Nucléaire : « L’Allemagne et la Belgique sont les exemples parfaits de ce qu’il ne faut pas faire »

Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique de la banque d’investissement danoise Saxo Bank, a critiqué de manière virulente la politique énergétique de l’UE en général, et de l’Allemagne et de la Belgique en particulier, dans ses perspectives trimestrielles.

  • « L’Allemagne et la Belgique sont des exemples parfaits de ce qu’il ne faut pas faire », écrit Dembik.
  • Contexte : « Il y a environ 20 ans, l’Allemagne a décidé d’abandonner progressivement ses projets nucléaires. La catastrophe de Fukushima (mars 2011) a accéléré le processus par une réaction plutôt prévisible, en suspendant la prolongation de la durée de vie des sept réacteurs les plus anciens. L’abandon des projets nucléaires a contraint l’Allemagne à recourir de plus en plus à l’énergie fossile, notamment au lignite sale. »
  • « Pour éviter une pénurie d’énergie, l’Allemagne n’aura d’autre choix que de construire un grand nombre de centrales à gaz d’ici 2030. L’estimation la plus basse repose sur la construction d’au moins 50 nouvelles centrales à gaz ; la plus élevée sur 140. Il s’agit d’un objectif difficile à atteindre, qui est évidemment incompatible avec l’objectif de neutralité carbone d’ici 2045. »
  • « La Belgique est une classe à part dans l’UE. C’est le seul pays de l’Union qui prévoit d’augmenter la part des combustibles fossiles dans son mix électrique. »
  • « Le gouvernement belge est contre l’énergie nucléaire pour des raisons idéologiques. Il prévoit de fermer tous les réacteurs nucléaires du pays – qui fournissent près de la moitié de son approvisionnement en électricité – d’ici 2025. »
  • « Pour compenser cette fermeture, le gouvernement compte sur l’ouverture de nouvelles centrales à gaz (même s’il faudra des années pour qu’elles soient opérationnelles) et sur une augmentation des importations d’électricité. Tout cela entraînera une forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre et un risque de pénurie d’approvisionnement. C’est totalement absurde. »

Taxonomie verte

  • Que pense réellement Dembik du plan de taxonomie de la Commission européenne, qui qualifierait les projets de gaz et d’énergie nucléaire d’écologiques, et auquel l’Allemagne s’oppose fermement ?
  • « Le plan est quelque chose de positif pour l’énergie nucléaire, à mon avis. Ce n’est pas le cas pour le gaz ; les nouveaux projets gaziers sont assortis d’un certain nombre de conditions qu’il est très difficile de respecter. Je crains donc qu’il y ait beaucoup de discussions politiques sur la taxonomie, notamment avec la Commission européenne, ce qui est logique. Mais qu’au final, cela ne changera pas grand-chose à la situation. J’ai eu une conversation avec quelques experts en la matière ; ils m’ont dit qu’en gros, personne ne sera en mesure d’atteindre ces objectifs en matière de gaz. »
  • Pour rappel, pour être labellisées durables, les centrales au gaz doivent remplir les conditions suivantes : elles doivent utiliser les dernières disponibles technologies pour réduire leurs émissions de CO2, et surtout elles doivent être utilisées pour remplacer les centrales électriques au charbon.
  • Conclusion : « Pour les pays qui veulent utiliser l’énergie nucléaire pendant la transition énergétique, le plan est très positif. » M. Dembik pense non seulement à la France, la puissance nucléaire de l’UE, mais aussi à la Pologne, par exemple.

Cet article a été publié dans « Energy Insider« , la newsletter hebdomadaire sur l’énergie de Business AM.

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