Paul Magnette lance la rentrée académique à l’université de Gand et fait un nouveau plaidoyer écologique

Le président du PS, Paul Magnette, s’inspire largement de son « écosocialisme », qui sonne assez révolutionnaire : « Nous, les politiciens, semblons paralysés, immobiles, condamnés à de petits changements à la marge. Alors que nous devrions faciliter des changements radicaux. » En même temps, il remet sur la table sa proposition de rendre les transports publics gratuits. Du moins pour les jeunes et les plus de 65 ans. « Cela ne coûterait que 150 millions », a-t-il calculé. Et il n’oublie pas de faire de la politique : « C’est déjà le cas à Bruxelles. Avec presque la même coalition fédérale à l’exception d’un parti. » Le PS met de cette manière un trophée en avant pour les prochaines discussions budgétaires.

Dans l’actualité : A Gand, Paul Magnette (PS) vole la vedette.

Les détails : Le président du PS met sur la table ses ambitions pour les années à venir. Et elles sont très « vertes ».

  • « Aujourd’hui, j’ai cinquante ans et j’ai quelques cheveux gris », se remémore-t-il après son précédent passage à l’UGent, il y a dix ans, alors qu’il avait quarante ans. « Cinquante ans, c’est une étape importante dans la vie. Cet été, je me suis donc posé quelques questions. Qu’est-ce que je voudrais encore réaliser en politique, qu’est-ce que j’attends encore de ma carrière ? En fait, c’est la même chose qu’il y a dix ans, peut-être que je suis juste plus concerné et motivé », a commencé un Magnette presque philosophe.
  • Après une longue introduction de Carl Devos, le célèbre professeur gantois qui, chaque année, parvient à attirer l’homme ou la femme politique du moment pour sa conférence d’ouverture, Magnette s’en est sorti habilement. Car dans son introduction, Devos a fermement fait référence au communautaire, et en particulier à la N-VA, « qui nourrit de grands espoirs à votre égard ». Ce faisant, il a cité Augustin : « L’espoir a deux belles filles, la colère et le courage. La colère contre les choses telles qu’elles sont et le courage de croire qu’elles ne resteront pas telles qu’elles sont. »
  • Magnette a entièrement adapté cette citation à son agenda : elle ne concernait qu’un seul sujet, le climat. Car, comme l’a révélé le discours du président du PS, c’est à cela qu’il veut consacrer l’essentiel du reste de sa carrière.
  • « Si nous ne le faisons pas, le nombre de catastrophes naturelles augmentera, rendant le monde invivable », a-t-il déclaré avec ferveur. Une écologie qui fait parfaitement le lien avec le volet socialiste : « Derrière cette question écologique, il y a une question sociale », a-t-il dit, rappelant son éternel combat contre l’injustice sociale, qui se poursuit sans relâche.

En résumé: Magnette ne recule pas sur la gratuité des transports publics. Ou du moins pas beaucoup.

  • Le sujet du discours de M. Magnette n’est pas surprenant : deux week-ends plus tôt, il y a donné son congrès sur « l’écosocialisme », au cours duquel il a attaqué le core busines d’un grand rival en Belgique francophone: les Verts.
  • Magnette a mis sur la table tout un tas de propositions, dont une très concrète : rendre les transports publics gratuits. Cette proposition a été immédiatement rejetée de toutes parts, non seulement par les libéraux, mais aussi par les Verts qui « préfèrent se concentrer sur une meilleure offre de transports publics plus ponctuels que sur la gratuité ».
  • À Gand, il a persévéré : « Nous voyons que cela fonctionne. Comme ils l’ont fait au Luxembourg, ou dans plusieurs régions de France, ou à Tallinn en Estonie. »
  • Mais en même temps, il a nuancé sa proposition : il veut la gratuité pour les plus de 65 ans et les moins de 25 ans. Tout en estimant son coût : 150 millions.
  • Magnette a aussi fait de la politique : « Si cela peut se faire à Bruxelles, alors cela devrait également être possible au niveau fédéral », a-t-il avancé, notant laconiquement que « le gouvernement bruxellois avec ses six partis est presque le même que le gouvernement fédéral avec sept ».
  • Cette coalition bruxelloise, dont fait partie l’Open Vld, a effectivement inclus la « gratuité des transports publics » dans son accord de coalition en 2019. Elle concerne les jeunes de moins de 25 ans, à un tarif quasi gratuit de 12 euros par an, contre près de 500 euros par an pour un abonnement régulier. Cette mesure coûtera à Bruxelles 17 millions d’euros par an.
  • « Nous devons prendre des mesures urgentes, arrêter de lambiner et réaliser un véritable électrochoc. Nous devons améliorer la vie de tous les citoyens et obtenir des résultats visibles », a prévenu M. Magnette, presque comme un signal pour les négociations budgétaires en cours, dans lesquelles le gouvernement fédéral se chamaille actuellement sur les nouvelles recettes et dépenses.

La vue d’ensemble : Magnette voit grand, pour tout financer.

  • « Qui va payer pour ça ? C’est une question importante, et je ne veux pas tourner autour du pot. Parce qu’il est parfaitement finançable, et que nous devons agir au niveau européen. Une étude de la Cour des comptes européenne indique que cette transition verte coûtera 11.200 milliards d’euros, soit huit fois le budget actuel de l’Union européenne. Mais les moyens existent », a expliqué Magnette avec enthousiasme.
  • Il a présenté un discours qui n’est pas nouveau, mais encore peu concret. Le calcul semble plutôt utopique :
    • Une taxe sur les transactions financières internationales, une taxe sur le carbone et une taxe sur les sociétés multinationales pourraient rapporter 1 436 milliards par an, selon Magnette.
    • « Et si nous atteignons 100 % d’énergies renouvelables, que nous cessons d’importer et qu’il n’y a plus de subventions, cela représente 400 milliards supplémentaires par an. »
    • « En plus, il y a l’argent créé par les banques centrales européennes », 500 milliards par an. C’est ce que Magnette souhaite « investir dans une économie verte ».
    • Enfin, il faut aussi un « accord sur un impôt minimum mondial », avance-t-il.

A noter : Magnette plaide également pour un « renouveau politique ».

  • Dans ses ambitions pour les années à venir, Magnette a mis en avant une autre priorité : redonner du sens à la politique. « Parce que je dois avouer que je suis inquiet pour la démocratie. Si les jeunes perdent confiance dans la démocratie, c’est parce qu’ils n’ont plus l’espoir que les hommes politiques puissent changer quoi que ce soit. »
  • « Nous, les politiciens, semblons paralysés, immobiles, condamnés à de petits changements à la marge. Alors que nous devrions faciliter un changement radical. »
  • Plus précisément, Magnette veut une circonscription fédérale, pour ne citer qu’un élément. C’est un vieux plaidoyer pour faire mieux fonctionner la démocratie belge. Cela sonne bien dans un auditoire, mais cela n’a jamais été sérieusement mis sur la table dans les négociations communautaires.
  • Plus intéressante est sa proposition de restreindre sérieusement, voire d’interdire, la présence des hommes politiques sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook. Cela s’inscrit dans le cadre d’une lutte contre le PTB, qui dépense des sommes considérables sur la plateforme américaine pour attaquer le PS. Hier, lorsque Facebook était en panne, le compte Twitter du PS a même trollé le PTB, en disant que « le modèle économique du PTB était en panne ».
  • Il y a enfin eu un plaidoyer pour plus de démocratie citoyenne et moins de cumuls pour les mandataires.

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