La Vivaldi se tourne déjà vers le prochain round sur la prolongation du nucléaire: « Tinne Van der Straeten n’a rien préparé »

Après son accord sur l’énergie qui s’est fait attendre, la Vivaldi n’a pas le temps de savourer. Les chamailleries entre les 7 partis font de l’ombre à cette coalition depuis le départ. Mais un dossier crucial que la Vivaldi aura traîné comme un boulet est sur le point de connaitre son épilogue: la prolongation ou la sortie du nucléaire. Naturellement, chacun remet un coup de pression avant la décision finale de ce vendredi.

Dans l’actu: la Vivaldi tient son 3e accord pour soulager les factures énergétiques.

Le détail: les partis se tournent déjà vers l’accord de vendredi et font grimper la température.

  • Avec la réduction de la TVA sur le gaz et l’électricité à 6%, le chèque énergie de 200 euros pour le mazout, la baisse des assises sur les carburants et le cliquet inversé, et enfin la prolongation du tarif social étendu, chacun semble avoir été entendu.
  • A une exception de taille toutefois: ces mesures vaudront pour quelques mois, alors que certains partenaires en voulaient plus. Le gouvernement promet de faire une réévaluation en fonction de l’inflation des prix de l’énergie.
  • L’opposition, à gauche, s’enfonce dans cette brèche, argüant qu’il s’agit de mesures qui vaudront « durant les mois d’été ». Raoul Hedebouw tacle d’emblée ce matin: « Seulement 20% de la consommation de gaz a lieu en avril-septembre… Voilà l’arnaque de cet accord. » Les Engagés regrettent eux des mesures qui auront été prises trop tardivement.
  • Mais la Vivadi était traversée par deux considérations incarnées par le Premier ministre: aider les familles, mais pas à n’importe quel prix. Finalement le package coûtera 1,3 milliard d’euros, mais sera financé en grande partie par les surprofits faits par l’État qui sont dus aux prix élevés de l’énergie. En tout, les 3 packages énergie coûteront aux alentours de 3 milliards d’euros sur l’année. Après la pandémie et les plans de soutien, cela reste un nouveau boulet au pied du budget de la Vivaldi.
  • On notera aussi que le tarif intermédiaire pour la classe moyenne basse proposé par le PS est aussi passé à la trappe. Du côté des Verts, on voulait également des mesures structurelles à long terme. Il n’est pas très clair de savoir ce que la ministre de l’Énergie Tinne Van Der Straeten (Groen) nomme en conférence de presse « la deuxième partie » qui « s’attaque à la cause : accélérer la transition énergétique et réduire la dépendance à l’égard des combustibles polluants et coûteux provenant de l’étranger ». La ministre fait sans doute référence à ce qui se joue actuellement au niveau européen, mais qui ne concerne pas directement l’accord d’hier soir, ou à ce qui doit encore être décidé vendredi (nous y reviendrons). Les écologistes auront toutefois obtenu à ce que les billets de train n’augmentent pas, comme c’était prévu, de 4,5%.
  • En Flandre, la N-VA fait les comptes: une réduction de la TVA sur le gaz ne rapporterait que 55 euros aux familles du nord du pays, qui se chauffent principalement par ce moyen, alors que les familles se chauffant au mazout, principalement dans le sud du pays, bénéficieront d’un chèque de 200 euros. Le communautaire n’est jamais loin: « Y a-t-il des Flamands à la table des négociations fédérales ? », s’interroge Bart De Wever, le président de la N-VA.
  • En conférence de presse, pour détailler les mesures, la ministre de l’Énergie estime, qu’en moyenne, « les mesures du gouvernement permettront à une famille d’économiser 300 euros par an ». En outre, le fédéral évalue le coût de la mesure sur le gaz à 384 millions d’euros, la mesure sur le mazout à 210 millions d’euros.

Le prochain round: quelle position va adopter la Belgique face à Engie: « La ministre de l’Énergie n’a rien préparé ».

  • « Le débat est clos », « le nucléaire est un cadavre qu’on ne peut pas réanimer », ces commentaires des présidents du PS et de l’Open VLD en décembre dernier sur le nucléaire prouvent que les Verts ne sont pas les seuls à avoir changé leur fusil d’épaule, même s’ils étaient les plus difficiles à convaincre. La guerre en Ukraine aura fait basculer la sortie du nucléaire.
  • C’est l’aboutissement d’un débat qui a empoisonné la coalition: la Vivaldi se penche sur l’échéance de vendredi avec un grand accord à trouver sur le mix énergétique. Du côté du MR, « on ne passera pas cette semaine sans accord », a martelé le président Georges-Louis Bouchez, sur La Première ce matin. Pas question de trainer même s’il reste beaucoup d’inconnues. Il y a d’abord toutes les contraintes techniques et légales. Ensuite, personne ne sait vraiment combien de réacteurs il faudrait prolonger, si oui ou non il faudra quand même construire des centrales au gaz.
  • « Nous avons demandé une étude de nos besoins année après année jusqu’en 2035 », a expliqué le président libéral. On en est encore au stade des études ? « Manifestement, la ministre de l’Énergie n’a travaillé que sur le plan A – la sortie du nucléaire. Pas de chance pour elle, c’est le plan B qui semble ressortir désormais. Nous allons devoir rattraper le fait que depuis décembre 2020, plus rien n’a été fait sur la piste nucléaire. Je le regrette. Mais il faut faire avec ce que l’on a ».
  • Car du nombre de réacteurs et de la période de prolongation – 10, 20 ou 30 ans – dépend bien sûr la rentabilité du projet pour Engie. Le coût n’est pas le même par kilowattheure. La Vivaldi se retrouvera donc dans une situation où elle devra décider la prolongation du nucléaire sans avoir vraiment négocié avec le géant énergétique français.
  • Du côté de la ministre de l’Énergie, on est très avare en commentaires sur les négociations en cours, alors qu’Engie répétait depuis des mois que la prolongation du nucléaire était impossible.
  • Si on sait aujourd’hui que c’était surtout une stratégie dans les négociations, l’énergéticien reste en position de force: l’État devra-t-il participer à financer la prolongation ? Le coût du démantèlement à long terme sera-t-il mis dans la balance ? Le nucléaire reste une énergie rentable pour Engie, mais le curseur des finances publiques devra bien être placé quelque part.
  • La prolongation de Tihange 3 et Doel 4, les deux plus jeunes réacteurs, semble acquise. On évoque aussi Tihange 1 pour lequel de gros investissements ont déjà été consentis pour le prolonger. Doel 1 et Doel 2 semblent, eux, exclus quoi qu’il arrive des négociations. Il reste Doel 3 et Tihange 2, les deux réacteurs aux fameuses « microfissures ».
  • Des microfissures dont la dangerosité est rejetée par le lobby du Forum Nucléaire, qui s’appuie sur une étude de l’AFCN. En fait, il s’agit de ce qu’on appelle des hydrogen flakes, des microbulles d’hydrogène, « qui était déjà présente lors du forgeage des cuves de réacteur. » Y a-t-il une évolution dans leur taille ? De nouvelles « microfissures » sont-elles réellement apparues ?
  • Dans La Libre, ce matin, Georges-Louis Bouchez y voit une opportunité: ces réacteurs pourraient être mis à l’arrêt pour faire l’objet d’une étude approfondie et ainsi développer une expertise en Belgique dans un domaine qui n’est pas propre aux centrales belges.
  • De leur côté, nul doute que les Verts vendront la peau de la prolongation du nucléaire le plus chèrement possible, avec cette fameuse « deuxième partie » qu’évoquait Tinne Van der Straeten: des mesures structurelles pour baisser la consommation et développer les énergies renouvelables.
  • Des partenaires de la coalition évoquent depuis plusieurs jours une note qui serait prête pour vendredi. Un vice-premier ministre décrit pour nous « une sorte de catalogue vert, une liste de souhaits qui est énorme ». 5 pages de revendications en tout, où y figurerait, par exemple, une mesure favorisant des subventions pour des pompes à chaleur ou des primes pour la rénovation et l’isolation. Il est fort peu probable que les Verts se contentent du gel des prix des billets de la SNCB.
  • D’après Le Soir, trois jours – 18, 19 et 20 mars – seront consacrés à cette grande négociation. Le MR aimerait pourtant commencer les débats le plus tôt possible.
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