La Vivaldi donne un milliard supplémentaire à la Défense : De Croo peut annoncer de bonnes nouvelles au sommet de l’OTAN, mais un PIB de 2 % signifierait 2 milliards supplémentaires… chaque année

La Belgique continue de renforcer son armée : hier, le kern a accepté de dépenser un milliard supplémentaire. L’objectif est principalement de rendre l’armée plus « opérationnelle », et de lui permettre de participer à des opérations dans le cadre d’un conflit majeur. La ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) a donc proposé d’acheter plus d’équipements, d’armes et de munitions, et aussi d’augmenter les investissements dans la formation : elle a été soutenue par le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld). Ce dernier peut maintenant se vanter, lors du sommet de l’OTAN de ce jeudi, que la Belgique se rapproche des 2 % du PIB pour les dépenses en matière de défense. Cependant, la Belgique reste un maillon faible dans la classe de l’OTAN : pour atteindre effectivement les 2 % (un strict minimum selon l’armée), il faudrait 2 milliards supplémentaires par an pour la Défense.

Dans l’actualité : « Dans les moments importants, le monde vient ici », se vante le Premier ministre De Croo.

Les détails : Le monde occidental se réunit à Bruxelles pour montrer son unité face à la Russie.

  • « Welcome back« , c’est ainsi que De Croo a salué le président américain Joe Biden, un peu après 21 heures hier soir, à l’aéroport de Melsbroek, où il a fait atterrir son Air Force One.
  • Biden et De Croo ont échangé quelques politesses, de manière très informelle : il n’y a pas eu de tapis rouge ou autre. Biden vient ici pour travailler, pas vraiment pour visiter la Belgique. Dix minutes plus tard, Biden était déjà parti, dans sa voiture blindée – « The Beast » – en direction de l’ambassade américaine près du parc Royal, où il réside.
  • Bruxelles est incontestablement la capitale du monde aujourd’hui, avec pas moins de trois sommets importants qui se déroulent presque simultanément: ce matin, le sommet de l’OTAN commence, suivi ce soir du sommet de l’UE, auquel le même Biden participera. Bien qu’il devrait décliner la première demi-heure, on l’a entendu dans les couloirs, juste pour s’assurer qu’il ne s’assoupisse pas.
  • Il y a également une réunion du G7 : même le Premier ministre japonais Fumio Kishida est à Bruxelles. Et Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, a également débarqué dans le pays : il s’est exprimé hier devant le Parlement européen, délivrant ce que l’on peut attendre de l’un des porte-drapeaux de l’Occident: « La démocratie n’est pas là gratuitement, c’est une lutte. » Ou encore: « La lumière gagne contre l’obscurité ».

La vue d’ensemble : C’est un moment de « solidarité », mais aussi de mesures concrètes.

  • « C’est notre 11 septembre pour l’Europe », c’est ainsi que le Premier ministre De Croo a qualifié à plusieurs reprises l’invasion russe en Ukraine. La conséquence de ce tournant historique est déjà claire sur le plan géopolitique : la capacité de défense, et la possibilité pour l’Europe de se défendre efficacement sont soudainement devenues beaucoup plus importantes.
  • Aujourd’hui, l’essentiel sera de montrer l’unité : jamais la photo de groupe de tous les chefs n’aura été aussi primordiale. La Russie a besoin de recevoir ce signal fort et clair, disent les diplomates. Et le président ukrainien Volodymyr Zelinsky s’adressera au sommet par vidéoconférence.
  • En outre, l’OTAN concrétise immédiatement son action : elle envoie quatre nouveaux bataillons, soit 5 000 hommes supplémentaires, à la frontière orientale de l’Europe, dans le cadre d’une force d’intervention rapide, si la situation devait malgré tout s’aggraver.
  • Dans le même temps, le patron de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a prévenu, comme les Américains, que la guerre chimique est une ligne rouge : « Cela changerait totalement la nature du conflit, et aurait des conséquences très importantes. » La crainte est que, tôt ou tard, les Russes, enlisés, déploient ces armes chimiques pour répandre la terreur et faire plier Kiev.
  • Et puis il y a le positionnement à long terme. Depuis le début de la guerre, un grand nombre d’États membres de l’OTAN ont annoncé des augmentations importantes de leur budget de la défense. Le joueur le plus important à cet égard est l’Allemagne. Il y a quelques semaines, le chancelier allemand Olaf Scholz a mis fin, en un seul discours, à des décennies de politique étrangère pacifiste et aux maigres budgets correspondants de la Wehrmacht. Ils se voient soudainement attribuer 80 milliards d’euros supplémentaires : L’Allemagne porte son budget de la défense à 2 % du PIB.
  • Ces 2% constituent le seuil magique en dessous duquel, selon les directives de l’OTAN, il ne faut pas descendre. En réalité, seule une poignée de pays de l’OTAN le font : la Grèce, les États-Unis, le Royaume-Uni, les États baltes, la Pologne, la Roumanie et la France. C’était une critique récurrente du président Trump.
  • Le reste du club est manifestement en dessous de la moyenne, la Belgique étant le troisième plus mauvais élève de la classe, avec 1,12 % du PIB. Seuls l’Espagne et le Luxembourg font pire.
  • Cela n’a pas empêché le Premier ministre De Croo de tenir un discours musclé au début du sommet : « L’OTAN n’est pas partie prenante à la guerre, mais nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour affaiblir la Fédération de Russie ». Il a également fait référence à de « potentiels crimes de guerre russes », qu’il souhaite voir « documentés, analysés et ensuite poursuivis ».

Important chez nous : la Belgique augmente à nouveau son budget de la défense.

  • « Nous ferons notre part, we will pull our weight« , a déclaré De Croo au début du sommet de l’OTAN : il a annoncé des budgets supplémentaires pour l’armée belge.
  • Or, la Belgique avait déjà prévu, avant l’invasion russe, de faire quelque chose : l’équipe Vivaldi avait mis de côté une enveloppe de 10 milliards dans un plan pluriannuel, et de porter le budget de la défense à 1,54 % du PIB. Ces dépenses supplémentaires étaient principalement liées aux salaires : le PS a frappé sur la table pour permettre à sa ministre Ludivine Dedonder d’augmenter enfin les salaires des militaires.
  • Dans l’hémicycle, lors de la discussion des plans stratégiques à long terme, De Croo avait déjà indiqué qu’il souhaitait une augmentation encore plus importante. La N-VA, depuis l’opposition, avec Theo Francken en tête de pont, demande de longue date que la Belgique se dirige vers les 2%.
  • Mais cela ne se fait pas en un ou deux jours : il faut aussi des éléments concrets pour dépenser cet argent. Cette semaine, Dedonder a préparé toute une série d’objectifs pour rendre l’armée plus facile à déployer. Elle a demandé près d’un milliard d’euros pour, entre autres, de nouveaux équipements, des armes, des systèmes de communication et des munitions.
  • C’est plus que nécessaire, comme nous le démontre le terrain. Par exemple, la demande ukrainienne de fournir des armes dès le début de l’invasion a difficilement pu être honorée par la Belgique, car les stocks étaient quasiment inexistants : l’armée n’a pas d’armes antichars décentes comme les Javalins, seulement de vieux lance-grenades. Et même à ce niveau-là, ce n’était pas Byzance : les stocks d’armes des unités ont dû être utilisés pour approvisionner Kiev.
  • L’autre grande inquiétude concerne la cybersécurité. L’année dernière, le ministère de la Défense n’a plus pu envoyer de mails pendant des semaines, car son réseau a été victime d’une cyberattaque de grande ampleur. Cette discipline demande aussi beaucoup d’argent.
  • Hier, le kern a décidé : dans deux ans, Dedonder recevra encore un milliard supplémentaire. Au sommet de l’OTAN aujourd’hui, elle et De Croo pourront communiquer que la Belgique fait également « sa part du boulot ».
  • Cependant, tous les spécialistes s’accordent à dire que ce milliard sur deux ans ne fera pas la différence : il s’agit surtout de donner à la Défense les moyens nécessaires pour reprendre les opérations. Mais pour effectuer ces changements fondamentaux, il faudra beaucoup plus d’argent.
  • Pour atteindre effectivement les 2 %, il faut consentir des efforts supplémentaires de 0,4 % du PIB par an, soit quelque 2 milliards de plus chaque année. Mais les sources gouvernementales n’excluent rien : il pourrait donc y avoir une enveloppe supplémentaire pour Dedonder.
  • La question est de savoir si cela sera vraiment suffisant pour les partenaires de l’OTAN et les militaires. « Si nous voulons vraiment être prêts à tout, dans tous les domaines, nous n’avons pas besoin de 2%, mais de 4% pour notre armée », déclare aujourd’hui le chef d’état-major, l’amiral Michel Hofman, dans Le Soir.
  • Et il n’est pas le seul : au sein de l’OTAN, il existe un large mouvement de pays qui veulent faire plus que la norme de 2%. Cette question a été gelée pour ce sommet, mais sera sans aucun doute à nouveau à l’ordre du jour au printemps, lors du sommet de l’OTAN à Madrid.
  • Dans le même temps, la Belgique est de plus en plus seule : seuls quatre pays, le Canada, le Portugal, la Belgique et le Luxembourg n’ont pas encore dévoilé ces dernières semaines leur projet de passer effectivement à 2% du PIB. Mais le Canada, lui aussi, aura bientôt de nouvelles ambitions.

Plan de carrière : pas de poste de premier plan pour Sophie Wilmès (MR), du moins pas pour l’instant.

  • Son nom a été évoqué dans les couloirs de l’OTAN, comme successeur possible de Jens Stoltenberg : pour la première fois de son histoire, l’alliance militaire souhaiterait nommer une femme au poste de secrétaire général. Et comme Wilmes, l’actuel ministre des Affaires étrangères, a un CV qui inclut également le poste de Premier ministre, elle faisait partie d’un petit nombre de prétendantes.
  • Mais regardez : plusieurs États membres ont indiqué que ce n’était pas le moment d’organiser une course à la première place. M. Stoltenberg, qui devait en fait devenir gouverneur de la Banque nationale de Norvège, restera en poste au moins un an de plus, selon le Financial Times.
  • D’ailleurs, qui reste aussi à son poste, sans surprise ? C’est Charles Michel. Cet autre ancien Premier ministre MR est aujourd’hui président du Conseil européen, le club des 27 chefs de gouvernement de l’UE. Il n’y a pas eu de candidat adverse, donc Michel rempile pour deux ans encore.
  • Dans toute la crise ukrainienne, Michel a une fois de plus été relégué à l’arrière-plan, d’une part par la Commission, et sa présidente Ursula von der Leyen, avec laquelle, on le sait, il n’y a aucune sympathie. Mais il y a aussi le président français Emmanuel Macron, qui est président de l’UE avec la France, et qui s’impose dans tous les domaines. Michel cherche à trouver un rôle significatif entre les deux.

Également à l’ordre du jour : Le sommet de l’UE sera principalement une discussion sur les sanctions supplémentaires.

  • Le président Biden assistera donc à une partie du Conseil européen, une première absolue, et en même temps un nouveau moment pour montrer « l’unité » entre les États-Unis et l’UE.
  • Mais Biden n’est pas seulement là pour le spectacle : il veut appliquer de nouvelles sanctions contre la Russie. Il y a une question importante sur la table : l’énergie. Car la Russie, après le choc économique initial des premières sanctions, a économiquement repris son souffle. La raison en est simple : Poutine et consorts continuent de vendre chaque jour à l’Europe du gaz et du pétrole pour une valeur de 800 millions d’euros.
  • En outre, Poutine défie désormais ouvertement l’UE : il exige que les paiements soient effectués uniquement en roubles. La question est de savoir si l’UE peut y parvenir, et donc renforcer encore la monnaie russe.
  • Les Américains font pression : ils ont déjà introduit un embargo sur le pétrole. Bien sûr, il est plus facile pour eux de se libérer : ils n’ont pas besoin de gaz russe, ni même de pétrole. Grâce à la production de gaz de schiste, les États-Unis sont en fait autosuffisants en énergie.
  • Mais en Europe, les capitales sont fermement divisées. En fait, le chancelier allemand Scholz a déjà utilisé son droit de veto : devant le Bundestag cette semaine, il a clairement indiqué que si un tel embargo sur l’énergie russe devait être mis en œuvre, l’Europe en paierait le prix fort et entrerait en récession. La question reste de savoir si cette récession peut être évitée de toute façon. Mais le gouvernement allemand veut absolument éviter de fermer le robinet du gaz russe.
  • Par ailleurs, une discussion très dure suivra sur l’énergie, sans Biden : le marché doit-il être réglementé, avec un prix plafonné ? Les pays du sud de l’Europe mettent cette question sur la table, et De Croo en fait partie. Mais cela pourrait bloquer. Par contre, les achats groupés et le stockage commun du gaz sont une possibilité sérieuse pour l’UE.

Ailleurs: le contrôle budgétaire du printemps face à l’inconnue des conséquences de la guerre en Ukraine.

  • Le kern se réunit ce vendredi pour faire un premier point sur le traditionnel conclave budgétaire du printemps. Le but est d’aboutir pour le début du mois d’avril. Outre les considérations militaires, il y a bien sûr les effets du conflit sur la croissance.
  • Deux rapports successifs sont venus donner quelques indications. D’abord l’évaluation du Comité de monitoring, la semaine dernière qui se montrait rassurant, avec un déficit en baisse de 2,4 milliards d’euros pour l’État fédéral et les entités fédérées, pour un total néanmoins impressionnant de 22,7 milliards d’euros pour l’année 2022. Seulement, ces prévisions ont été établies avant la crise ukrainienne, sur base d’une croissance de 3%.
  • La question reste de savoir à quel point la guerre en Ukraine et ses conséquences vont peser sur cette croissance. Et de ce côté, le Bureau du Plan a fait une première analyse de la situation, même s’il reconnait d’emblée que ses données sont « incomplètes ». Pour l’heure, le Bureau du plan table sur une baisse de 0,5 point de croissance, passant de 3 à 2,5% pour l’année 2022. Une croissance affectée par la baisse des exportations, mais aussi par la baisse de la consommation intérieure. La confiance des ménages a connu sa plus forte baisse depuis la crise du Covid, et le portefeuille des ménages reste terriblement affecté par les prix de l’énergie malgré les aides de l’État.
  • La Commission européenne table elle sur une croissance de 2,7% en 2022, mais les nouvelles ne sont pas très réjouissantes dans l’Union, notamment avec l’Allemagne qui pourrait connaître la récession (deux trimestres de suite en baisse de croissance). Or l’économie belge est très imbriquée à l’économie allemande. Bref, certains experts de l’Institut des comptes nationaux (ICN) penchaient pour une croissance autour des 2% sur l’année, expliquaient-ils dans La Libre.
  • Pour la « dame de fer » du gouvernement, la secrétaire d’État au Budget Eva De Bleeker (Open VLD), les relatives bonnes nouvelles du Comité de monitoring doivent donc être nuancées: « Le déficit structurel de la Belgique est énorme et nous devons rester bien focalisés sur sa réduction. L’actualité nous a montré l’importance de pouvoir disposer de réserves pour faire face aux crises, présentes et à venir », a-t-elle réagi ce mercredi dans Trends Tendances.
  • Elle adresse également un rappel à l’ordre aux socialistes pour qui le gouvernement doit répondre à la crise par de l’investissement, et donc par de l’emprunt. Elle vise en particulier le secrétaire d’État à la Relance, Thomas Dermine (PS), qui, on le sait, est un fervent défenseur de la Nouvelle théorie monétaire: les taux d’intérêt étant tellement bas, l’État aurait tort de ne pas investir. Il l’a rappelé dans une carte blanche en compagnie des ministres socialistes du Sud et du Nord du pays.
  • « J’entends bien les rêves de quelques-uns, selon qui nous pourrions faire à peu près n’importe quoi et investir sans compter, en profitant des taux d’intérêt actuels. Mais ces taux vont repartir à la hausse, il serait irresponsable de ne pas en tenir compte », recadre Eva De Bleeker, qui rappelle que notre charge sur la dette augmentera de 206 millions d’euros en 2022 par rapport au budget initial, pour atteindre les 6,4 milliards d’euros.
  • Du côté européen, on ne devrait pas mettre de bâtons dans les roues des capitales, au niveau du strict respect du déficit et de la dette: les fameux critères de Maastricht. Comprendre: la Belgique ne devra pas agir sous la contrainte, mais devra sans doute se comporter en bon père/mère de famille. La crise sanitaire et désormais la crise énergétique ont terriblement creusé dans les finances publiques.
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