. Il n’est pas surprenant que Lachaert n’ait pas non plus suivi son propre appel : vendredi soir, quelques jours après sa réprimande à ses partenaires de coalition, il s’est rendu directement dans les studios de la VRT pour De Afspraak op vrijdag afin de délivrer son message politique comme les autres. Les souvenirs sont parfois courts rue de la Loi.
  • Pourtant, il n’y a pas eu de véritables déclarations de guerre de la part des présidents de parti. Ou du moins, pas sur les dossiers qui étaient sur la table du gouvernement. Il s’agissait plutôt d’une nouvelle guéguerre sur la sortie du nucléaire.
  • Car Bouchez, bien sûr, s’est aussi rendu dans les studios TV ce week-end. Mais il s’agissait surtout du grand débat du week-end, à savoir le climat. Dimanche, une manifestation pour le climat de 25 000 participants – 50 000 selon les organisateurs – est passée par Bruxelles. Sur RTL-TVi, Bouchez a plaidé avec force pour que les centrales nucléaires restent ouvertes au-delà de 2025.
  • Au même moment, de nombreux présidents de partis de la Vivaldi – Groen, Ecolo, PS et Vooruit – manifestaient. En soulevant une certaine interrogation : manifester à l’encontre de leur propre politique est-il contradictoire ? Après tout, les manifestants ont appelé à « l’abolition (à court terme et avec des mesures d’accompagnement) des subventions aux énergies fossiles ». Mais avec les nouvelles centrales à gaz, les partis présents font exactement le contraire.
  • La ministre du climat Zakia Khattabi (Ecolo) s’est montrée assez raisonnable que pour ne pas aller manifester elle-même, « laissant cela à ses collègues de parti », a-t-elle tweeté. Mais c’était frappant : avec Karine Lalieux (PS) et Meryame Kitir (Vooruit), d’autres ministres du gouvernement fédéral ont rejoint la manifestation.
  • De même que Paul Magnette, qui en a rajouté une couche, devant les caméras de télévision: « Je n’ai pas vu Bouchez ici, mais il est temps que le changement climatique ne soit pas seulement un problème de gauche. Il est temps que le MR se réveille et prenne conscience de la gravité de la situation climatique. »
  • Bouchez n’en attendait pas temps et en a profité pour lâcher un tacle appuyé : « Nous savons ce que nous avons à faire. Nous ne descendons pas dans la rue, nous agissons. Que pense le PS de la sortie du nucléaire, avec 13 millions de tonnes de CO2 par an ? Allons-nous éviter cette erreur pour le climat ? »
  • Pour l’instant, il ne s’agit que d’escarmouches marginales, de positionnement politique : au sein du gouvernement, le chapitre du climat a déjà été plus ou moins clos.

Étonnant : ce matin, Groen et Ecolo ont accueilli des invités-surprises.

  • Ce matin, le tout nouveau siège des Verts, qu’Ecolo et Groen partagent depuis plusieurs semaines, a reçu des visiteurs inattendus. Il s’agissait d’une action d’occupation menée par Tegengas (Contre le gaz), des militants radicaux pour le climat qui prolongeaient la manifestation d’hier.
  • Ces militants ne demandent rien de moins que l’annulation des projets du gouvernement de construire de nouvelles centrales à gaz, pour compenser la fermeture de sept centrales nucléaires belges.
  • Ces centrales au gaz sont controversées, car elles émettront manifestement du CO2, ce que l’énergie nucléaire ne fait pas. Mais les Verts maintiennent qu’elles sont nécessaires, car ils font campagne depuis des années pour la fermeture du parc nucléaire. C’est devenu un véritable symbole pour eux. Ils ne peuvent plus reculer.
  • L’explication des Verts est la suivante: ces centrales à gaz sont un moindre mal pour une période transitoire, mais avant-tout le résultat de 20 ans du manque d’actions en faveur du développement du renouvelable.
  • Cette occupation intervient évidemment à un moment délicat pour les Verts. Un jour après que les dirigeants de Groen et Ecolo aient rejoint la manifestation pour le climat.

La vue d’ensemble : personne ne s’attend à ce que l’accord global capote.

  • Il y a de fortes chances que les principaux ministres jouent cette fois les prolongations cette nuit : beaucoup de dossiers sont encore indécis. Mais tout le monde s’attend à ce que la coalition Vivaldi fasse jaillir la fumée blanche.
  • La seule chose qui pourrait bloquer l’ensemble serait de braquer le PS qui est clairement le parti avec le plus d’exigences. Le fait que les Verts flamands soutiennent l’Open Vld du Premier ministre ne fait aucune différence : les socialistes restent la plus grande famille du gouvernement et voudront en avoir pour leur argent.
  • Dans le même temps, l’atmosphère de guerre entre libéraux et socialistes, qui prévalait il y a quelques semaines, s’est quelque peu évaporée entre-temps. Et jusqu’à nouvel ordre, tout le monde continue de louer le vice-premier ministre Pierre-Yves Dermagne (PS) pour son comportement maîtrisé et raisonnable : ce n’est pas un homme avec lequel il faut systématiquement se disputer.
  • C’est d’ailleurs le cas de nombreux membres de la table du Kern : Frank Vandenbroucke (Vooruit), Vincent Van Peteghem (CD&V) et Petra De Sutter (Groen) sont autant de personnalités qui évitent les coups de théâtre à la table et préfèrent négocier rationnellement. La Vivaldi n’est certainement pas un gouvernement des décibels, comme c’était le cas à l’époque arc-en-ciel de Guy Verhofstadt (Open Vld).
  • Demain, il appartiendra donc au Premier ministre Alexander De Croo d’aborder la nouvelle ère, post-Corona, avec enthousiasme et le plus de force possible pour son gouvernement. Et de trouver un second souffle après les disputes de l’été et du mois de septembre.

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