La guerre menace le budget de la Vivaldi, la Commission annonce « des conséquences graves » pour la croissance de l’UE, la confiance des Allemands est au plus bas: un dangereux cocktail

Cette semaine, le comité de monitoring présentera les chiffres du budget fédéral 2022. Car après la discussion sur la sortie du nucléaire, qui doit être réglée vendredi, vient le contrôle du budget de la Vivaldi. Inutile de dire que les tableaux seront dans le rouge. En outre, la Commission européenne lance déjà un avertissement : « La croissance de l’UE sera sérieusement affectée » par la guerre en Ukraine, déclare le commissaire européen Valdis Dombrovskis. La Belgique, qui est très étroitement liée à l’économie allemande, est dans une position difficile : on y prévoit même une récession, alors que l’économie a déjà reculé de 0,3 % au dernier trimestre de 2021. De plus, l’inflation en Belgique reste très élevée et l’équipe fédérale a déjà dépensé 3 milliards pour amortir les factures d’énergie. Le seul point positif est que la Commission pourrait décider en mai de suspendre les règles budgétaires de Maastricht jusqu’en 2024.

Dans l’actualité : « La crise en Ukraine fait baisser la croissance, alimente l’inflation par la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, perturbe le commerce international et sape la confiance », a déclaré Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne.

Les détails : La BCE et la Commission européenne ont annoncé hier des nouvelles désagréables : l’impact économique de la guerre en Ukraine se fait sentir dans l’ensemble de l’UE.

  • Il y a d’abord les satisfactions : la guerre économique de l’UE contre la Russie fonctionne, s’est vanté hier à Bruxelles, le vice-président et commissaire au Commerce Dombrovskis, après avoir vu tous les ministres européens des Finances.
  • La Russie est écrasée économiquement, a déclaré le commissaire :
    • « Ensemble, nous imposons des sanctions qui représentent plus de 40 % de l’économie mondiale »
    • « Le rouble s’est effondré »
    • « La bourse de Moscou n’ouvre plus »
    • « La notation de la dette russe est passée au statut de junk« 
    • « Toute une liste d’entreprises internationales quitte la Russie »
    • « La Russie n’aura plus les ressources nécessaires pour continuer la guerre » (tout en omettant de dire que la vente d’énergie à l’Europe lui rapporte 800 millions d’euros par jour).
  • Mais en même temps, il a dû reconnaître « que cela va avoir un coût pour l’économie européenne ». Sans toutefois annoncer « un arrêt complet de la croissance », Dombrovskis ne voulait et ne pouvait aller aussi loin. Mais l’ambiance n’était pas vraiment joviale.
  • « Nous allons voir une inflation plus élevée partout, une pression sur les prix de l’énergie et des denrées alimentaires et une volatilité sur le marché. Cela perturbera les lignes d’approvisionnement des entreprises et aura un effet négatif sur les prix pour les consommateurs et sur les investissements », a déclaré le Letton.
  • Plus tôt dans la journée, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, avait également émis un message similaire dans son discours. Mais là aussi, avec un certain optimisme de façade – elle ne veut pas aller jusqu’à dire qu’une récession est vraiment à l’horizon : « Grâce à l’influence décroissante de la pandémie, il devrait encore y avoir une croissance robuste en 2022, avec une forte demande sur le marché européen, et un marché du travail solide. »
  • Si l’atmosphère qui a suivi la réunion des ministres européens des Finances était si pesante, c’est en grande partie à cause des signaux émis par la plus grande économie d’Europe : Allemagne. L’institut SEE y a publié ses chiffres mensuels de confiance : ceux-ci donnent une estimation du sentiment sur le marché allemand. Et c’est particulièrement mauvais : le sondage a connu la plus forte baisse de confiance depuis son existence.
  • L’économie allemande s’est déjà contractée de 0,3 % au dernier trimestre de 2021. L’impact de l’invasion russe pourrait conduire à une absence de croissance allemande au premier trimestre de 2022 également : le cœur économique de l’Europe entrerait alors officiellement en récession. Un scénario qui, surtout combiné à une inflation élevée, est une très mauvaise nouvelle pour tout le monde.

Qu’est-ce que cela signifie pour la Belgique ? Le budget va être très difficile.

  • Le mois de mars est traditionnellement celui où le gouvernement fédéral procède à son premier exercice budgétaire de l’année : le chien de garde financier – le comité de monitoring – présente donc des estimations cette semaine. Et elles promettent d’être très dures.
  • L’inflation européenne atteint un niveau record dans l’euro-zone : jamais auparavant elle n’avait atteint les 5,8 % enregistrés en février. Mais pour la Belgique, les nouvelles sont encore pires. L’inflation est à deux chiffres : plus de 10% le mois dernier. Ce chiffre est largement alimenté par les prix exubérants de l’énergie.
  • Au départ, ceux-ci génèrent un peu plus de recettes pour l’État : plus les prix sont élevés, plus les taxes sont élevées. Mais hier, devant la commission des Finances de la Chambre des représentants, la secrétaire d’État au budget Eva De Bleeker (Open Vld) a déjà dû admettre que, sur base des prévisions de la Banque nationale, « il y a indéniablement un effet négatif sur les finances publiques. »
  • Ce faisant, elle a expliqué ces effets négatifs :
    • « Les salaires et les revenus de remplacement des fonctionnaires augmentent en raison d’une indexation rapide. »
    • « Les recettes de l’impôt sur les sociétés diminuent. »
    • « Et pour le gouvernement fédéral, il y a aussi un effet négatif dans la mesure où les allocations aux entités fédérées augmentent en fonction de l’indice des prix à la consommation. »
  • Ce dernier point est un langage très officiel pour expliquer que le gouvernement fédéral devra bientôt transférer beaucoup plus d’argent à la Flandre, à Bruxelles et à la Wallonie, en raison de l’inflation élevée.
  • De Bleeker a également mentionné la guerre : « La situation a radicalement changé », a-t-elle déclaré. Elle veut « examiner l’impact tant direct qu’indirect des sanctions imposées sur l’économie belge » : il y aura une nouvelle analyse de la Banque nationale et du Bureau du Plan à ce sujet.

La vue d’ensemble : le budget fédéral est sous pression, de l’extérieur, mais aussi de la part des partenaires de la coalition.

  • Avec ces analyses supplémentaires sur l’impact des sanctions en poche, De Bleeker devra entamer les discussions au sein de la Vivaldi. Cela promet d’être un casse-tête.
  • Par le passé, en tant que libérale dévouée au budget, De Bleeker s’est présentée comme « stricte » et même comme la « dame de fer » du gouvernement. Cela n’a pas porté vraiment ses fruits après l’élaboration du budget en octobre : sur les 3 milliards d’efforts proposés qu’elle avait exigés lors du conclave, il n’en restait finalement qu’un milliard. Même les partis libéraux n’ont pas soutenu sa demande. Il reste donc à voir comment Open Vld et De Bleeker vont agir cette fois-ci.
  • Mais un événement important a eu lieu de l’autre côté de la frontière linguistique ce week-end : le congrès du PS à Braine-l’Alleud. En principe, c’était un congrès « statutaire » ou « militant « , mais il était très idéologique. Le slogan était: « c’est le retour du cœur » dans le gouvernement fédéral.
  • Ce faisant, le président Paul Magnette a très clairement souligné la voie qu’il souhaite continuer à emprunter avec la Vivaldi : « Les crises covid, climatique et géopolitique que nous vivons montrent que le marché est incapable de répondre aux besoins fondamentaux de la société. Plus que jamais, nous avons besoin de la puissance du secteur public, de la solidarité et de l’action conjointe. »
  • Dans le même temps, le PS et Vooruit ont plaidé ensemble pour la réécriture du cadre européen des règles budgétaires, où il devrait y avoir beaucoup plus de place pour la politique sociale, comme réponse à la crise, au lieu de la discipline budgétaire.
  • La question sera donc bientôt de savoir comment la Vivaldi organise ses finances publiques alors qu’un nouveau choc économique se profile à l’horizon : la combinaison d’une possible contraction économique et d’une inflation massive, ce que les économistes appellent la « stagflation ». Le PS a la réponse toute prête : pas de réduction des dépenses du tout.
  • Les récents accords sur l’énergie vont déjà dans ce sens : hier, à la Chambre des représentants, De Bleeker a dû admettre que les excédents initiaux du gouvernement avaient depuis longtemps été dépensés, à nouveau par les 3 milliards de dépenses supplémentaires pour amortir les prix élevés.
  • Et presque toutes les sources socialistes soulignent qu’il est supposé que la baisse de la TVA sur le gaz et l’électricité deviendra permanente. Et que le tarif social a également été prolongé de manière permanente, pour 1 million de familles. En outre, le « chômage temporaire » se poursuit, de la crise sanitaire à la crise énergétique. Ainsi, le « retour du cœur » devient immédiatement très concret, pour l’électorat du PS, et pour le trésor public.

En attendant : la Vivaldi se prépare pour vendredi. Il est supposé que 2 réacteurs nucléaires resteront ouverts. Pour l’instant, en tout cas.

  • Le MR a encore prévenu hier « qu’il doit y avoir un accord cette semaine ». « Si nous ne prenons pas de décision au mois de mars, il sera trop tard pour faire des choix », a déclaré Georges-Louis Bouchez (MR) sur la RTBF.
  • Les Verts patientent depuis quelques jours pour recevoir les compensations d’un immense totem qu’ils ont finalement bien voulu lâcher : la sortie du nucléaire. Une note circule avec une liste des souhaits à l’adresse des partenaires de la Vivaldi. Les écologistes veulent des garanties sur une transition énergétique durable. On y retrouverait des primes ou une baisse de la taxation sur la rénovation et l’isolation des bâtiments, ou l’installation de ressources renouvelables de type pompes à chaleurs, solaire et éolien.
  • Mais est-ce que la Vivaldi est prête à négocier avec Engie et trouver un accord avant la décision de vendredi ? D’après le rapport que la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) a distribué aux partenaires de la coalition, il semble qu’elle ait entre-temps effectivement entamé des discussions avec Engie. Georges Gilkinet, vice-premier ministre d’Ecolo, l’a également affirmé, sur Bel-RTL.
  • Il y a encore et toujours une guerre entre le MR et les écologistes. Mais cette fois, le président de l’Open Vld, Egbert Lachaert, est venu souffler sur les braises du parti libéral francophone : « Bien sûr, un accord sur les centrales nucléaires doit être conclu cette semaine. Après tout, l’absence d’accord serait aussi une décision », a-t-il déclaré sur Twitter.
  • Kristof Calvo, chef de file de Groen, a réagi violemment : « Les deux présidents libéraux devraient peut-être prendre une semaine de congé et laisser la Vivaldi travailler. Ce serait bon pour la politique énergétique et pour l’image d’un gouvernement avec un Premier ministre libéral. »
  • Bouchez n’a pas pu s’empêcher de répliquer : « Si Tinne Van der Straeten avait travaillé sur le plan B, comme prévu dans l’accord de coalition, nous n’en serions pas là. Heureusement, les présidents libéraux sont là. Et vous, comment ça se passe aux Pays-Bas ? D’après mes informations, ils poursuivent également l’énergie nucléaire là-bas. Passez une bonne journée. »
  • Bouchez fait pression pour que la discussion aille au-delà du maintien en activité de deux réacteurs nucléaires, avec l’appui de la N-VA, mais aussi d’un certain nombre de groupes d’entreprises. Cela a placé les Verts sur la défensive : ils ont déjà été mis au pied du mur à plusieurs reprises sur cette question.
  • C’est ainsi que se déroule une négociation classique : à la très longue liste de souhaits d’Ecolo et Groen s’oppose la demande du MR de maintenir Tihange 1 et peut-être même Doel 1 et 2 ouverts un peu plus longtemps.
  • « Ce dernier point n’est pas réaliste. Du moins pas maintenant. Cela va se faire par tranches, tout comme les mesures visant à amortir les factures. Nous parlons maintenant des centrales les plus récentes, mais les autres n’ont pas disparu pour autant », peut-on entendre chez les autres partenaires gouvernementaux.
  • Il faut comprendre par là que l’agonie des Verts ne sera pas terminée, même après vendredi : la N-VA, en tant que parti d’opposition, continuera certainement à poser beaucoup de questions. Tout comme le MR qui fera pression pour aller plus loin.
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