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L’agression contre des policiers à Anderlecht, théâtre de tensions entre politiques et journalistes

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Politique

22/05/2020 | Baptiste Lambert | 7 min de lecture

Oivier Polet - ispoix

Pour beaucoup, les images parlent d’elles-mêmes. On y voit trois policiers de la zone d’Anderlecht se faire agresser en pleine intervention. La vidéo est partagée par un syndicat de la police. La consternation est générale. Mais certains tentent de nuancer, ce qui a mené à une vive polémique entre Georges-Louis Bouchez (MR) et une journaliste de la RTBF. Même l’Association des journalistes professionnels s’en est mêlée.

Retour sur les faits: ce mercredi le SLFP Police partage sur Twitter des images assez explicites. Alors que trois policiers tentent de maîtriser un individu, ceux-ci sont pris à parti par d’autres citoyens. Le tweet du syndicat est accompagné d’une pique contre certains politiques: ‘Comment nos collègues font leur travail à Anderlecht (Chaussée de Mons)… Que pensez-vous Pascal Smet (sp.a) et Benjamin Dalle (CD&V) ? Nos collègues auraient-ils dû faire autrement ? Était-ce une priorité ? #scandaleux.’

Le syndicat fait référence à la polémique qui est née un mois plus tôt suite à la mort tragique d’un jeune de 19 ans, après une course-poursuite en scooter qui a mal tourné dans le quartier de Curegem. Sa mort avait provoqué des émeutes en plein confinement, avec des images qui ont fait le tour des JT.

Le socialiste bruxellois Pascal Smet s’était alors demandé si la police n’aurait pas dû agir autrement, laissant filer le jeune qui avait refusé un contrôle. La polémique était lancée, notamment sur les réseaux sociaux.

Ce jeudi, c’est une journaliste de la RTBF qui a ranimé cette tension qui mêle policiers, politiques et journalistes autour de faits divers qui cachent une problématique sans doute beaucoup plus importante: ‘Depuis quand écrit-on un article de presse en ayant une seule version des faits?! En l’occurrence celle d’un syndicat! Les images peuvent également dire exactement le contraire’, questionne Sofia Cotsoglou.

Une réaction qui a fait bondir Georges-Louis Bouchez, président du MR: ‘Il pourrait y avoir une explication au fait de frapper des policiers? Dire le contraire? Que les policiers frappent les personnes concernées? La justification est le début de l’excuse. Espérant que cela n’influence pas la ligne éditoriale de la RTBF où l’objectivité doit primer.’

Liberté de la presse ou liberté d’expression ?

L’opprobre aurait été jeté sur la RTBF et la profession. Le MR montre assez régulièrement son mécontentement contre une certaine presse, que le parti juge trop à gauche et unilatérale en Belgique francophone. Ce n’est pas neuf, Charles Michel alors à la tête du parti y avait déjà fait allusion à plusieurs reprises. Mais cette nouvelle sortie de GLB a fait réagir à son tour Martine Simonis, secrétaire-générale de l’Association des journalistes professionnels: ‘Il est temps de comprendre que votre position ne vous permet en aucune manière de vous ériger en juge du travail journalistique. L’AJP vous recommande de respecter la liberté d’expression des journalistes.’

Le débat se porte alors sur la liberté de la presse, le MR est accusé de faire ‘pression’. Faux, répond GLB: ‘Madame Cotsoglou s’est exprimée ici comme une journaliste? C’est encore plus grave il me semble. Je vous conseille de faire respecter la déontologie élémentaire dans ce cas. Nous pouvons être d’accord là dessus ? Par ailleurs, qui êtes vous pour réduire ma liberté d’expression?’

Un élu N-VA en profite pour rappeler que Sofia Cotoglou était l’ancienne porte-parole de Jean-Marc Nollet, l’actuel co-président d’Ecolo. Le débat s’élargit. Il est vrai que la journaliste a bien été le relais entre la presse et l’écologiste de 2011 à 2014.

Agressivité contre les femmes sur les réseaux sociaux ?

Les réactions des uns et des autres ont mené à ce qu’on appelle dans le jargon une shitstorm. La journaliste s’est fait copieusement insulter, ce qui l’a poussé à mettre son compte en privé, pour ensuite carrément le désactiver.

Cette polémique dans la polémique a mené à un autre débat, plus étonnant, mais qui témoigne toutefois d’une réalité sur les réseaux sociaux, et en particulier sur Twitter. L’agressivité, notamment contre les femmes. La députée bruxelloise Ecolo Margaux De Ré accuse Georges-Louis Bouchez d’avoir livré la journaliste en pâture: ‘Les femmes quittent Twitter les unes après les autres et sont réduites au silence par des comptes anonymes qui les harcèlent. Le fait qu’un président de parti jette en pâture l’une d’entre elles, me pose vraiment question. N’y a-t-il pas d’autres façons de ne pas être d’accord?’

Indignation à l’indignation. Pour beaucoup, le fait que la journaliste soit une femme ou un homme n’a pas d’importance au regard de ce fait divers. Aurélie Czekalski, députée bruxelloise libérale, n’est pas du tout d’accord avec sa collègue: ‘Jetée en pâture par Georges-Louis Bouchez ? Pas d’accord avec toi Margaux. Si je ne me trompe, le compte était public et quand GLB a répondu & d’autres personnes ont commencé à commenter, il est devenu privé… Mes parents m’ont toujours appris qu’il fallait avoir le courage de ses opinions.’

Pour en revenir au fait divers en lui-même, il a cette fois été condamné par l’immense majorité des politiques, tous bords confondus, avec les nuances qui caractérisent chaque parti.

Ce débat ranime toutefois de vives tensions entre la presse belge francophone, le seul parti à droite de ce nom – le MR -, et en toile de fond des policiers qui ne se sentent pas soutenus. Le tout dans un contexte social difficile dans certains quartiers de la capitale, qui sert souvent de terrain de jeu à l’extrême droite sur les réseaux sociaux.

Source: BusinessAM


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