Le chef d’état-major Hofman soutient De Croo au sujet du budget de la défense, tandis que l’Open Vld et le MR font le forcing à la Chambre

« La Belgique a augmenté ses dépenses militaires, et continuera à le faire », a déclaré hier soir le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) lors d’un débat à Davos, où il se sent comme un poisson dans l’eau. Le Premier ministre s’est montré sûr de son fait, parce qu’à côté de lui, dans ce panel, se trouvait le patron de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Le Norvégien suit de près le débat sur la défense en Belgique. Ce matin, le chef d’état-major des armées, l’amiral Michel Hofman, est venu apporter son soutien au Premier ministre : « Si vous voulez regagner de la crédibilité au sein de l’OTAN, vous devez disposer d’un appareil opérationnel prêt à être déployé », a-t-il déclaré. La discussion continue donc à bouillonner au sein de Vivaldi. La N-VA, mais aussi le MR, au pouvoir, déposent aujourd’hui une résolution à la Chambre, afin que chaque parti donne sa propre opinion sur les fameux 2 % de PIB.

Dans l’actualité : « Une grave erreur », c’est ainsi que le vice-président de l’Open Vld, Jasper Pillen, qualifie le raisonnement de la vice-première ministre verte Petra De Sutter.

Les détails : De Sutter a tenté de calmer le jeu, également depuis Davos : « Un accord serait possible dans le cadre de la Vivaldi », mais « 2 % n’est probablement pas totalement nécessaire, si nous dépensions mieux les ressources ».

  • Si pour la vice-première ministre De Sutter, c’est une première à Davos, au Forum économique mondial, le Premier ministre De Croo se sent lui parfaitement à l’aise : les plus grands économistes, les PDG et l’ensemble de la politique internationale sont réunis dans ce petit village suisse. C’est tout à fait dans les cordes du Premier ministre, qui est devenu temporairement ministre des Affaires étrangères.
  • Hier, il y avait un événement « belge » autour de l’IMEC, qui fournit des technologies pour les soins de santé. Les politiciens belges pouvaient s’y asseoir fièrement. Le soir, il y a eu un moment informel pour la délégation belge dans le hall de l’hôtel, autour du Premier ministre : donnez-lui une scène internationale, et il conquiert l’espace sans hésitation.
  • Dans l’après-midi, il a participé à une table ronde sur la sécurité en Europe, avec, entre autres, la ministre néerlandaise de la Défense Kasja Ollongren, le haut fonctionnaire ukrainien Andriy Yermak et, surtout, Jens Stoltenberg. Le patron de l’OTAN suit de près les discussions en Belgique avant le sommet de l’OTAN à Madrid : la Belgique allait-elle enfin faire des promesses fermes pour respecter la norme de l’alliance consistant à consacrer 2 % du PIB à la défense ?
  • De Croo savait exactement quelle ligne adopter, avec Stoltenberg tout près de lui : « La Belgique a augmenté ses dépenses militaires et continuera à le faire », a-t-il déclaré diplomatiquement, sans faire de promesses fermes. Il a immédiatement détourné l’attention : son cheval de bataille – la coopération européenne en matière de défense – a été relancé.
    • « L’Europe s’est réveillée après une période de naïveté », a déclaré M. De Croo, parlant d’un « réveil ».
    • « Nous réfléchissons désormais de manière collective. Cela signifie investir un peu plus dans la sécurité, mais aussi adopter une approche plus coordonnée et moins fragmentée. »
    • « Si nous investissons davantage dans la cybersécurité, cela devrait également profiter à nos entreprises et à nos citoyens. » Ainsi, il a réitéré son plaidoyer « pour une industrie européenne de la défense ».
  • Le plus frappant : De Croo a plaidé pour une « vision plus large » de la sécurité, qui ne devrait pas seulement inclure la défense pure. Cela correspond au discours que De Sutter a tenu à Davos. Les Verts veulent une « histoire plus large » que la simple défense en matière de sécurité. Ils veulent également inclure l’indépendance énergétique et les défis climatiques tels que les inondations.
  • C’est peut-être là l’ébauche d’un compromis : que met exactement le gouvernement fédéral sous les fameux 2 % de « dépenses de la défense », inclut-il des ressources pour lutter contre les catastrophes naturelles, par exemple ?
  • Après tout, la défense est un sujet sensible pour les écologistes. Après la prolongation du nucléaire, c’est une nouvelle pillule à avaler pour certains de leurs électeurs. Les racines pacifistes du parti les mettent en position délicate dans ce dossier. D’où la sortie conjointe la semaine dernière de Jean-Marc Nollet et Meyrem Almaci pour tenter de calmer le jeu. La guerre en Ukraine ne peut pas tout justifier.

L’essentiel : les libéraux font vibrer les tambours de guerre au sein de la coalition.

  • Alors qu’à Davos, le Premier ministre a tenté de maintenir autant que possible l’équilibre diplomatique, tant au sein de l’OTAN que de sa coalition, son collègue de parti et vice-président de l’Open Vld, Jasper Pillen, n’a pas freiné des quatre fers, bien au contraire. Pillen est le spécialiste de la défense des libéraux flamands et est considéré comme un défenseur absolu de l’armée.
  • Le fait que De Sutter ait suggéré depuis Davos que la « coopération européenne », dont le Premier ministre est si friand, pourrait également être la solution au problème, n’a pas plu à M. Pillen. « Si nous dépensons mieux les ressources actuelles, nous n’aurons probablement même pas besoin de ces 2 % », a déclaré De Sutter à VTM.
  • « Un sérieux sophisme », a répliqué Pillen à la vice-première ministre écologistes. « En prenant du retard sur nos partenaires européens, nous compromettons la coopération », a-t-il déclaré. Le raisonnement est qu’en réalité, après des années de sous-investissement dans la défense, les 2 % ne suffisent pas à la Belgique pour combler l’écart avec d’autres pays européens, tels que les Pays-Bas et la France, pays partenaires. Si la Belgique accuse déjà un énorme retard et que les autres pays accélèrent (les Pays-Bas en 2024 sont déjà à 1,9 %, la Belgique dans les plans passerait à 2 % en 2035), l’écart ne fait que se creuser.
  • Et regardez, le MR fait aussi le forcing. Ce matin, au sein de la commission parlementaire de la défense, la discussion sur les 2 % de dépenses était en fait le seul point majeur à l’ordre du jour. Il n’est pas surprenant que la N-VA, le plus grand parti d’opposition, dépose une résolution : le parti de Theo Franken, désormais spécialiste maison sur la question, veut que les 2 % soient la norme. Le parti offre ainsi une majorité alternative aux libéraux, ce qui met la pression sur les Verts.
  • Ce genre de scénario est totalement exclu, mais il est tout de même frappant que le MR lui-même dépose une résolution similaire, afin d’atteindre les 2%. Le libéraux francophones mettent eux aussi leur partenaire sous pression. Cela ne mènera sans doute à rien, si ce n’est que chaque partenaire devra se positionner en matière de défense et montrer sa couleur. Mais Denis Ducarme, l’auteur de la résolution, est depuis longtemps un élément incontrôlé du groupe parlementaire MR. Et son amour pour les Verts est inexistant.
  • Avec Pillen et Ducarme sur le sentier de la guerre, il ne sera pas facile pour le Premier ministre d’aller à Madrid sans perdre la face. Que ce soit du côté de l’aile libérale ou l’aile écologiste de la majorité, il y aura probablement un déçu. D’ailleurs, il faut le dire : les autres sont un peu moins loquaces dans la discussion, mais il est certain que le PS ne saisit pas cette occasion pour fournir des fonds supplémentaires à la Défense. Ce qui est plus étonnant, c’est que les socialistes flamands du parti Vooruit sont enclins à se rapprocher des 2%, comme on peut l’entendre au sein du gouvernement.

Un soutien bienvenu pour le Premier ministre : Le chef d’état-major de l’armée, l’amiral Hofman, s’exprime aussi clairement qu’il le peut.

  • Les hauts responsables de la Défense n’ont pas l’habitude de s’impliquer dans des discussions politiques. Mais les enjeux pour l’armée sont immenses, comme le sait le chef d’état-major, ou CHOD dans le jargon militaire, l’amiral Michel Hofman. L’élan est là, pour créer beaucoup plus de marge de manoeuvre dans son département.
  • Ainsi, ce matin sur Radio 1, il s’est montré remarquablement franc : une seule fois durant toute l’interview, il a déclaré « que le budget supplémentaire et surtout le délai pour y parvenir sont en fin de compte une décision politique bien sûr », mais à ajouter immédiatement « que cela nous permettrait évidemment d’accélérer nos efforts ».
  • Pour Hofman, c’est clair : le plan actuel de la ministre Ludivine Dedonder (PS), le plan STAR, « doit être pleinement mis en œuvre ». Cela permettra de porter le budget à 1,54 % du PIB. « Mais dans notre esprit, il a toujours été nécessaire de faire un pas de plus, pour améliorer notre situation. Les besoins sont nombreux », a déclaré M. Hofman.
  • « Si vous voulez devenir un partenaire crédible au sein de l’OTAN, et c’est plus nécessaire que jamais, vous devez vous assurer que vous disposez d’un appareil opérationnel prêt à être déployé dans toutes sortes de domaines », a déclaré M. Hofman. « Il ne s’agit pas seulement d’être un bon élève, mais d’être capable d’assurer la sécurité avec nos partenaires. Il en va de la crédibilité de notre pays, au sein de cette organisation. »
  • Porter le budget de la défense à 2% pourrait coûter plus d’une dizaine de milliards d’euros. Dans une précédente déclaration au journal Le Soir, Hofman avait déjà fait part de sa volonté d’accroitre ce budget:  « Si nous voulons vraiment être prêts à tout, dans tous les domaines, nous n’avons pas besoin de 2%, mais de 4% pour notre armée. »
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