La Turquie va construire son propre Pentagone, en plus grand: « On va faire peur à nos ennemis »

Bien décidé à réaffirmer encore un peu plus la place de la Turquie sur la carte mondiale, Recep Tayyip Erdoğan a annoncé la construction d’un immense complexe militaire dans la banlieue d’Ankara. Avec une intention claire: impressionner ses ennemis. Voire même les effrayer.

Ce gigantesque complexe militaire regroupera sous un même toit le ministère de la Défense, le chef d’état-major général ainsi que les quartiers généraux des forces terrestres, aériennes et navales. Pour l’instant, toutes ces institutions se trouvent dans le cœur économique d’Ankara, Kizilay, dans des bâtiments construits entre les années 1930 et 1960.

« En fonction de l’évolution et du développement des besoins de défense, nous sommes obligés de rassembler toutes les différentes institutions sous le même toit et de travailler avec elles en coordination. Il est nécessaire de créer un centre combiné. Ce centre émettra un signal très différent en ce qui concerne la défense et les investissements », a déclaré M. Erdoğan lors de la cérémonie de pose de la première pierre de ce gigantesque complexe, situé dans la banlieue de la capitale turque.

Le site mesurera au total 12,6 millions de m², dont près de 900.000 seront dédiés à un espace intérieur dans lequel 15.000 personnes pourront travailler. A titre de comparaison, le Pentagone américain ne compte « que » 620.000 m² de surface couverte.

L’objectif est d’achever la construction de l’édifice pour le 29 octobre 2023, le jour du centenaire de la fondation de la République de Turquie. Il porte provisoirement le nom de « Crescent star », en référence aux deux symboles du pays, le croissant de lune et l’étoile, qui figurent par ailleurs sur son drapeau.

La structure comprendra des immeubles de bureaux entourant une vaste zone en forme de croissant, et un bâtiment en forme d’étoile qui servira de hall d’entrée et d’exposition à la pointe du croissant. La zone centrale, en plein air, accueillera un espace pour les cérémonies, précise le Daily Sabah.

Démonstration de force

Pour Erdoğan, la construction de ce gigantesque bâtiment dédié à la défense nationale doit servir de signal au reste du monde. « Nous établirons ici une structure qui fera peur à nos ennemis par son standing et donnera confiance à nos amis », a-t-il déclaré, dans des propos rapportés par Nikkei Asia.

La cérémonie a d’ailleurs eu lieu ce 30 août, le jour du 99e anniversaire du Jour de la Victoire, une fête liée à la bataille de Dumlupinar, la dernière bataille de la guerre d’indépendance turque, qui a eu lieu entre 1919 et 1922.

Ce type de structure illustre la montée en puissance de la Turquie dans sa région et sa détermination à ne pas laisser faire ceux qui veulent désintégrer le pays, a déclaré Erdoğan, rappelant comment ses efforts dans la lutte contre le terrorisme ont été paralysés par de nombreux pays, dont les États-Unis qui ont refusé de fournir à l’armée turque des radios militaires.

« Ceux qui ont laissé la Turquie face à une organisation terroriste de bas étage en paieront le prix devant l’histoire », a-t-il annoncé, en référence à la tentative de coup d’État du FETÖ à l’été 2016.

D’après le Hürriyet Daily News, le président turc s’est félicité du fait que, selon lui, aucun autre pays au monde n’avait été soumis à un tel choc et avait ensuite instauré un nouveau système avec tant de réussite en si peu de temps. Après cet épisode, la Turquie a procédé à une réforme complète des forces armées turques, y compris de ses établissements d’enseignement, a-t-il rappelé.

La Turquie s’est ainsi concentrée sur sa production locale d’armes et d’équipements de guerre, développant des drones avec des charges utiles capables de rivaliser avec le drone d’attaque aérienne américain Reaper, ainsi que sur la conception et la construction de ses propres navires de guerre.

En parallèle de ce discours fier et conquérant vis-à-vis de l’étranger, il est à noter que la construction du Crescent Star vise aussi à renforcer la popularité d’Erdoğan dans son pays, confronté à une inflation croissante, à des inondations et à des feux de forêt. 2023, l’année durant laquelle la construction de l’édifice devrait être achevée, correspond aussi aux prochaines élections générales.

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