La Vivaldi s’affrontera ce soir sur « la classe moyenne », mais le Premier ministre tempère déjà les attentes; la question du nucléaire attendra la fin de semaine

Ce soir, le gouvernement fédéral se réunit au sujet de l’énergie. Presque tous les partis au pouvoir ont ouvertement mis sur la table leurs projets de baisse des prix. Désormais, c’est l’heure de trancher. Tout le monde se tourne naturellement vers le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld), car la patience d’un certain nombre de partenaires de la coalition est plus qu’épuisée : le PS, Vooruit et le CD&V l’ont ouvertement invité à « décider lundi ». La question est de savoir si l’accord sera suffisamment radical pour avoir un impact réel, notamment sur la classe moyenne. Le Premier ministre a déjà calmé les attentes, tandis que les Verts mettent en avant leurs exigences structurelles mais aussi plus symboliques, notamment pour les transports publics et les dimanches sans voiture. Va-t-on assister à un nouveau compromis au plus petit dénominateur commun ?

Dans l’actualité : Vincent Van Peteghem, le vice-premier ministre du CD&V, a mentionné « la classe moyenne » au moins dix fois ce matin sur Radio 1.

Les détails : Les chrétiens-démocrates flamands veulent faire passer « leurs » mesures maintenant. Mais vont-ils réussir ?

  • « S’il n’a pas encore reçu le message, c’est que quelque chose ne fonctionne vraiment pas », ont déclaré les partenaires de la coalition ce matin, à propos du Premier ministre De Croo. Il est soumis à une forte pression au sein de son gouvernement composé de sept partis pour présenter un ensemble de mesures radicales en matière d’énergie.
  • Une réunion au sein du kern est prévue ce soir, au cours de laquelle des décisions seront prises, selon chaque parti au pouvoir. Au cours des dernières 24 heures, presque tout le monde a fait pression et réitéré ses propres exigences.
  • « Attendre plus longtemps, c’est de la mauvaise gouvernance », a déclaré sans hésiter Conner Rousseau (Vooruit) sur VTM, qui a évoqué les « atermoiements » du Premier ministre. « Les excuses sont épuisées. La patience est à bout comme l’argent de beaucoup de gens. Les ménages s’appauvrissent de jour en jour. »
  • Une ligne tout aussi dure a été adoptée par le principal parti au pouvoir, le PS. Lors d’un grand congrès qui devait réaffirmer les valeurs du parti, Paul Magnette, le président du PS, a frappé du poing sur la table : « Les prix à la pompe doivent baisser lundi. Ce n’est plus tenable. »
  • Son plus proche camarade de parti, Thomas Dermine, est venu appuyer le propos ce matin sur LN24: « Je ne vois rien qui pourrait entraver une décision urgente et nécessaire. Chaque jour qui passe est un jour de trop ».
  • Les deux partis socialistes réclament depuis longtemps une réduction inconditionnelle de la TVA sur le gaz à 6 %. Les libéraux flamands, qui ont mis le holà lors des précédentes négociations en janvier, émettent toujours quelques objections budgétaires, mais peuvent difficilement résister.
  • Mais le PS veut encore plus : le Parti socialiste souhaite également rendre permanent un tarif social étendu (2 millions de personnes) et créer un tarif intermédiaire supplémentaire pour la « classe moyenne inférieure ». Enfin, il faut aussi faire quelque chose de spécial pour le mazout : en effet, la moitié des ménages wallons n’utilisent pas le gaz, mais le mazout.
  • Mais curieusement, ce ne sont pas seulement les socialistes, mais aussi le CD&V, qui font pression dans ce dossier. Vincent Van Peteghem (CD&V), en tant que ministre des Finances, est bien sûr en charge de la mise en œuvre technique de nombreuses mesures, mais il est aussi l’architecte d’une approche qui doit changer pour la Vivaldi.

L’essentiel : CD&V a finalement trouvé un élément sur lequel il veut marquer des points : la classe moyenne.

  • C’est une analyse que Van Peteghem a faite bien avant la crise ukrainienne : le pouvoir d’achat de la classe moyenne en particulier est sous pression. Et la Vivaldi a beau être un gouvernement de centre-gauche, il ne suffit plus d’aider uniquement les plus faibles, par exemple en se concentrant sur le tarif social.
  • En l’espace de six mois, le CD&V a donc pris un tournant considérable : il n’y a plus de réserve quant au déficit budgétaire et à son impact possible sur les finances publiques. Au contraire : il est temps de prendre des mesures drastiques. Alors que Van Peteghem, par exemple, a plaidé pendant des semaines en faveur d’un système de cliquet inversé pour les prix à la pompe, la semaine dernière, il est allé plus loin : tous les droits d’accises devaient soudainement être réduits au minimum prescrit par l’UE.
  • Le raisonnement est clair : il faut que ce soit perceptible cette fois, pour un public très large. « Il ne s’agit pas seulement des plus pauvres, mais de la classe moyenne au sens large. Nous ne pouvons pas ne rien faire, nous devons soutenir le peuple, lui donner un signal clair. C’est la classe moyenne qui en a besoin. Avec la TVA et avec les droits d’accises », a déclaré Van Peteghem sur Radio 1 ce matin.
  • La question est de savoir si Van Peteghem et son CD&V, en insistant autant, obtiendront cette fois-ci ce qu’ils demandent. La « classe moyenne » est traditionnellement une préoccupation des libéraux autant que des démocrates-chrétiens. Dans un passé récent, la rivalité personnelle entre le vice-premier ministre et son Premier ministre a joué un rôle dans la conclusion d’accords sur l’énergie.
  • Ces derniers jours, Alexander De Croo (Open VLD) s’est exprimé à plusieurs reprises de manière équivoque. Il a répété à chaque fois « qu’il était possible d’intervenir dans une certaine mesure », mais « que les attentes devaient être réalistes ». Il rappelle qu’il est « le gardien des finances publiques à long terme ».
  • Le fait que le Premier ministre ait eu le temps, ce week-end, de se rendre à la commémoration de la catastrophe de l’accident de bus du tunnel de Sierre, mais pas de s’asseoir avec son gouvernement au sujet de l’énergie, a suscité une certaine irritation chez les partenaires de la coalition : « C’est bien pour les relations publiques, mais vous n’êtes pas un bon gestionnaire de cette façon. Il devrait travailler sur le projet de loi du peuple et sur la gestion de la crise en Ukraine. Les autres ministres peuvent parfaitement prendre l’avion pour la Suisse. »
  • Du côté du CD&V, on ne devra en tout cas pas convaincre le partenaire socialiste: Thomas Dermine a rappelé la position qu’il avait défendue dans une carte blanche la semaine dernière dans De Tijd: il faut continuer d’assouplir les règles budgétaires. Un « quoi qu’il en coûte », a-t-il réaffirmé sur LN24 ce matin, en faisant référence au discours de Macron durant la pandémie qui visait à soutenir les entreprises à n’importe quel prix.

La vue d’ensemble : un grand deal autour de l’énergie et du nucléaire ne sortira pas du 16 ce soir, quoi qu’il arrive.

  • De plus, les Verts ont également dressé une liste de souhaits. Parce qu’ils savent ce qui les attend à la fin de la semaine : la sortie du nucléaire y sera, plus que probablement, repoussée.
  • La lutte à ce sujet est déjà acharnée et, comme prévu, elle est passée d’une discussion sur le maintien en activité des deux derniers réacteurs à la question de savoir si d’autres réacteurs parmi les sept actuels devaient eux aussi être prolongés.
  • Ce week-end, Bart De Wever (N-VA) a encore plaidé pour « maintenir ouvertes autant de réacteurs nucléaires que possible, et donc pas seulement les deux plus jeunes ». « C’est aussi ce que dit l’Agence internationale de l’énergie. Les deux plus anciens sont probablement usés, mais s’ils sont surs, les cinq autres devraient rester ouverts. Il serait très stupide de nous rendre encore plus dépendants du gaz. »
  • Georges-Louis Bouchez, que De Wever surnomme désormais « mon porte-parole francophone » (« il est gratuit, mais malheureusement aussi imprévisible ») est aussi complètement sur cette ligne : le président du MR y va à fond sur le nombre de réacteurs qui doivent être prolongés. Même s’il avait auparavant préconisé la fermeture de Doel 3 et de Tihange 2, les réacteurs dits « fissurés », et le maintien de tous les autres.
  • Presque tout le monde indique que la décision sur les centrales nucléaires ne sera pas prise ce lundi, quoi qu’il arrive. « Nous ne sommes plus dans une phase qui lierait les deux dossiers », a déclaré Van Peteghem.
  • Thomas Dermine, sur LN24, va plus loin, en indiquant que si la prolongation est bien actée ce vendredi 18 mars, le chemin pour le faire arrivera plus tard: « Toutes ces discussions sur le nombre de réacteurs qui doivent ou non rester ouverts sont du bruit politique. Elles ne facilitent certainement pas le débat ».
  • Au sujet de la crise énergétique, les Verts tiennent toujours à mettre en avant des mesures structurelles et pas seulement des mesures chocs pour soutenir le portefeuille des ménages. Des mesures qui ont d’ailleurs un sacré coût.
  • Diverses sources au sein du gouvernement indiquent que le coût pourrait être de 5,5 millions d’euros par jour si le gouvernement fédéral mettait temporairement les accises au minimum. « Cela représente deux milliards par an. Une énorme subvention pour les combustibles fossiles, pas un soutien orienté vers l’avenir », a déclaré Petra De Sutter, la vice-première ministre lors de l’émission dominicale De Zevende Dag sur la VRT.
  • Vooruit a également du mal à accepter une mesure aussi radicale : les Verts et les socialistes préféreraient que des mesures soient prises pour rendre les transports publics moins chers, par exemple. Autre mesure préconisée par les Verts : réduire la TVA sur les pompes à chaleur et les panneaux solaires.
  • Du côté de chez Groen, on met en avant d’autres mesures, plus symboliques : réduire temporairement la vitesse sur les autoroutes à 110 kilomètres par heure, ou même, comme dans les années 1970, revenir à de véritables dimanches sans voiture généralisés. Les réactions sur les réseaux sociaux ont été très vives: « Encore une nouvelle restriction de nos libertés après la crise sanitaire », entre autres commentaires.
  • Mais en même temps, la Vivaldi a peut-être besoin de mesures qui redonnent un peu de couleur (verte) à l’ensemble : les dossiers ne sont peut-être pas officiellement liés, mais une pilule extrêmement amère devra être avalée par Ecolo et Groen, si les centrales nucléaires restent effectivement ouvertes.
  • La grande question reste, bien sûr, de savoir si avec toutes ces ambitions et ces exigences, tout en gardant en tête une trésorerie publique qui était déjà très serrée avant la crise, beaucoup de choses seront-elles possibles ? Là encore, la Vivaldi risque d’obtenir un résultat plutôt décevant si les interventions s’avèrent trop peu déterminantes par rapport aux énormes attentes.

Ailleurs: le cdH se trouve un nouveau nom, un nouveau logo et récolte quelques moqueries, avant un nouvel élan ?

  • En perte de vitesse, voilà deux ans que les démocrates-chrétiens, humanistes, centristes, ancien tout puissant PSC-CVP et désormais ancien cdH, se cherchent une nouvelle formule magique. Une nouvelle approche pour mettre fin à cette saignée qui mène le parti aux bords du seuil électoral.
  • Ne dites plus cdH, mais « Les Engagé.es », « un mouvement politique centriste et résolument progressif », affirme la tête de pont, Maxime Prévot. L’aboutissement de nombreux mois de gestation sous la bannière du « Il fera beau demain« , grand projet politique et citoyen qui devait rebâtir un parti aux abois.
  • Les Engagé.es, c’est aussi un nouveau logo, une nouvelle couleur – turquoise – et l’écriture – toujours sujet à amendements – d’un programme de parti… pardon, non, d’un programme de « mouvement ». Car le programme sera évolutif et pourra changer tous les ans, avec de nouvelles priorités qui émaneront de la société civile.
  • Ce mouvement s’articulera comme le montre le logo sur « 6 socles » : la régénération du vivant (la nature et l’humain), de la culture, de la prospérité, de la démocratie, du pacte social et des libertés.
  • Après avoir abandonné sa particularité chrétienne, le cdH laisse derrière lui son étiquette idéologique, voulant brasser plus large que ses bastions traditionnels : les agriculteurs, la magistrature ou le troisième âge.
  • Ce matin, Maxime Prévot explique sur La Première que « les partis politiques traditionnels en Belgique sont complètement en obsolescence programmée ». Il faut pouvoir le dire en tant que descendant direct du plus vieux parti du pays.
  • Mais il est vrai que cette tendance de partis fatigués par la démocratie s’inscrit aussi chez nos voisins: le mouvement En Marche, bien sûr, qui a phagocyté une partie du Parti socialiste. Il a été une source d’inspiration, le Namurois le reconnait volontiers. Plus largement, l’UMP est aussi devenu Les Républicains, Les Insoumis se sont détachés du Parti communiste. Plus proche de nous, le sp.a, lui aussi en perte de vitesse à l’époque, est devenu Vooruit (En avant), et s’en sort désormais mieux.
  • Mais le pari des Engagé.es demande bien sûr confirmation et réel revirement politique plutôt que simple coup marketing. Aux moqueries que l’on peut voir sur les réseaux sociaux, les Engagé.es devront répondre par les chiffres: ceux des prochaines échéances électorales.
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