Nouvelle échéance pour la Vivaldi ce week-end : la réforme du marché du travail est et reste un sujet brûlant, avec les éternelles querelles du MR et du PS

Dans les couloirs, on dit qu’une fumée blanche doit apparaître à la fenêtre du budget ce week-end. Cette tâche est loi d’être insurmontable, la Commission européenne n’exerçant pratiquement aucune pression. Dans le même temps, le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) veut montrer que son équipe est capable de « réformer », et c’est pourquoi quelques gros dossiers, notamment celui du marché du travail, sont de nouveau sur la table. Pour les malades de longue durée, le vice-premier ministre Frank Vandenbroucke (Vooruit) semble lui aussi vouloir en faire plus. Mais pour tous ces dossiers, rien ne sera simple, tout simplement parce que le MR et le PS ne sont d’accord sur rien.

Dans l’actualité : Le président du MR Georges-Louis Bouchez lance, à nouveau, sa proposition de retirer les allocations aux chômeurs de longue durée qui refusent un emploi. Et la vice-première ministre Sophie Wilmès (MR) suit et met officiellement cette question sur la table du gouvernement.

Les détails : Le PS réagit furieusement : « Cela en dit long sur l’état d’esprit du MR et de la nécessité de nos combats. »

  • Pas de discussions budgétaires aujourd’hui, car le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) est au sommet de l’UE en Slovénie. L’Union européenne y réfléchit à sa « position stratégique dans le monde ». Surtout après le rejet des Australiens, qui ont préféré les sous-marins américains aux sous-marins français. Certaines blessures doivent être pansées.
  • Dans le même temps, un certain nombre de pays des Balkans reçoivent de mauvaises nouvelles. L’adhésion à l’UE de la Serbie, du Monténégro, de la Bosnie-Herzégovine, du Kosovo, de la Macédoine du Nord, sans parler de l’Albanie, n’est pas pour demain : toute une série de problèmes – de la corruption à la non-reconnaissance mutuelle des pays concernés – sont loin d’être résolus.
  • Mais c’est finalement un autre thème qui domine réellement le sommet de l’UE : la crise énergétique. En Belgique, l’organisme de surveillance CREG a calculé que la crise coûtera plus de 700 euros annuellement par famille en moyenne. Mais les calculs ont été basés sur les chiffres de septembre. Rien qu’entre hier et aujourd’hui, le TTF-Future néerlandais, prix de référence pour le gaz naturel, a pris 20%, atteignant le montant de 161 euros le MWh. Autrement dit, la facture pourrait être encore beaucoup plus lourde.
  • Pire encore, cette fièvre énergétique fera grimper l’inflation. Pour l’ensemble de l’UE, on se dirige vers 4 % : une situation sans précédent, surtout lorsque la Banque centrale européenne maintient des taux d’intérêt extrêmement bas depuis deux ans, juste pour sortir de la crise économique. Mais des taux d’intérêt hyper bas combinés à une inflation élevée constituent un dangereux cocktail macroéconomique que le Japon connaît bien. Là-bas, il a fallu dix ans pour se sortir d’une telle situation.
  • Pour la Belgique spécifiquement, cette inflation est encore une pire nouvelle : l’indice pivot est dépassé beaucoup plus rapidement que prévu. En l’espace de six mois, les salaires des fonctionnaires et toutes les prestations augmenteront pour la deuxième fois de 2 % : et cela aura un fort impact sur le trésor public. La 2e indexation aura lieu en février 2022. Les salaires des employés privés ne suivent pas partout le même rythme, mais là aussi le mécanisme de l’indice s’applique, et le coût sera répercuté sur les entreprises belges.
  • L’énergie figure sur toutes les bouches au sommet de l’UE, mais de manière plus informelle. L’Espagne et la France insistent sur une « action européenne« , mais il n’y a pas de consensus sur ce qu’il faut faire exactement. La Belgique ne joue pas un rôle de premier plan dans ce dossier.
  • Selon les observateurs, le principal danger est que le Green Deal très ambitieux de la Commission soit mis sous pression : la transition énergétique telle qu’annoncée par la Commission coûtera beaucoup d’argent. Tous les États membres sont-ils prêts à s’y plier, si leurs électeurs se plaignent entre-temps de l’explosion de la facture énergétique ?
  • Ce qui n’est pas remis en question, ce sont les chiffres du budget des États membres. La Commission européenne n’a manifestement pas l’intention d’inciter les pays de la zone euro à remettre de l’ordre dans leurs chiffres budgétaires. Le seuil de 3 % de déficit public par rapport au PIB a été abandonné depuis longtemps, et ne sera plus en vue pour de nombreux États membres de la zone euro. Ce n’est qu’en 2023 que la suspension de ces règles prendra fin. Les fameux critères de Maastricht.
  • La question est de savoir ce qui se passera après 2023. Hier, le commissaire européen à l’Économie Poalo Gentiloni a annoncé que le 19 octobre, la Commission entamera le processus officiel d’élaboration d’un nouveau cadre budgétaire pour la zone euro. Cela doit être fait rapidement, car en 2023, de nouvelles règles devront de toute façon être mises en place.
  • Sans anticiper, le socialiste italien a déjà mis à nu les difficultés évidentes : en particulier, le plafond de la dette, officiellement fixé à 60 % du PIB pour les pays de la zone euro, n’est plus envisageable. Pour presque tous les pays du « club Med » (France, Grèce, Italie, Espagne, Portugal et Belgique), il s’agit depuis des années d’une norme utopique. Il est maintenant presque certain qu’elle sera supprimée.
  • La norme de 3 % de déficit sera une question plus sensible : sera-t-elle retenue comme déficit maximal ? La Belgique reste très discrète dans la discussion : il n’y a certainement pas de consensus au sein du gouvernement Vivaldi. Mais le PS s’est déjà prononcé ouvertement en faveur d’un assouplissement de ces normes, et travaille d’arrache-pied sur ce dossier avec Thomas Dermine (PS), le secrétaire d’État à la Relance.
  • Parce que cette discussion est infiniment plus importante qu’un conclave budgétaire où l’on discute pour savoir s’il s’agit de 1 ou 2 milliards d’euros d' »interventions » dans le budget : elle fixe la carcasse budgétaire de tous les pays de la zone euro, y compris la Belgique, pour les années à venir.

Pendant ce temps en Belgique : De retour au pays, le Premier ministre De Croo a encore un agenda chargé qui l’attend dès demain.

  • Mardi, le discours sur l’état de l’Union sera prononcé par le chef de gouvernement. En toute logique, la date limite pour les discussions sur le budget se situe donc à ce week-end. Des sources au sein de l’équipe nous le confirment. On sait depuis un certain temps qu’un budget sera non seulement présenté, mais aussi les « réformes » attendues. Cela comprend la relance, mais aussi la « numérisation », un sujet qui a à peu près autant de crédibilité politique que son secrétaire d’État compétent. Le thème du « travail » est beaucoup plus significatif.
  • Une lueur d’espoir a filtré dans Het Laatste Nieuws cette semaine, à savoir que « le tandem De Croo-Vandenbroucke » serait rétabli pour tirer la coalition vers le haut. C’est une lecture optimiste des faits. Dans le camp socialiste, en off, on émet aussi de fortes réserves quant à l’approche hésitante du Premier ministre.
  • Cependant, le vice-premier ministre socialiste détient une clé très importante pour atteindre le taux d’emploi souhaité de 80 % de la population active. Car en tant que ministre de la Santé, il est responsable des malades de longue durée en Belgique.
  • L’année dernière, ce ne sont pas moins de 460.000 personnes qui étaient comptées sous ce statut : en Flandre, il y a plus de personnes à domicile dans ce système que de chômeurs. Une étude de Randstad a montré que le score européen de la Belgique est médiocre : seuls les Pays-Bas et le Danemark comptent plus de personnes en congé de maladie de longue durée. De plus, le chiffre augmente de manière explosive et, là aussi, la Belgique fait partie du groupe de tête européen.
  • L’étude a mis en évidence un certain nombre de raisons sous-jacentes évidentes :
    • Il y a trop peu de contrôles appropriés pour savoir si quelqu’un peut vraiment travailler ou non.
    • Les médecins prescrivent trop facilement de longs congés.
    • Les employeurs n’ont plus à payer les salaires au bout d’un mois et ne sont donc pas motivés à faire quoi que ce soit.
    • Les caisses d’assurance maladie et les syndicats ne sont pas non plus incités à faire quoi que ce soit.
  • Le gouvernement flamand est certainement frustré par cette situation : il avait espéré que Vandenbroucke ferait quelque chose plus tôt. Le vice-premier ministre a annoncé vouloir remettre en selle quelque 4.500 personnes en capacité de travailler, au moins partiellement, mais cela semble loin d’être suffisant.
  • La discussion essentielle est la suivante : outre une carotte (avec un meilleur encadrement), existe-t-il aussi un bâton (des sanctions en cas de refus) ? Cette discussion n’est pas nouvelle : même le gouvernement suédois Michel I, pourtant de centre-droit, n’était pas prêt à aller aussi loin.
  • Aujourd’hui, le PS met un frein, mais Vandenbroucke serait d’accord pour une politique plus stricte.
  • En échange, le paquet de mesures comprend la suppression du certificat médical de courte durée (1 à 3 jours) : une demande de longue date des médecins, qui perdent un temps fou avec ces patients peu touchés. Cela coûte du temps et de l’argent. Mais cette perspective d’un monde sans certificat médical n’enchante guère les employeurs.
  • Sur ce dossier, le PS et Vooruit ne sont pas tout à fait sur la même longueur d’onde, pour le plus grand plaisir des libéraux, qui parlent à nouveau du « tandem » formé par De Croo et Vandenbroucke. Mais le chemin est de toute façon encore très long pour cette épineuse réforme du travail : 35 points sont à éclaircir.
  • Ce matin, La Dernière Heure confirme que Sophie Wilmès, la vice-première ministre MR, a, au nom de son parti, mis sur la table du gouvernement une proposition claire de son président Georges-Louis Bouchez : « Les chômeurs de longue durée qui ne veulent pas accepter un emploi d’appoint doivent être sanctionnés ». La veille, Bouchez tapait toujours sur le même clou dans la matinale de Bel RTL.
  • Ce qui a poussé le PS à lancer un tweet féroce ce matin : « Nous nous opposons évidemment à cette proposition. Les recettes libérales ne fonctionnent pas, et stigmatisent les gens. C’est une drôle de façon de ‘prendre soin’ de nos citoyens ». Et le président du PS de renchérir en live sur Twitch, comme il en a désormais l’habitude.

Pas à l’ordre du jour : La discussion sur l’énergie.

  • En dehors de cela, bien sûr, une solution à la question de l’énergie doit également sortir du conclave. Les partenaires gouvernementaux ont été quelque peu frustrés par le fait que le Premier ministre De Croo ne décide pas et reporte la question. Mais le Premier ministre préfère un package global, pour lier les dossiers : un vieux truc dans la politique belge.
  • Que cette méthode conduise aux meilleures solutions ou aux plus élégantes, c’est toute la question. Dans ce contexte, l’ancien député Hendrik Vuye a cité à juste titre une belle citation de l’ancien Premier ministre Gaston Eyskens : « Un dromadaire est un cheval qui a franchi le Conseil des ministres ».
  • Concrètement, le PS réclame un chèque énergie de 100 euros par famille, mais cela semble irréalisable. Tout comme la baisse de la TVA, qui coûterait 1 milliard d’euros. Il semble que l’extension du tarif social soit par contre acquise. Mais ce n’est pas suffisant pour la gauche. La question est de savoir si la solution via la réforme des droits d’accises, que Groen et CD&V préconisent, est suffisante.

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